Les 18 coups de 2018

Les Films du semestre / Avant d’enflammer le dancefloor du réveillon en éclusant (avec modération) la sangria cuvée Gaspar Noé, il vous reste quelques films à siroter. Auxquels vous pouvez ajouter des Animaux fantastiques, des Portraits XL d’Alain Cavalier, ou une visite du Donbass…

Les Frères Sisters de Jacques Audiard (19 septembre)

Escorté par son inséparable partenaire et coscénariste Thomas Bidegain, Jacques Audiard traverse l’Atlantique pour conter l’histoire de deux frères chasseurs de primes contaminés par la fièvre de l’or. Porté par l’inattendue fratrie John C. Reilly/Joaquin Phoenix — à l’œil puant le vice et la perversité — ce néo western-pépite empli de sang et de traumas ne vaut pas le coup, non, mais le six-coups !


Un peuple et son roi de Pierre Schoeller (26 septembre)

Pierre Schoeller semble multiplier les résonances entre 1789 et 2018 dans cette épopée à hauteur d’Histoire et de personnages qui semble fusionner L’Exercice de l’État et Versailles. Le projet est un peu bancal, mais la distribution hallucinante et terriblement d’actualité. Alors, ça ira, ça ira…


Amin de Philippe Faucon (3 octobre)

Chronique de la vie d’un travailleur sénégalais, entre sa famille restée au pays et son existence en France, Amin marque le retour de Philippe Faucon après le triomphe de Fatima (2015). L’humaniste, toujours à l’œuvre, élargit son spectre et semble s’être “dardennisé“ dans ce portrait embrassant non seulement les problématiques de son personnage-titre, mais aussi celles de celles et ceux qui le côtoient. Et ne vous fiez pas à son affiche trompeuse : la relation avec Emmanuelle Devos n’occupe qu’une part infime de l’histoire.


Girl de Lukas Dhont (10 octobre)

Nouveau venu très prometteur, Lukas Dhont a renversé la Croisette avec cette histoire de Lara, jeune ballerine de quinze ans se battant pour rester dans une prestigieuse école de danse, mais aussi pour accélérer sa transition de garçon en fille. Où l’on découvre qu’une famille aimante ne suffit pas, et que la cruauté en apparence anodine des adolescents peut mener au drame. Un film fort et tenu, qui doit énormément à l’interprétation d’une stupéfiante maturité de Victor Polster.


Dilili à Paris de Michel Ocelot (10 octobre)

Depuis Kirikou et la Sorcière (1998) chaque film de Michel Ocelot est ardemment attendu. Moins par les enfants que les adultes, d’ailleurs, appréciant l’originalité stylistique de ce conteur refusant de se soumettre aux diktats censoriaux. Petite déception ici avec cette histoire de jeune Kanake menant une enquête dans le Paris de la Belle Époque : si la forme reste splendide, la structure narrative pêche et le défilé ininterrompu de célébrités (Marie Curie, Proust, Eiffel, Pasteur, Sarah Bernhardt, Louise Michel etc.) tient du carnaval. Dommage.


The Predator de Shane Black (17 octobre)

Roi du buddy movie, Shane fut le créateur de L’Arme fatale avant de passer à la réalisation avec Kiss Kiss Bang Bang ou The Nice Guys. On le vit aussi comme interprète dans Predator (1987) de John McTiernan, franchise qui a depuis fait des petits et dont il dirige ici le quatrième rejeton. Ça peut être chaud…


The House that Jack Built de Lars von Trier (17 octobre)

Dans la tête d’un serial killer aux ambitions (prétentions) esthétiques démesurées, Lars von Trier semble comme chez lui. D’aucuns diront que le personnage de psychopathe joué par Matt Dillon lui ressemble comme le gant gauche d’un chirurgien ressemble à son chiral droit. Vénéneux et inventif, ce film manipulant la suggestion parvient à faire sortir le public craintif lors d’une séquence promettant une mastectomie sur blonde vivante. On ne sait plus à quel sein se vouer…


Cold War de Paweł Pawlikowski (24 octobre)

L’amour au temps de la Guerre froide entre deux Polonais, un compositeur et une chanteuse, d’un côté puis de l’autre du rideau de fer. L’immense Paweł Pawlikowski conjugue la rigueur quadrangulaire en noir et blanc de Ida (2013) avec la sensualité débordante de My Summer of Love (2005) pour une romance dramatique et jazzy habitée par des spectres parentaux. Un Prix de la mise en scène à Cannes à valeur d’hommage — et de consolation ?


Bohemian Rhapsody de Dexter Fletcher (31 octobre)

Rami Malek campe Farrokh Bulsara, autrement dit le fantasque Freddie Mercury, dans ce biopic du meneur du groupe Queen. Une production au long court, ayant subi de nombreuses avanies, — dont la plus tonitruante fut la mise à l’écart du réalisateur Bryan Singer. Mais il ne fallait pas espérer moins d’un film retraçant le parcours de l’une des plus extravagantes stars que le rock ait jamais connues…


En liberté ! de Pierre Salvadori (31 octobre)

C’est bon de rire, parfois. Salvadori, de retour à la comédie, transforme Adèle Haenel en policière veuve de flic héroïque découvrant que son défunt conjoint était un ripou. Décidée à réhabiliter les victimes, elle cause son pesant de dommages collatéraux. Outre de joyeux moments de burlesque, Salvadori livre une intéressante réflexion sur le mensonge ainsi que sur la narration, qui n’est pas sans évoquer Le Magnifique de Philippe de Broca.


Loro de Paolo Sorrentino (31 octobre)

Après Nanni Moretti et son caustique Caïman (2007), au tour de Sorrentino de se pencher sur l’épineux cas de Berlusconi, histoire de donner sa propre version du parcours du bonhomme. Vu la manière dont il avait assaisonné cette vieille canaille d’Andreotti dans Il Divo (2008), on peut s’attendre à du réjouissant. Naturellement, c’est l’incontournable Toni Servilo qui endosse ici la défroque (et la perruque, et les fausses dents…) du Cavaliere.


Heureux comme Lazarro d’Alice Rohrwacher (7 novembre)

La vie d’un groupe de paysans italiens contemporains maintenus hors du monde en servage par une marquise avaricieuse, et la singulière destinée de l’un d’entre eux, Lazarro, innocent et bienheureux. Teinté de réalisme magique, ce conte qui n’est pas sans évoquer Olmi et Pasolini, a valu à Alice Rohrwacher le Prix du scénario à Cannes.


Kursk de Thomas Vinterberg (7 novembre)

On avait quitté Thomas Vinterberg évoquant ses souvenirs d’enfance dans La Communauté (2017) ; il persiste d’une certaine manière dans le huis clos avec ce récit inspiré par la tragédie du sous-marin nucléaire russe passé par le fond avec son équipage en 2000. Au générique de cette superproduction internationale, le réalisateur de Submarino retrouve Matthias Schoenaerts (après Loin de la foule déchaînée) et dirige Colin Firth, Léa Seydoux ou encore Max von Sydow.


Les Chatouilles de Andréa Bescond & Eric Métayer (14 novembre)

De son seule-en-scène à succès sur un sujet pourtant difficile (les actes pédophiles dont elle a été victime enfant de la part d’un ami de la famille), la comédienne et réalisatrice Andréa Bescond a livré avec Éric Métayer une adaptation cinématographique forte gardant certains codes du théâtre pour ouvrir son récit et même jouer avec – notamment lorsqu’elle invite sa psy dans ses souvenirs. L’un des films qui a le plus fait parler de lui dans la sélection Un certain regard du dernier Festival de Cannes, auréolé d’une distribution prestigieuse – Karin Viard et Clovis Cornillac en parents qui n’ont rien vu, Pierre Deladonchamps en prédateur duplice, Carole Franck en thérapeute investie… AM


Astérix - Le Secret de la Potion Magique d’Alexandre Astier & Louis Clichy (5 décembre)

Le succès artistique, critique et public de Astérix : Le Domaine des dieux (2014) exigeait que Alexandre Astier & Louis Clichy remissent le couvert pour un nouvel opus. C’est chose faite avec ce long métrage dont, comme le titre le laisse sous-entendre, on ne sait pas grand-chose, outre le fait que la vénérable et historique voix du héros a changé de mains — si l’on ose dire. L’immarcescible Roger Carel ayant fait valoir ses droits à la retraite, Astérix parlera donc à travers la bouche de Christian Clavier. Sic transit gloria mundi


Leto de Kirill Serebrennikov (5 décembre)

Encore un biopic de chanteur rock : Victor Tsoï, à la notoriété circonscrite à l’ex-URSS et à quelques pays frères. Ce précurseur de la new wave soviétique au sein du groupe Kino a inspiré le metteur en scène et Kirill Serebrennikov (récemment assigné à résidence par Poutine) pour cette biographie somptueusement photographiée en noir et blanc s’offrant des digressions métaphoriques façon comédie musicale. Une histoire de la rébellion artistique encore d’actualité.


Une affaire de famille de Hirokazu Kore-eda (12 décembre)

Inattendue Palme d’or, ce film tendre présente le quotidien d’une famille de petits escrocs vivant d’expédients malhonnêtes mais pourvus d’un grand cœur : ils n’hésitent pas à recueillir une gamine maltraitée. Un argument tout simple, du classicisme à revendre et beaucoup d’affect ; voilà qui tombera juste pour les fêtes de fin d’année.


Miraï, ma petite sœur de Mamoru Hosoda (26 décembre)

On ne cesse de le seriner dans ces pages, mais il faut que vous en preniez conscience : Mamoru Hosoda est le plus grand des cinéastes d’animation nippons, surtout lorsqu’il parle de l’enfance. La voici encore au centre de l’histoire de Miraï, petite fille dont la naissance bouleverse la vie de son grand-frère Kun. La suite ? Elle sera sans nul doute fantastique à bien des égards, et à découvrir au lendemain de Noël. Un pur cadeau.

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