François Civil : « une voix, ça nourrit l'imaginaire »

Celle que vous croyez
De Safy Nebbou (Fr, 1h41) avec Juliette Binoche, François Civil...

Celle que vous croyez / Déjà impressionnant dans Le Chant du loup, François Civil poursuit sa démonstration en jouant la victime d’une séduction aveugle ourdie par Juliette Binoche dans Celle que vous croyez de Safy Nebbou. Entretien décontracté.

Vous étiez “Oreille d’or“ dans Le Chant du loup. Ici, votre personnage joue plutôt de sa voix et de ses yeux, puisqu’il est photographe…
François Civil :
(rires) Je ne m’en étais pas rendu compte ! Le début de ma carrière est un parcours des sens : dans Mon Inconnue qui sort bientôt, ce sera le toucher, puisque je serai écrivain. Peut-être être que je serai nez dans le prochain ?

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Vous l’étiez déjà un peu dans Ce qui nous lie de Klapisch.
Ah voilà : c’était le nez et le goût. Bon, ben ma carrière est bientôt finie (rires) !

Cela ne vous a pas freiné de n’avoir ici qu’une petite présence à l’écran ?
Tout au contraire ! En lisant, je me disais « ce n’est qu’une voix pour l’instant », et je trouvais ça super excitant d’aborder le personnage comme cela. Un acteur, c’est un corps et une voix. Généralement, on incarne le personnage en premier ; là, c’était d’abord des pixels dans un chat, puis la voix. C’était tout à fait particulier. Et puis, j’apparais à l’écran dans la seconde partie…

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Aviez-vous vu Her, qui fonctionne sur un principe comparable ?
Dans Her, leur relation fonctionne hyper bien, et l’on est présent avec les deux. Sauf que j’ai appris que c’était une voix témoin qui donnait la réplique à Joaquin Phoenix pendant le tournage : Scarlett Johansson a tout enregistré après. Safy [Nebbou, le réalisateur NdlR] a pris le contre-pied direct : grâce à un stratagème, j’étais tout le temps présent sur le plateau pour donner la réplique à Juliette, même si on ne s'est jamais croisés.

Comment cela ?
J’étais caché, parfois dans des cagibis ! Mais pour des besoins d’organisation et de fluidité de travail, c’était plus simple pour Safy de pouvoir diriger ses deux acteurs simultanément, en passant de la pièce où il tourne avec Juliette à la mienne. Comme cela, Safy pouvait venir souffler des répliques à l’un ou à l’autre, afin qu’on se surprenne et qu’il y ait de vrais moments de connivence — ou des rires.

Tout ce que vous disiez n’était pas forcément écrit ?
Tout était écrit, mais on a convenu très tôt d’essayer des choses : étant donné qu’on est en train de créer une relation téléphonique, et que c’est un peu abstrait de la montrer avec des ellipses, il fallait faire comprendre comment les personnages devenaient de plus en plus proches. D’où l’importance de laisser de la place à un peu d’improvisation.

Avez-vous tourné la construction de cette relation dans sa chronologie ?
Quasiment parfaitement. Safy a eu cette idée de faire que l’on ne se croise pas jusqu’au moment où le plan de travail imposait que l’on se voie. Notre première scène “physique“ a été la séance photo. Et le même jour, on a tourné une séance d’amour. Être une petite voix pendant deux semaines dans la tête de Juliette sans la croiser a créé chez moi une frustration et fait monter une espèce de tension. Une voix, ça nourrit tellement l’imaginaire. Je suis toujours beaucoup plus intrigué par ce que je ne vois pas. Un corps habillé est plus sensuel qu’un corps nu, cette notion d’être caché à l’autre crée beaucoup de désir.

C’est la seconde fois que vous donniez la réplique à Juliette Binoche. Quel partenaire de jeu est-elle ?
J’ai pris une leçon absolue ! Tourner avec elle, c’est précieux. Juliette, c’est une chance pour les réalisateurs de l’avoir en tant qu’alliée : elle fusionne littéralement avec le rôle — voire ses rôles dans le cas de ce film —, le projet, la direction et ses partenaires. Elle a une générosité que je n’ai jamais vue ailleurs, dans le travail et en-dehors.

D’une manière générale, je me sens très chanceux en terme de partenaires. Sur Le Chant du loup j’ai joué avec Omar Sy, Reda Kateb, Mathieu Kassovitz et Paul Beer, que j’avais tous adorés dans des rôles très différents. Dans Mon inconnue d’Hugo Gélin, c’est avec Joséphine Japy et Benjamin Lavernhe… J’aime le cinéma parce que c’est un métier de collectif.

De collectif et de confiance envers son réalisateur…
J’essaie de tout baser sur la confiance, dès que j’ai des doutes, j’en parle au réalisateur — et réciproquement. Lui de son film, moi du personnage. Ici, j’appréhendais surtout la rencontre avec Juliette et je doutais de moi.

Quelle phase de la “fabrication“ d’un rôle vous excite le plus ?
La préparation, de plus en plus. C’est le moment où l’on a la chance de s’éloigner de nous, de rencontrer des gens, un univers, une histoire… C’est là qu’on apprend beaucoup. Ensuite, le côté collectif du tournage me galvanise énormément.

Dans Celle que vous croyez, la scène où mon personnage découvre le pot-au-rose est un “rendez-vous d’acteur“ : quand on lit le scénario, on se dit que c’est le truc qu’il ne faut pas planter. Sur le tournage, la première assistante est venue me voir : « Francois, je suis désolée, mais on a très peu de temps pour des raisons de lumière ». Bizarrement, Safy a mis une telle ambiance bienveillante sur le plateau que ça a libéré quelque chose : et la première prise a été la bonne.

En un peu plus d’un mois, vous figurez en tête d’affiche de trois films. Avez-vous l’impression “d’exploser“ ?
En éclats ? (rires) C’est un peu un coup du sort s’ils sortent en même temps. Je sens clairement qu’il se passe quelque chose en terme d’exposition médiatique, avec trois films très différents que j’aime tous. C’est quand j’ai tourné Five d’Igor Gotesman avec Pierre Niney que j’ai senti qu’il y a eu une bascule. Ça a été un succès populaire, et après on m’a proposé pour la première fois directement des films, malheureusement des rôles un peu similaires à celui de Five.

Mais ça fait quand même quinze ans que je suis sur les plateaux : j’ai commencé à quatorze ans, même si ça n’a pas été un désir très fort d’en faire mon métier. J’ai connu des années où je ne tournais pas du tout : ça m’a un peu immunisé, prévenu que les dents de scie pouvaient arriver. Alors, je profite à fond de la chance que j’ai : potentiellement, l’année prochaine, il ne se passera rien et ce n’est pas grave.

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