Soap qui peut ! : "Tel Aviv on Fire"

Tel Aviv on Fire
De Sameh Zoabi (Lux-Fr-Isr-Bel, 1h37) avec Kais Nashif, Lubna Azabal...

Le Film de la Semaine / Un apprenti scénariste palestinien peu imaginatif se fait dicter les rebondissements de la série politico-sentimentale sur laquelle il trime par un gradé israélien. Sameh Zoabi répond à l’absurdité ambiante par une comédie qui ne l’est pas moins… À hurler de réalisme et de rire.

Trentenaire velléitaire, Salam vient de trouver un job sur la série de propagande Tel Aviv on fire que produit son oncle. Comme il réside à Jérusalem et que le tournage s’effectue à Ramallah, il doit chaque jour passer par un checkpoint dirigé par Assi, un officier israélien qui devient conseiller occulte de la série, avant de tenter d’en infléchir la direction…

Quand les larmes sont inopérantes et la colère inaudible, alors il reste l’humour. La dérision s’avère sans doute l’arme la plus efficace lorsqu’il s’agit d’aborder une situation politique verrouillée depuis des lustres, voire des siècles. À condition, évidemment de la manier avec intelligence et sans esprit partisan ; c’est-à-dire en pointant les comportements irréfléchis de chacun afin de renvoyer tous les protagonistes dos à dos plutôt que face à face, en les faisant rire ensemble de leurs travers mutuels et non les uns contre les autres — comme dans Les Aventures de Rabbi Jacob. Sameh Zoabi montre que la bêtise ne peut se prévaloir d’aucun passeport : elle adopte seulement des modulations différentes en fonction des caractères (orgueil, naïveté, vanité, jalousie, etc.).

Rires en série

Au-delà de la (vaste) question politique, Tel Aviv on Fire se révèle une magnifique satire du monde de l’audiovisuel, et tout particulièrement des séries télé, ces contes à dormir debout pour adultes équivalant aux jeux du cirque d’antan : quelle que soit l’invraisemblance de leur trame narrative pétrie de rebondissements contradictoires, leur pouvoir émollient universel annihile la pensée critique du public. Si celui-ci est prêt à se passionner pour la plus débile des romances, il avalera sans barguigner la propagande subliminale qu’elle emballe. Mieux : il en redemandera.

Ces séries apparaissent pourtant comme des colosses aux pieds d’argiles, fragiles coproductions internationales financées de bric et de broc, à la merci du bon vouloir d’omnipotents « investisseurs » aussi décisionnaires qu’absents des plateaux. On ne peut s’empêcher de deviner une mise en abyme de la situation du cinéma palestinien, dépendant de fonds extra-territoriaux susceptibles de conditionner leur obole à quelque inflexion du récit. Scénariste n’est décidément pas un métier de tout repos.

Tel Aviv on Fire De Sameh Zoabi (Lux-Fr-Isr-Bel., 1h37) avec Kais Nashif, Lubna Azabal, Maisa Abd Elhadi…

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