Encore plus d'étoiles devant les yeux

Festival Lumière / Francis Ford Coppola, Bong John Ho, Ken Loach, Daniel Auteuil et Marina Vlady ne seront pas seuls à visiter les salles obscures lyonnaises en octobre prochain : Frances McDormand, Donald Sutherland, Marco Bellocchio, Gael Garcia Bernal ou Vincent Delerm seront aussi du voyage…

Paradoxe n°1 : à Lyon, on le sait, plus les salles sont obscures, plus l’on a de chances d’y trouver des étoiles — surtout à l’automne. Paradoxe n°2 : il fallait se rendre au Cinéma du Panthéon à Paris pour découvrir les nouveautés de la programmation du 11e Grand Lyon Film Festival dévoilées par son directeur, Thierry Frémaux. Valaient-elles le détour ? Sans nul doute pour certaines. D’abord, toutes les annonces de juin ont été confirmées et complétées — la précision n’est pas superflue, si l’on se remémore la triste déconvenue du Projet Godard l’an passé.

Auteur d’une « œuvre d’un chaos insensé » selon Thierry Frémaux, Coppola sera bien présent parmi les Ghosn… pardon, les gones. Et son Prix Lumière sera l’occasion de re-projections d’une part non négligeable de sa filmographie : des raretés de ses débuts comme Dementia 13 ou La Vallée du Bonheur, Les Gens de la Pluie, la Trilogie du Parrain (qui aura droit à sa Nuit), Apocalypse Now dans sa dernière version final cut — choisi pour faire la clôture —, Outsiders, Rusty James dans une version restaurée par l’éditeur Criterion, Cotton Club, Gardens of Stone, Tucker, Dracula, L’Homme sans âge ou Tetro, sans oublier Conversation secrète ni le maudit Coup de cœur. Pour compléter cette galaxie coppolienne, deux films de son épouse Eleanor : le fantastique documentaire Aux cœurs des ténèbres (1992) et une fiction, Bonjour Anne (2016). De quoi faire un festival dans ce festival qui, encore un paradoxe, compte moins de films mais davantage de projections.

Validée également la rétrospective André Cayatte, que le patron de l’Institut et du festival n’est pas peu fier de programmer. Pas parce que ce cinéaste estampillé “qualité française“ fut à la fois honni par Truffaut et apprécié par Bazin, mais parce que cette remise en avant a provoqué la restauration de ses œuvres par Gaumont. Même si dans la liste certains titres font grincer les dents de Bertrand Tavernier (tel Les Risques du métier), Thierry Frémaux tient à ce qu’ils soient projetés, faisant sienne la philosophie de Langlois :

On ne considère pas que des films sont moyens ou mineurs : on les projette.

Également fruit d’une restauration récente par la Fondation Pathé, La Roue d’Abel Gance sera donné en deux séances matinales à l’Auditorium : il faut bien cela pour venir à bout des sept heures de cette œuvre atypique.

Malgré tout, cette édition 2019 signe l’arrivée d’une nouvelle (et bienvenue) section rétablissant un semblant de hiérarchie dans la politique de réhabilitation : les classiques… classiques. Ou la certitude de pouvoir découvrir des chefs-d’œuvre incontestables sur grand écran au-delà de l’année de leur restauration. Figurent donc ici La Nuit du Chasseur, Citizen Kane, M. le Maudit, Drôle de drame, Le Plaisir, Quand passent les cigognes… À réserver à celles et ceux qui se défient encore du noir et blanc !

Les invités et invitées

Laissée en blanc en juin, la plus que jamais d’actualité “Histoire permanente des femmes cinéastes“ se consacre cette année à l’Italienne Lina Wertmüller, réalisatrice de D’amour et de sang, Vers un destin insolite, sur les flots bleus de l’été ou Pasqualino. Il n’est pas exclu que cette artiste militante (et nonagénaire) assiste à cet hommage. Son nom complètera une affiche qui commence à se densifier, puisque l’on sait désormais qu’à Daniel Auteuil — qui devrait présenter un spectacle de poésie autour de Paul-Jean Toulet —, à Marina Vlady et à Bong Joon Ho (avec une Carte blanche au cinéma coréen) ; à Ken Loach de passage pour la sortie de son nouveau film, il faut ajouter Marco Bellocchio, lui aussi en promo et en post-Cannes. Le réalisateur italien toujours au top quand il s’agit de scruter l’histoire immédiate de son pays, débarquera sans doute avec Le Traître sous le bras, mais aussi Les Poings dans les poches et Bonjour, Nuit.

Une figure souvent antipathique du cinéma international, qui avait manqué à l’hommage à Jane Fonda sera de la partie cette année : Donald Sutherland. À travers sa filmographie, ce sont les années 1970 que l’on revisitera : M*A*S*H*, Klute, Casanova, Don’t look now, FTA ainsi que Des gens comme les autres… Enfin, une comédienne rare a accepté de se déplacer — d’après Thierry Frémaux, elle refuse contractuellement toute promotion — en la personne de Frances McDormand. L’actrice aux deux Oscar (Fargo, 3 Billboards) donnera pourtant comme les autres invités du festival une masterclass. Il se dit que son époux Joel Coen sera aussi du voyage.

Et puis, en vrac, Vincent Delerm pour un récital-cinéma à l’image de celui fait par Lavilliers l’an passé, un hommage à Reggiani auquel participera l’académicien (et habitué) Jean-Loup Dabadie, la paire Nakache-Toledano pour l’avant-première de son nouveau film, Hors normes, Alain Chabat pour Mission Cléopâtre à la Halle Tony-Garnier et Gael Garcia Bernal pour son second long-métrage en tant que cinéaste. Demeurent inconnus pour l’instant les films choisis pour l’ouverture et le Prix Lumière.

Du nouveau pour l’Institut Lumière

En marge de ces annonces, Thierry Frémaux a promis qu’il fallait s’attendre pour l’année prochaine à des festivités particulières, 2020 marquant les 125 ans de l’invention du Cinématographe Lumière. Fustigeant à mots couverts et choisis la dématérialisation forcenée du cinéma à une époque où Netflix symbolise « la revanche d’Edison sur Lumière », il a également officialisé la création à l’Institut Lumière d’une « DVDthèque mondiale, ce qui est une première car aucune Cinémathèque ne le fait » afin de rassembler tous les supports physiques films et non-films (bonus, etc.) tant qu’ils sont disponibles. Comptant actuellement de 7 000 titres, le fonds actuel devrait être enrichi par des dépôts des éditeurs.

Bien entendu, cet ambitieux projet de préservation de la “mémoire DVD du monde“ nécessitera de la place. Peut-être pas un silo comme la BM de la Part-Dieu, mais à tout le moins quelques centaines de mètres linéaires faisant aujourd’hui défaut à la bibliothèque Raymond-Chirat. Or il se trouve que l’Institut a sous le coude un vaste projet de Cité du Cinéma imaginée par Renzo Piano, présenté lors de la soirée d’ouverture de Lumière 2018 devant un parterre médusé. L’architecte génois serait dans les starting-blocks, et de futures annonces pourraient filtrer lors du prochain festival…

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