Estelle Pagès : « ne pas rester un lieu confidentiel »

École Nationale des Beaux-Arts / Nommée le 5 septembre dernier à la tête de l’École Nationale des Beaux-Arts de Lyon, Estelle Pagès a l'intention d'ouvrir l'ENSBA sur d'autres champs disciplinaires, sur la ville et sur la diversité des étudiants. Rencontre avec la nouvelle directrice.

Quelle est la visée essentielle d'une école des beaux-arts ?
Estelle Pagès : Sa priorité, selon moi, est de former des auteurs (artistes, designers, etc.). Je porte aussi une attention particulière au fait que l'ENSBA de Lyon comporte deux axes qui se nourrissent l'un et l'autre, le département des arts et le design. Et la question que l'on se pose toujours ici, c'est celle de l'après école, de l'accompagnement des diplômés et de leur insertion professionnelle.

Votre prédécesseur, Emmanuel Tibloux, a impulsé des projets communs avec d'autres écoles que vous semblez vouloir poursuivre, voire accentuer ?
Oui, c'est notamment la création il y a deux ans d'un post-diplôme "Recherche de Création Artistique", commun avec le CNSMD, l'ENSATT et CinéFabrique. Les étudiants doivent aujourd'hui se confronter à d'autres champs de formation. Les artistes travaillent de plus en plus de manière collaborative et en collectifs pluridisciplinaires. Les peintres, les designers, les vidéastes travaillent avec des scénographes, des techniciens du spectacle, des metteurs en scène... C'est le but notamment de ce post-diplôme qui offre des outils de production pendant un an à des étudiants des quatre établissements, au sein d'un dispositif mixte entre accompagnement pédagogique et résidence d'artiste. Nous aimerions le mener aussi avec les Subsistances.

Quid d'ailleurs de vos liens avec les Subsistances, votre voisin direct ?
Avec Stéphane Malfettes, le nouveau directeur des Subsistances, nous avons commencé à travailler sur un projet commun pour le printemps 2021. Son contenu n'est pas déterminé mais l'idée générale serait un événement public ancré sur notre territoire partagé avec les Subs, l'architecture, l'histoire du site, et la proximité de la Saône... Nous sommes dans une situation exceptionnelle où une école d'arts se trouve à côté d'un lieu dédié à la création en arts vivants ! On dirait presque la réalisation d'une utopie de décloisonnement et de réunion des arts, propre au XXe siècle et à la modernité. Je pense, par exemple, au Bauhaus, ou au projet de Malraux pour la Villa Arson dans les années 1960...

Je souhaite que l'on puisse inventer des territoires nouveaux de croisements des disciplines, que l'on multiplie les collaborations et que l'on s'ouvre sur la ville. Nous ne sommes pas un opérateur culturel et sommes fondamentalement un lieu de formation, mais le danger serait de rester un lieu confidentiel.

Une ouverture à d'autres populations aussi ?

Oui, je reste vigilante sur la diversité de nos étudiants et le problème d'une certaine reproduction socio-culturelle de notre recrutement.

Nous réfléchissons à comment attirer à l'ENSBA des jeunes éloignés du champ de l'art et de la culture, notamment des jeunes de banlieue ou des jeunes issus de milieux défavorisés (selon des critères de capital économique et/ou de capital culturel).

Nous sommes dans une situation en effet paradoxale où, à la fois, l'art est une ouverture sur le monde avec un regard sur sa diversité et son hétérogénéité, et cette diversité ethnique, sociale, économique, ne se retrouve pas au sein de l'école ! Ces problèmes ne se traitent évidemment pas en un an et la temporalité des changements au sein d'une école relève d'une durée longue. Cette temporalité peut s'avérer être aussi, par ailleurs, un outil de résistance, résistance aux injonctions contemporaines des mondes politique et économique du "tout visible tout de suite", du "tout rentable immédiatement".

Inventer le lieu à son endroit !
À l'ENSBA au Réfectoire des nonnes jusqu'au 18 janvier 2020

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