De Lascaux à Lasco

Street Art / Scientifique le jour, street artiste la nuit, Lasco peint le passé sur les murs du présent. Inspiré par l’art pariétal du Paléolithique, il sort de la grotte les trésors d’il y a des milliers d’années pour les emmener dans la rue. Rencontre.

D’où vient cette passion de la préhistoire et de l’art pariétal ?
C’est l’addition de plusieurs choses. Enfant, j’ai aimé découvrir cette période préhistorique à l’école, comme beaucoup d’autres. J’ai fait une formation scientifique, mais je vivais à côté d’une école d’art lyonnaise, donc j’ai fréquenté pas mal d’artistes. Mes études et mon métier [NdlR : en recherche scientifique] m’ont permis de découvrir des grottes ornées et non-ornées. Avoir la chance de voir ces dessins de 20 ou 30 000 ans, ça m’a ému. Le street art préhistorique m’est apparu il y a quatre ans presque comme une évidence. Pour moi, le côté scientifique et artistique font sens ensemble. Je suis conscient qu’il n’y a pas la même charge émotionnelle quand on voit mon dessin et quand on est dans une grotte de 20 000 ans, mais je trouvais intéressant de vulgariser l’art pariétal, à la fois sur le plan artistique et scientifique.

Justement, il y a dans votre travail et sur vos réseaux un aspect pédagogique. Est-ce important pour vous de transmettre, de vulgariser l’art pariétal à travers le street art ?
Je souhaitais associer le côté pédagogique au côté artistique et donner la possibilité d’aller plus loin pour les personnes qui le souhaitaient. J’indique sur mon Instagram des détails sur les animaux représentés, des explications sur la grotte, la période. J’essaie de faire s’interroger les gens. Je trouve que l’art fait sens quand on l’explique. De même pour mes tableaux : j’essaye de trouver des titres percutants, qui incitent à faire des recherches. Je suis à la fois content lorsqu’un passant, enfant ou adulte, reconnait la préhistoire ou trouve juste ça esthétique, drôle, mais je suis aussi content quand les gens vont plus loin.

Ce paradoxe entre art éphémère interdit, et art préhistorique conservé, est-il au centre de votre travail ?
Oui, dans le sens ou cela m’a permis en quelque sorte de légitimer mon travail et donc de me donner la force de partir la nuit graffer des murs, ce qui n’est pas forcément dans mon tempérament au départ. L’anachronisme me plait, le fait que quand on prend la photo on puisse croire qu’on est dans la grotte, même si la technique du graff est différente, et puis quand on dézoome on voit du mobilier urbain, on se rend compte qu’on est en ville. Je pense que le plaisir visuel et le sourire que peut provoquer l’anachronisme sont des moyens pédagogiques pour faire réfléchir sur l’art. Je trouve ça intéressant par rapport à l’Histoire de l’art de rappeler que l’une des premières formes artistiques était de peindre sur les murs. Il y a des gens qui n’aiment pas le street art, mais qui vont faire huit heures de voiture pour voir des répliques de grottes. J’aime bien cet antagonisme, ça fait réfléchir sur le concept d’art, son statut. Il y a des choses qui ont 30 000 ans qu’on conserve, qu’on copie, mais le graff peut être amené à disparaitre en une nuit, une semaine. Mais qui sait, peut-être que dans 30 000 ans, certains murs de graffeurs seront sous verre !

Comment choisissez-vous vos emplacements ?
Je choisis le lieu au feeling, peu importe qu’il soit très fréquenté ou non. En principe, j’indique toujours les adresses lorsque je poste une photo d’un graff. Je peux me balader assez longtemps avant de trouver un spot qui m’intéresse. Il y a des graffs que très peu de personnes n’ont vu, parce qu’ils sont dans des endroits peu fréquentés mais qui ont une histoire pour moi, qui me parlent pour une raison ou une autre. Après, selon les animaux représentés, je peux aussi m’orienter vers des lieux différents ; le bouquetin dans le parc des Chartreux des Pentes de la Croix-Rousse est un clin d’œil aux bouquetins réintroduits dans le massif des Chartreux, ou bien une girafe sur un des murs du parc de la Tête-d’Or. Bien sûr, j’évite les murs récemment refaits, les monuments, les bâtiments administratifs et lieux de de culte. J’aime bien aussi "ouvrir des murs", faire un graff sur un mur vierge. Et je trouve le rendu intéressant : le mélange de styles, le décalage entre les couleurs, les choses plus ou moins modernes…

Il y a un côté très organique dans votre travail : travaillez-vous directement les aspérités du mur et la matière première non pas simplement comme un support, mais comme matière de création à part entière ?
À chaque sortie quand c’est possible, j’essaie d’améliorer la technique et de jouer avec le relief. Je trouve ça plus intéressant d’avoir un mur ancien, avec des aspérités, de la mousse. Quand un graff a la chance de perdurer un peu, qu’un mur s’effrite et que l’animal perd un morceau de son anatomie, je trouve que ça prend une patine intéressante.

Vous étiez exposé au Peinture Fraîche Festival, vous faites de plus en plus de collaborations avec des institutions et des événements. Comment appréhendez-vous cette reconnaissance ?
Avec du plaisir pour commencer, et aussi avec sérieux. J’ai eu effectivement la très bonne surprise d’être invité par Cart'1 au Peinture Fraîche Festival, et je le remercie ainsi que toute l’équipe. Ce festival a été une bouffée d’oxygène en ces temps compliqués. J’ai en effet eu la très bonne surprise d’être assez vite très bien accepté par les institutions. Très rapidement, le musée Laténium [NdlR : le plus grand musée d’archéologie de Suisse] m’a invité à venir graffer en live painting sur un site préhistorique pour la nuit des musées, le musée Lugdunum pour exposer des peintures et animer des ateliers graffs avec de enfants sur des thèmes historiques. La Grotte de Lascaux a utilisé mes graffs dans leur communication, et des associations m’ont invité à peindre sur des parcours street art. J’ai collaboré aussi avec le Secours Populaire et le Fond de la Recherche Médicale contre le Covid, via des tableaux ou des fresques. Toutes ces opportunités me permettent de m’inscrire dans une démarche artistique et de vulgarisation de l’art pariétal, avec plus de temps pour faire des pièces plus grandes, plus abouties. Ça me permet de rencontrer des collègues street artistes. Mais pour moi, c’est aussi très important de continuer de peindre dans la rue et d’apporter ça librement aux grand public. C’est l’essence même de ma démarche originelle : le street art préhistorique.

Instagram : @lasco_69

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