Au Musée des Confluences, la planète à terre

La Terre en héritage, du Néolithique à nous

Musée des Confluences

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Exposition d’ampleur, aussi belle qu’anxiogène, "La Terre en héritage" a le mérite de remettre en perspective nos connaissances et montre comment depuis le néolithique, l’humain a dévoyé les richesses de son air, son sol, ses eaux à son seul profit.

Attention au crash ! Sur une frise vertigineuse qui traite l’apparition de la vie et de l’homme en une année civile, l’apparition de la vie sur terre est posée le 1er janvier, l’arrivée du premier dinosaure date du 8 décembre, celle de l’homo sapiens du 31 décembre à 23h14 et celle de la révolution néolithique de 23h58 ! Ce sont donc ces "deux minutes" qui séparent de minuit qui sont ici exposées, avec leurs inventions et leurs destructions.

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Quand il y a 12 000 ans l'humain cesse de vagabonder pour chasser et cueillir de quoi vivre, il fait sa révolution néolithique. Cette sédentarisation est encore ce qui façonne l’ère de l’anthropocène actuelle. Elle est analysée par le travail conjoint du Musée des Confluences et de l’INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives) via les thématiques se nourrir / posséder / occuper la Terre au cœur des 700 m² de la salle. Organisées de façon ciculaire, ces thématiques se déclinent via des objets de fouilles au centre, jusqu’aux objets actuels dans l’un des buts pré-cités.

Exemple : au centre un morceau de roue du néolithique pour évoquer l’agriculture (se nourrir) faite par l'humain allant à la vitesse de 2, 5 km/h et, plus loin, est montré le premier moteur Berliet datant de 1894 permettant d’aller six fois plus vite. Ou encore une poterie égyptienne et une bouteille en plastique de soda pour le même rôle (boire), avec des conséquences diamétralement opposées : l’un retourne à la Terre, l’autre l’encombre.

Car ces exemples illustrent ce qui est développé en amorce du parcours : les neuf limites planétaires. Dans de petits dioramas qui ressemblent à un théâtre passé à la loupe, ce sont des processus naturels comme l’érosion de la biodiversité, l’augmentation des particules fines dans l’atmosphère, l’utilisation de l’eau douce qui sont expliqués en chiffres et en maquettes.

La fabrique du consommateur

Puisqu’en cette période de Covid, il n’est pas plus possible de jouer avec l’interaction des visiteurs et des objets à toucher, alors écouter le bruit de la déforestation massive permet d’avoir une approche sensorielle de l’action humaine néfaste — et des œuvres d’arts dialoguent avec toutes ces données peu réjouissantes.

Ainsi la série de photos de Peter Menzel, déjà vue dans la presse et même à la BM de Lyon sur l’exposition Des villes qui mangent est toujours aussi percutante. En tirant le portrait de familles des quatre coins du monde et de leurs courses alimentaires, la surconsommation de contenants et de contenus saute aux yeux dans les cités les plus industrialisées. Les œuvres de Yang Yongliang (et sa vidéo Phantom landscape où la Chine est dévastée par l’exploitation minière et l’urbanisation monstre) ou de Hema Upadyay (Mute migration, maquette de l’urbanisme des zones pauvres avec taudis à perte de vue) se mêlent harmonieusement à cette muséographie qui a fait le choix du beau, ne serait-ce que par les hauts des panneaux métalliques explicatifs dans lesquels sont découpés les thématiques dont il est question : un engin de chantier pour l’extractivisme, des arbres décharnés et des barils de produits toxiques pour les zones condamnées, une série de bonshommes pour la surpopulation…

Transition énergétique ?

Pour sa capacité à faire réfléchir et à séduire, cette exposition en rappelle une autre, phare, du Musée des Confluences qui permettait aussi d’aborder des thématiques scientifiques très sérieuses tout en étant esthétique : celle sur le poison.

Et puisque le but de La Terre est héritage n’est pas de dresser un état des lieux fataliste et catastrophiste sur l’état du monde – forcément inopérant – la décroissance est donnée en exemple à travers différents cas concrets dont une petite ferme d’élevage en Italie, contre-point de la surproduction du lait.

Si les petites initiatives sont salutaires, elles ne suffiront bien sûr pas à combattre les multinationales pollueuses. Et il n’est pas question de déplorer ou se féliciter du fait que la population mondiale ait été multipliée par sept en deux siècles, mais de retenir que l’écart entre les plus riches et les plus pauvres n’a jamais été aussi élevé, comme il est rappelé ici. Et donc que ces enjeux environnementaux ne sont pas l’affaire d’individus aussi constitués soient-il en collectifs citoyens ; les réponses doivent d’abord venir de décisions politiques fortes et indispensables.

La Terre en héritage, du Néolithique à nous
Au Musée des Confluences jusqu’au dimanche 30 janvier 2022

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