Monica Bellucci et Carole Bouquet : « on fait ce métier pour réaliser une partie des fantasmes de l'humanité »

Les fantasmes
De Stéphane Foenkinos (Fr, 1h42) vec Karin Viard, Jean-Paul Rouve, Ramzy Bedia

Les Fantasmes / Duo vénéneux et de charme dans le film à sketches Les Fantasmes des frères Foenkinos, Carole Bouquet et Monica Bellucci incarnent un couple s’épanouissant en mêlant Eros et Thanatos. Une occasion d’évoquer avec elles et Stéphane Fœnkinos la question du fantasme…

Au générique, il est précisé que Les Fantasmes est une adaptation ; comment êtes-vous tombés sur l’original ?
Stéphane Foenkinos
: Ce sont les producteur Éric et Nicolas Altmayer qui sont venus avec ce projet. Mon frère David et moi, on était en train de travailler tranquillement sur un autre film et ils nous ont parlé d’un film australien sur le même principe — des gens qui se croisaient avec des fantasmes. Mon frère David m’a dit : « regarde ! ». C’était très drôle, très cru, mais je ne me voyais pas du tout faire un truc pareil. David l’a regardé et m’a dit : « t’es fou, c’est ça qu’on doit faire, mais on doit aller plus loin. » Et ça a été le défi : en fait, on en a conservé 10 ou 15%, mais on a étendu. La partie de Carole Bouquet et Monica Bellucci vient de notre âme très tourmentée (rires). Elles nous ont demandé : « mais comment vous avez sorti ça de votre tête ?! »

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Carole Bouquet : Mais c’est qu’il n’y avait pas que ça ! Ils nous ont raconté plein d’autres fantasmes ! Une liste impressionnante… Il y a vraiment de tout, ils sont vraiment au point, hein, très pointus ! (rires)

Y a-t-il des choses personnelles dans ces personnages ?
SF
: Comme je le dit souvent : on est dans tous les personnages ! Qu’est ce que c’est excitant de pouvoir écrire et réaliser ! On est Carole et Monica, on est Denis et Suzanne, on est Karine et Jean-Paul, on est Ramzy… C’est super, parce qu’on peut se projeter dans tous les personnages. On ne fait pas encore des films autobiographiques, mais on s’en rapproche (rires). On a toujours aimé les personnages féminins, c’est notre manière de projeter, avec de la pudeur… On est aussi fascinés par les actrices.

Est-ce qu’il y a une ligne, une limite que vous n’avez pas voulu franchir ?
SF :
Je me souviens qu’avec les producteurs, on a un peu banni certains fantasmes — parce que ce qui nous intéressait, c’était de ne surtout pas juger. Si on ne juge pas, on peut aller très loin. Et quand on a la chance d’avoir des actrices pareilles qui vous suivent, on est aussi des spectateurs. Nous, on écrit « elles s’embrassent », on ne va rien leur demander. Et avant même qu’on ait besoin de leur dire, hop ! (rires)

Monica Bellucci : Et le premier jour, on se retrouve dans un lit ! Voilà, ça c’est la chimie magique de ce métier… Ça doit partir d’un coup, c’est un ensemble, une alchimie entre les acteurs, les réalisateurs qui doit s’écrire pour arriver à cette intimité.

Quand on est comédien ou comédienne, est-ce qu’il y a une forme d’excitation, de jouer ou d’incarner les tabous — et donc les fantasmes ?
CB
: Ben oui ! (rires)

MB : Je crois justement qu’on fait ce métier pour réaliser une partie des fantasmes de l’humanité.

SF : On était un peu dingue de leur proposer ça. Mais après, elles vont se croiser. Et la première fois qu’elles tournent ensemble, elles tournent dans un lit (rires). Je me souviens que Carole a téléphoné à quelqu’un le matin : « tu fais quoi, toi ? Moi, je passe ma journée dans le lit avec Monica… » (rires)

CB : Et ça marchait à tous les coups. « Ah aujourd’hui j’ai passé ma journée à embrasser Monica » (rires). Dure journée ! C’est à peu près ce que je racontais chaque fois… Et c’est tellement joli de l’avoir fait avec nous qui ne sommes plus des gamines ! Mais ce qu’on a remarqué — et c’est agréable — c’est que chez les autres, quand je le disais, ça faisait un “effet“, quand même. Et ce malgré notre grand âge, nous arrivions encore à faire rêver.

MB : Oui, c’est intéressant de parler de la féminité des femmes adultes, qui est un sujet pas abordé. Là, on va très loin dans notre fantasme — très loin dans le concept, jusqu’à la mort — mais c’est vrai, comme le dit Carole, que l'on touche à un argument qui est très nouveau pour notre époque. Toucher à la féminité des femmes après un certain âge.

CB : Et à la séduction entre 50 et 60 ans, qui s’élargit, à ma grande surprise. D’autant que sur le plateau, on voyait les réalisateurs contents — on se disait « bon, ben ils ont écrit, ils sont contents. » Mais j’ai pu constater autour de moi que ça marche : depuis qu’on a fait la première projection, on n’arrête pas de vouloir faire des photos de nous deux ; ça crée quelque chose qui intrigue beaucoup et qui fait fantasmer. On m’aurait dit que j’aurais fait fantasmer à 60 ans, je serais passée à autre chose. Eh bien pas du tout ! C’est merveilleux !

Comment vivez-vous le fait d’être des objets de fantasme dans votre vraie vie ?
CB
: (à Monica Bellucci) Madame ? Comment vous le vivez ? En fait, on ne le vit pas. En tout cas, moi en ce qui me concerne, pas du tout. C’est vraiment toujours un discours qui est très étranger : on me le dit, mais je n’y crois pas ; ce n’est pas moi. De toute façon, quand je fais ça, ce n’est pas moi ; comme disent les enfants, « c’est pas pour de vrai ». Effectivement, j’ai commencé avec un film qui s’appelle Cet obscur objet du désir. Mais moi je peux dire que ni obscure, ni objet de désir, je suis terrorisée, je me demande ce que je fais là, il y a un malentendu très souvent qui fait que vous ne vous rendez pas vraiment compte… Si vous prenez Brigitte Bardot, là, ça a dû être très très différent parce qu'effectivement, elle était un objet de fantasme et jouait énormément tout le temps là-dessus — elle n’avait pas beaucoup le choix de faire autre chose. Nous, on a eu la chance de pouvoir jouer avec ça et en même temps d’avoir d’autres rôles. On n’est pas enfermées là-dedans ; ça devient un jeu.

Mais au départ, c’était effectivement l’essentiel. Petit à petit, j’ai vu qu’on me donnait un peu plus de liberté, j’ai eu droit à un amant, ou alors on me quittait. Et après les metteurs en scène me punissaient. Le regard a changé quand j’ai eu le droit d’avoir un amant ; maintenant, j’ai le droit de tuer aussi (rires). On a une grande liberté de choix.

MB : C’est sûr quand on est jeune, ça prend beaucoup de place. Et faire passer un autre message prend du temps. Mais la beauté, si quelqu’un la vit mal, il faut se dire que ça passe : ça ne va pas durer ! Il y a différentes beautés qui arrivent, différentes de l’état biologique de la jeunesse… Et c’est très intéressant aussi de faire appel à cette beauté-là pour sortir de cette forme d’emprisonnement. En devenant adulte, notre physique change et on a accès à d’autres rôles parce qu’on acquiert une distance par rapport à ce qu’on a été.

CB : Maintenant, quand on me dit que je suis jolie — ça m’arrive encore — je suis très contente. À 18 ans, ça ne me faisait pas plaisir du tout. J’avais un ami, qui est parti, Jean-Claude Carrière, que j’ai connu à 18 ans qui me disait : « tu seras plus belle à 30 ans », à 30 « « tu seras plus belle à 40 ans » ; à 40 « tu seras plus belle à 50 ans ». Et à 50, je lui ai dit : « Et ?… » (rires). Mais il le pensait vraiment.

MB : (rassurante) Tu es très belle ! (rires)

CB : Là, ça devient très précieux parce que, effectivement, c’est fragile. C’est un moment pour une femme où c’est fragile. Depuis quelques années, si on me dit que je suis jolie, je dis merci. Je trouve ça très agréable. Quand j’avais 18 ans, je ne savais pas trop comment faire, c’était un peu embarrassant. Maintenant, je le savoure…

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