Trokson et Bootlegger : Karl Minetto dévoile l'avenir des deux spots rock de Lyon

Rock Bars / Deux ans après l’incendie qui avait ravagé le Trokson, emblématique café-concert des Pentes, et à l’aube de son seizième anniversaire, le repère à rockeurs rouvre ses portes. De l'autre côté de la Saône, son petit frère couche-tard du 5e arrondissement le Bootlegger tire sa révérence et ne reviendra pas post-Covid. Rencontre avec le maître des lieux, Karl Minetto, qui annonce le retour des concerts au Trokson pour fin septembre.

(En fond sonore: R.L. Burnside, See My Jumper Hanging On the Line)

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L’incendie, puis le Covid et ses confinements… Comment avez-vous traversé ces épreuves ?
Karl Minetto : Lors de l’incendie d’octobre 2019, tout a brûlé. Les assurances se sont mises en route très doucement. Ça a été long, d’autant plus avec la pandémie. Tout a été retardé et s’est mal enchainé : les paiements, les artisans, le début des travaux… Si bien qu’ils se sont terminés seulement début juin. Et encore, la salle de concert — en sous-sol — ne sera finie que courant septembre. Maintenant, on a pu rouvrir, le quartier a retrouvé sa terrasse, les copains reviennent, ça fait du bien.

Et le Bootlegger ?
Je suis en train de vendre le Bootlegger. [NdlR : l'after-club rock du 5e arrondissement, inspiré des lieux clandestins ouverts durant la prohibition aux États-Unis]. Il ne rouvrira pas, du moins, sous ce nom. On avait déjà plus ou moins décidé de vendre avant la pandémie. Ce n'était pas assez rentable pour qu’on puisse se payer. S'il n'y avait que trois personnes à le gérer, ça fonctionnerait bien. Mais comme on était cinq dessus, ça ne suffisait pas. Si tout se passe bien, ce sera vendu courant septembre. Pas de panique, je me donne une année pour remettre le Trokson sur les rails et on reviendra d'une façon ou d'une autre.

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Le bar du Trokson est ouvert, quid des concerts et de la programmation artistique ?
Pour la programmation, rien n’est sorti. J’attends que la salle soit finie, que je fasse des tests dedans. Si tout va bien, on sera opérationnel sur les concerts fin septembre. Je ne suis pas inquiet, j’ai déjà beaucoup de sollicitations, donc dès qu’on va ouvrir les vannes, ça va venir à fond. Les groupes locaux sont là et prêts à jouer rapidement, donc on va pouvoir dégainer assez vite. Et notre réseau, il suffit juste de le réactiver. Ce n’est pas plus mal d’attendre car la jauge à 75% pour l’instant n’est pas très excitante, ni rentable.

Et pendant ce temps-là ?
On va pouvoir lancer les mixes dans la partie bar. Tout est prêt pour accueillir des DJs. On met aussi en place des expositions : des illustrateurs, des photographes — sur la musique, ou pas, selon l’humeur. On avait déjà l’envie de faire vivre le lieu autrement depuis longtemps. La pandémie a accéléré les choses, on a été obligé de réfléchir différemment. Pour le moment les gens sont en terrasse, mais il faut aussi les faire revenir à l’intérieur.

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Le son sera meilleur

Les travaux ?
On a tout refait avec mon pote architecte qui a été un peu maître d’œuvre. Il a eu l’idée de mettre cette cage (à l’entrée des escaliers menant au sous-sol) qu’on n’avait pas pour l’accès à la salle. Avant c’était un peu bancal, là, ça ramène du cachet. Un pote qui fait de la ferronnerie d’art a fait les dossiers de chaises, les tables et les fauteuils. On a gagné pas mal de place au fond en réduisant les plateaux de tables, ça rend l’espace plus grand. Les murs ont été refaits, avec les pierres apparentes et on a rabaissé le plafond pour insonoriser encore. On commence à avoir l’expérience des travaux au bout de trois rénovations ! Dans la salle du bas, le son sera sûrement meilleur. Tout a été changé, on a trouvé une autre manière de diffuser mais on garde encore la surprise.

Et ton équipe ?
J’avais une équipe fixe mais avec l’incendie on a tout arrêté et ils sont partis à droite, à gauche. Je recherche des serveurs, mais ça va, j’ai des contacts. C’est juste que je me cogne les ouvertures avec la terrasse donc faut vite que je trouve (rires) !

(La musique change : Back To New Orleans, de Lightnin' Hopkins)

Pour ceux qui n’ont pas l’historique, ça part de quoi le Trokson ?
L’histoire, elle est toute bête. 5 octobre 2005, j’arrive ici, c’est un bar-tabac. Je rachète le lieu, je tiens pendant trois ans avant de revendre la licence tabac. Les trois premières années, je commence à faire des concerts, un par mois, puis deux, puis trois. Je constitue une équipe, dont Pierre fait encore partie aujourd’hui. Il joue aussi dans les Scaners. Il se retrouve avec un poste de programmateur artistique. Ensuite, la notoriété du Trokson s’est faite toute seule. Je pense qu’on a un accueil plutôt cool, qu’on paye les groupes, ils mangent, ils dorment…

On commence à être connus pour les concerts punk, rock, garage. On a un réseau sur Lyon, en Europe et à l’international. Seulement, on se rend compte que lorsqu’on ne fait pas de concert, le monde ne vient pas forcément, à part sur la terrasse. Alors en 2012, on fait le pari un peu fou de la gratuité des concerts. Ça s’avère être l’idée du siècle car on triple la fréquentation et forcément le chiffre d’affaire. On a des groupes plus intéressants, on peut les payer un peu mieux et ouvrir ce truc à toute une population qui ne voulait pas dépenser cinq balles pour un concert. D’un seul coup, le Trokson était le lieu où il fallait jouer car c’était blindé à chaque fois, les musiciens en parlaient dans leur ville… L’idée du Trok’, c’est d’être au début de la chaine, un petit lieu de découverte, et que le public soit présent. Comme on a beaucoup de relations, quand les mecs jouent chez nous, on les envoie ensuite ailleurs et parfois ils arrivent à monter une tournée !

Sham 69 a adoré

Qui, par exemple ?
Je pourrais t’en citer des tonnes, mais on a eu Savage Riposte (maintenant The Scaners), on a eu The Missing Souls, The Cavemen Five, les Lyonnais The Hi-Lites ou X-Ray Vision qui sont là depuis le début et qui reviennent jouer. Les Suisses The Jackets qui avaient dépanné il y a longtemps sur une date et qu’on adore accueillir maintenant… Bon, après on a fait jouer le batteur des Sex Pistols, Didier Wampas ou les Sham 69, groupe de punk des années 77 hyper connu, qui joue normalement devant 500 places et là il y avait 80 personnes, ils ont adoré…

Un jour, The Legendary Tigerman venait de jouer au Marché Gare. Le lundi, Benjamin Petit du Marché Gare m’appelle et me dit : « il est en off, il zone, ça te dit pas de faire un concert ? » J’étais fan, et comme je bossais j’avais pas pu le voir. On l’a attrapé et il est venu jouer là. Il a pris plus d’une heure pour faire sa balance et travailler ses morceaux parce que l’acoustique de la salle lui plaisait. La fierté elle est avant tout dans le fait que la soirée se passe bien, qu’il y ait un bon retour des artistes et du public.

(En fond : Voodoo Woman, Koko Taylo)

La scène locale ?
On privilégie à mort la scène locale. On fait toujours un groupe du coin et un groupe de l’extérieur. Les gars savent que quand ils montent un groupe, leur première date elle est calée ici ! Vu qu’on connait un peu tout le monde à Lyon on est au courant des répètes parfois même avant qu’il y ait le nom du groupe. La porte est ouverte quand vous êtes prêts.

Le mot de la fin ?
Pendant 21 mois de fermeture j’ai eu le temps de réfléchir à cette évolution et faire le constat qu’on a surtout travaillé notre passion. Au début j’avais trois pauvres micros, une sono dégueulasse, c’était DIY à mort. Puis au fur à mesure on a construit ça.

Le Trokson
110 montée de la Grande-Côte, Lyon 1er

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