Benjamin Petit : « atteindre d'ici trois, quatre ans le véritable potentiel du Marché Gare »

SMAC / Rénové – et même pratiquement reconstruit – de fond en comble sur son site de Confluence, le nouveau Marché Gare ne rouvrira pas avant le printemps 2022 mais l'équipe bénéficiera d'un outil propre à satisfaire de nouvelles ambitions. On a fait le point sur le projet avec Benjamin Petit, son directeur, et Nathalie Perrin-Gilbert, adjointe à la Culture de la Ville qui a fait grimper considérablement l'enveloppe municipale en même temps que la subvention allouée à la SMAC lyonnaise.

Le projet a beaucoup évolué notamment pendant la démolition d'une partie de l'ancien Marché Gare. Comment a-t-il pris forme, avec quel nouvel engagement de la Ville ?
Nathalie Perrin-Gilbert : Au départ, on avait une enveloppe Ville de 500 000€, aujourd'hui elle s'est engagée à auteur d'1, 5M€, la Métropole 2M€ : on a un projet de 3, 5M€ mais parce que le projet s'est amélioré au fur et à mesure.
Benjamin Petit : C'est vrai qu'il y a eu ce premier programme, ensuite il y a eu une nouvelle ambition portée par la Ville sur cet équipement. Mais il n'y a pas eu une escalade du budget, c'est l'enveloppe qui a été revue à la hausse. C'est à partir de là qu'on a pensé un nouveau projet plus ambitieux dans lequel on a pu faire passer nos idées pour cet équipement.

Quel regard portez vous sur le projet tel qu'il est aujourd'hui ?
NPG : Sur le projet culturel, je suis ravie d'hériter de cette décision concernant le Marché Gare, qu'une nouvelle salle dédiée aux musiques actuelles se développe comme cela. La Ville de Lyon veut conforter ses deux SMAC, le Marché Gare et le Périscope. Et qu'on assiste à un vrai développement de ce pôle. Ce qui m'intéresse aussi au-delà de ces deux lieux, c'est un dispositif plus global, un réseau. Ce n'est pas pour rien si on a gardé la Halle Tony Garnier dans le giron public. Ce qui m'intéresse c'est de voir comment on conforte cette filière avec le Transbo, le Périscope, le Marché Gare, un certain nombre de petits lieux ; de créer des projets communs et des passerelles entre ces lieux. Mon sujet en tant qu'adjointe à la Culture c'est de conforter nos acteurs locaux. Pour ça on a besoin d'équipes, de lieux de diffusion, de création, de répétition, de résidence, d'accompagnement vers la professionnalisation. De fixer une activité culturelle et artistique mais aussi une économie, de l'emploi, de garder aussi des talents. Le Marché Gare est un élément de ce tout. Un élément très important.

L'idée c'est d'apporter l'épaule de la Ville au travail coopératif qui existe entre toutes les salles depuis un bon moment ?
NPG : Le rôle du politique ce n'est certainement pas de se mêler de choix artistiques mais de fixer des orientations générales. Cette orientation c'est cette coopération entre les lieux et les structures et comment on conforte une filière.

BP : C'est très spécifique à Rhône-Alpes et encore plus présent à Lyon. Ça vient du fait qu'on a un écosystème très riche ici. Contrairement à d'autres villes où il va manquer des producteurs de spectacle forts, des labels identifiés, des lieux qui rayonnent. À Lyon on a tout, tous les métiers, beaucoup d'esthétiques, des professionnels reconnus. Cette vivacité alimente un terreau artistique et commercial très riche, hyper stimulant. Et l'échelle de la ville qui reste assez humaine fait que tout le monde se connaît, on n'est pas dans l'anonymat et le libéralisme sauvage de Paris.

Quel rôle va jouer le Marché Gare ?
BP : Le projet du Marché Gare dont j'ai hérité était déjà très marqué par cet esprit. Parce que les caractéristiques de l'équipement et son projet initial sont très importants. Cette jauge qui va passer de 300 à 400 est très spécifique. On doit rester dans ce créneau-là, cette jauge est essentielle car c'est celle qui fait le lien entre les cafés-concerts et les plus grosses salles, comme l'Épicerie Moderne ou le Transbo. On est vraiment dans cette posture d'interface, de carrefour entre les métiers et entre les esthétiques. Certaines salles sont spécialisées et font un travail remarquable comme À Thou Bout d'Chant, notre vocation à nous c'est d'être pointus dans les différentes esthétiques.

Avec ce nouvel outil qui va gagner un tiers de capacité plus un club, qu'est-ce que ce nouveau Marché Gare va apporter de plus ?
BP : Il y a en effet cette deuxième scène, qui n'était pas prévue initialement. C'est venu en cours de route. Et on ne se doutait pas que cet apport allait modifier le projet culturel. On a un continuum de jauge entre 30 places minimum sur ce club et 400 pour la grande salle, on peut agir sur ce spectre sans angle mort. On peut donc répondre aux besoins d'artistes en tout début de parcours, amateurs expérimentés, jusqu'à des artistes de renommée nationale et internationale. On va pouvoir travailler en lien avec le Périscope sur un artiste qui aura besoin d'une toute petite configuration pour un premier concert et qui ensuite ira chez eux, ou à l'inverse accueillir un artiste du Kraspek qui va jouer sur la grande scène. On gagne énormément en adaptabilité et en lien potentiel avec les autres acteurs, en typologie d'artistes concernés, qu'on va pouvoir tantôt faire découvrir, tantôt faire travailler en résidence. Avec deux scènes on gagne en capacité d'occupation de plateaux. On a les bases d'un projet prometteur, à nous de réaliser son potentiel.

Tout cela va nécessiter un budget plus conséquent et davantage de moyens humains que les quatre permanents actuels...
BP : Oui, ces quatre permanents pour un lieu comme le Marché Gare sont déjà une exception voire une aberration en l'état actuel et ce sera intenable avec la transformation de l'outil. Il va falloir être prudent, surtout au vu du contexte de ces derniers mois mais la montée en puissance est obligatoire, on n'a pas d'autre choix que de passer un cap pour atteindre d'ici trois ou quatre ans le véritable potentiel de cet équipement. Je me réjouis donc de cette hausse de subvention de la Ville, que l'exécutif aille plus loin dans son accompagnement.

NPG : Avec la DRAC, la Ville de Lyon essaie d'être en construction de politique publique. Faire progresser la subvention de la Ville à hauteur de 100 000€, c'est indiquer à la DRAC, à l'État, que la Ville continue à accompagner mais en plus passe un cap. Je crois beaucoup à la stratégie des effets leviers. Si nous faisons ce pas, ça peut engager l'État à aller de l'avant aussi. Il y a aussi la question de la Métropole qui est davantage dans un soutien à la constitution des filières. La question est comment on avance ensemble sur des objectifs de politique commune. La Ville toute seule ne peut pas soutenir ce développement mais peut initier un effort conjugué.

Vous avez identifié clairement vos besoins en termes de budget et en termes humains pour passer le cap évoqué ?
BP : Oui. Bien sûr, il ne s'agit pas de vivre aux crochets des collectivités publiques. Mais en même temps le traitement réservé aux musiques actuelles est presque discriminant dans les politiques publiques. On a des recettes propres à développer et le nouvel outil va favoriser ça. En revanche, cette gestion des ressources propres répond à des missions de service public pour lesquelles on obtient des subventions, c'est un modèle particulier qui a vraiment deux jambes. Et donc il faudra faire progresser le budget jusqu'à 850 000€ d'ici trois ans quand il était de 550 000 avant la fermeture. C'est pour ça que je ne veux pas parler en termes de subventions, ce n'est pas comme ça qu'il faut voir les choses. On pourrait faire progresser le budget en augmentant le prix des entrées — on est une des salles de ce type les moins chères de France — mais on ne souhaite pas actionner ce levier. Il faut savoir faire bouger un ensemble de curseurs petit à petit. Je pense aussi que d'ici trois ans, il faudra que les effectifs aient doublé pour espérer une progression d'un tiers de l'activité avec 130-140 concerts par an.

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