Nettoyons Lyon : « on a sorti 60 tonnes de déchets »

Écologie / Modèle d'initiative citoyenne, Nettoyons Lyon, association fondée par deux amis — Nicolas Navrot et Maximilien Bouffard-Roupé —, fête sa première année d'actions concrètes, consistant à nettoyer fleuve, parcs ou places de tous leurs déchets. Tout en sensibilisant.

Comment est né Nettoyons Lyon ?
Nicolas Navrot :
Avec un petit groupe d'amis. On était trois. Au bout de deux semaines, dix. Des potes. On s'est concentrés à la base sur la pêche à l'aimant. Je suis photographe, j'étais souvent dehors. Durant les pauses de midi, quand la lumière n'était pas propice à la photographie, on s'est dit avec mon ami et cofondateur, Maximilien Bouffard-Roupé, tiens qu'est-ce qu'on peut faire ? On avait chacun dans nos placards un aimant, issu d'une petite mode de quelques mois ayant suivi la mise en avant par un YouTubeur de la pêche à l'aimant. Tout le monde s'était dit que ce serait génial de trouver des choses historiques en jetant un aimant dans un fleuve. Nous, ce n'était pas du tout notre cas : on remontait une quinzaine de trottinettes électriques par jour... Des scooters, parfois. Pas ce que l'on attendait, du tout ! Donc, prise de conscience. Au début, on allait ramasser dans les fleuves avec ce petit groupe d'amis, même à la main, sous les ponts : pneus, fours, trottinettes, etc. Moi, réseaux sociaux oblige, j'ai une grosse communauté en tant que photographe passionné par sa ville. C'est venu aussi ainsi, la prise de conscience : à mon échelle, je prends soin de ma ville. La communication s'est très bien faite, des gens ont voulu nous rejoindre. Au bout de quelques mois — on a un an pile, on s'est immatriculés en septembre 2020 —, on a réussi à se professionnaliser au-delà de nos actions initiales et à élargir. C'est d'autant plus important qu'il y a moins de choses dans les fleuves, vu qu'on a retiré, nous, beaucoup de choses et que d'autres l'ont fait aussi. D'où nos actions terrestres, de sensibilisation auprès des entreprises — ça permet aussi d'avoir des rentrées d'argent fixe. Et les scolaires, car c'est important la jeunesse. C'est l'avenir. Jeunesse = sensibilisation.

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On travaille maintenant à la revalorisation de ces déchets

Au bout d'un an, quel bilan ?
La semaine, on est sur les interventions en entreprises et scolaires. Le week-end, sur tout ce qui est associatif, les interventions. On va bientôt avoir deux personnes permanentes pour gérer cette partie. On a beaucoup de monde parmi les bénévoles de passage, ceux qui vont venir sur une seule action : on peut avoir 70 personnes sur une journée pour sortir cinq tonnes de déchets. Mais très peu en continu. Notre problème, c'est le manque de gens pour donner du temps pour organiser toutes ces sessions. D'un autre côté, en un an, on a eu 1500 bénévoles qui ont participé à l'une de nos actions, ça c'est énorme, on a sorti 60 tonnes de déchets. On a fait pas mal de travail pour se structurer en parallèle.

On a sorti 600 trottinettes des fleuves : c'est énorme. Surtout, on travaille maintenant à la revalorisation de ces déchets. Et ça va être notre thématique de l'année à venir. Ces 60 tonnes, qu'est-ce qu'on en fait ? On avait quelques petites techniques : pour les masques, on travaille avec Cycl-Add, une société basée dans l'Ain qui permet d'en faire des tee-shirts ultra-résistants. Pareil pour les mégots. Pour les trottinettes, on travaillait avec les opérateurs pour leur remettre leurs engins. Même s'il ne faut pas oublier que 60 à 80% des engins que l'on trouve sont issus des anciens prestataires et n'ont plus de propriétaire à Lyon.

On a eu beaucoup de réflexion, aussi, lors de cette année écoulée : forcément, pour préparer la suite. Ça a été un long travail pour avoir des équipes fixes, il nous faut trouver aussi de nouvelles synergies avec les entreprises. Notre but, c'est de créer un lieu, un atelier, où l'on puisse accueillir entreprises et scolaires, où l'on pourra faire de la revalorisation de déchets, notamment avec des machines low-tech permettant de transformer la matière. Comme un broyeur de plastique, pour en faire des copeaux que l'on enverrait à une entreprise spécialisée, pour se dire que toutes les bouteilles récupérées sur nos actions on en fait quelque chose, on ne les envoie pas à l'incinérateur de la Métropole car ça ne nous intéresse pas — même si parfois on n'a pas le choix. On pourrait mettre aussi à profit la sphère artistique lyonnaise à l'avenir pour cette valorisation. On peut faire des ateliers de création avec des jeunes, en leur expliquant que chaque déchet a une valeur, que ce n'est pas quelque chose que l'on va oublier et mettre dans une poubelle, mais que l'on peut faire quelque chose avec. C'est vraiment là-dessus que l'on veut sensibiliser. On a l'impression qu'il y a une prise de conscience, mais bien souvent c'est un peu érodé, on le sait mais on ne fait pas grand-chose. C'est pour ça que l'on veut aller plus loin que le simple ramassage.

Quelles sont les relations avec les collectivités ?
C'est en cours. C'est très long ! On n'existe que depuis un an, la Métropole a été lente au début à nous écouter mais ça va mieux. Il y a deux choses : jusqu'ici on collaborait avec des responsables de secteurs, de manière un peu non officielle, pour les prévenir que l'on allait faire des opérations et que l'on allait avoir des volumes de déchets, on s'organisait avec eux pour qu'ils viennent les récupérer. Mais eux, ça les mettait en défaut. Puisque du coup ça prenait du temps de travail ailleurs. Après, il y a la question de la collaboration avec les hautes entités de la Métropole. Par exemple, pour leur demander où sont les zones qui posent problème aujourd'hui. Et le côté politique derrière, pour avancer ensemble. Notre but n'est pas de dire : « on vient derrière vous nettoyer le travail que vous n'avez pas fait. » Nous, on veut juste mettre à profit l'énergie citoyenne de manière positive.

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