Au Théâtre de la Croix-Rousse, Philippe Quesne à la ferme

Farm Fatale

Théâtre de la Croix-Rousse

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

Théâtre / Des épouvantails ont surgi sur Terre à la place des humains disparus ! Philippe Quesne revient enfin à Lyon mettre son esthétique si singulière au service de la fin du monde.

De l’œuvre de Philippe Quesne, il reste des années après leur vision la trace d'une flamme qui s'éteint. Ses spectacles sont à la fois lumineux et crépusculaires, une sorte d'accompagnement vers une belle mort. C'était le cas de La Mélancolie des dragons (2008) et ses hard-rockers errants dans la neige autour de leur caravane figée pour l’éternité. Le mouvement n'est pas la force du travail de celui qui, avant d'être metteur en scène, est scénographe. Ses installations ou morceaux de décor trouvent même place dans les lieux muséaux, au Centre Pompidou ou dans les Biennales d'Art Contemporain de Lyon.

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En 2017 il livrait à La Sucrière une grotte de plastique noir (Bienvenue à Cleveland) et, deux ans plus tard à Fagor-Brandt, un élément de sa pièce Crash Park, un bout d'île abandonnée. En 2018, Gwenaël Morin lui offrait de présenter au Point du Jour trois de ses créations — certaines très anciennes car Quesne jouit de son répertoire comme le font les Allemands notamment, sur une très longue durée. C'était l’occasion de voir son Effet de Serge (2007) hypnotique tant il est minimaliste, La Mélancolie et la jubilatoire Nuit des taupes. Philippe Quesne y faisait déjà totalement disparaître nos semblables au profit de l'animal : ces bestioles avaient creusé des souterrains et s'étaient retrouvées dans une cage de scène découvrant ce que c'était que manger, dormir, jouer, se reproduire et faire de la musique.

Animal on est mal

La partition musicale est centrale dans ses propositions pour la « joie d'être ensemble » confiait-il dans une vidéo à Beaubourg en 2020, un an après la création de Farm fatale. C'est avec ce spectacle, son plus récent, qu'il revient à Lyon, à une époque située « légèrement à la fin du monde ». Cinq épouvantails masqués de papier mâché blanc, une abeille et un poulet androïde occupent l'espace avec, comme à chaque fois, des matériaux simples : cartons, échafaudage métallique, bottes de pailles (ici faites de laine). Pas de paroles compréhensibles si ce ne sont celles de Stand by me au mégaphone ou Bein' Green de Sinatra. Les humains ont été victimes de la pollution et des sortes de clowns perpétuent l'espèce, d'autres espèces.

Le tout juste quinquagénaire creuse à la fois le sillon d'une recherche esthétique acharnée au long cours et la veine d'un théâtre écologique tout (trop) puissant en ce moment sur les scènes. Revenu en compagnie après sa demande de non-renouvellement à la direction des Amandiers-Nanterre, il semble libre comme l'air.

Farm fatale
Au Théâtre de la Croix-Rousse du jeudi 17 au vendredi 19 novembre

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