Une programmation théâtrale riche en découvertes

La saison à venir / Après une première moitié de saison d’une densité inédite, les théâtres attaquent 2022 sans baisser de rythme. Les six mois à venir seront riches comme rarement de découvertes et de grandes figures pour se clore sur la venue d’Ariane Mnouchkine.

Comment suivre ? La cadence n’a jamais été aussi effrénée en terme de programmation. Les Célestins l’emportent haut la main en nombre de propositions quand le TNP a choisi les longues séries qui laissent le temps du bouche-à-oreille s’installer. Des deux côtés, un public présent en dents de scie, qui a progressivement retrouvé le chemin des salles malgré une baisse d’environ 30% de la fréquentation. Les réservations sont encore très basses pour janvier, mais on a pu observer, ces derniers mois, une hausse des ventes en dernière minute.

Des artistes internationaux majeurs ou très reconnus seront là pour la rentrée : Katie Mitchell, Christophe Marthaler, Tiago Rodrigues (qui deviendra directeur du Festival d’Avignon en septembre prochain), Anne-Cécile Vandalem dans un théâtre des Célestins qui n’a rien d’un théâtre municipal mais tant d’un CDN (en dehors des moyens de création), l’immense et indispensable Milo Rau avec Familie (au Point du jour, en janvier), le Raoul Collectif au Théâtre de la Croix-Rousse.

Le moment Mnouchkine

Au TNP, le Japon sera à l’honneur avec Nous serons toujours là de Ryoko Sekiguchi (en mars), pour 40 personnes, création culinaire comprise. Suivront le Tartuffe de Bellorini créé avec le théâtre de Naples (en mai) et le grand moment Mnouchkine. Ça faisait longtemps que la figure tutélaire des planches françaises n’avait pas retrouvé une salle à Lyon et voici qu’elle arrive avec son Île d’Or (en co-accueil des théâtres de la Métropole) pour conter un théâtre qui devient refuge. Avec cette création collective en compagnie de ses indispensables Hélène Cixous à l’écriture et Jean-Jacques Lemêtre à la musique, Mnouchkine embarque 32 comédiens dont ses piliers (Georges Bigot, Martial Jacques…) dans l'aventure.

D’ici juin, qui marquera la fin de la saison et le début des Nuits de Fourvière dont la programmation sera dévoilée mi-mars, d’autres artistes femmes auront pris possession des planches pour parfois placer au cœur de leur travail la question féministe. C’est le cas des jeunes Stéphanoises des Marthe avec Tiens ta garde d’après l’essai d’Elsa Dorlin, Se défendre, une philosophie de la violence (au Point du Jour en février), de Pauline Bureau qui explore une équipe de foot XX (Féminines, au Théâtre de la Croix-Rousse en avril), de Virginie Despentes et Béatrice Dalle réunies par David Bobée avec le groupe Zëro (Viril, au Théâtre de la Croix-Rousse en mars). Alice Zeniter aussi s’empare de cette question, seule sur scène, dans une pièce parfois trop démonstrative mais solide ; elle redonne voix aux personnages féminins de la littérature dans Je suis une fille sans histoire (au TNG en mars). Dans ce même CDN, le collectif L’Avantage du Doute, inégal, interroge un possible lien entre urgence climatique et haine des femmes (Encore plus, partout, tout le temps, en février). Le théâtre de Villefranche, une fois de plus, mettra de jeunes créatrices à l’honneur dans son temps fort du même nom fin janvier avec Julie Guichard, Maïanne Barthès, Ludmila Dabo…

Au TNP on remonte le temps, au XVIIe siècle, pour réfléchir à la condition des femmes avec Dissection d’une chute de neige de la quadra Sara Stridsberg que met en scène le directeur des Amandiers Christophe Rauck, évoquant le rapport entre pouvoir et genre féminin via la figure de la Reine Christine de Suède incarnée par la très grande comédienne qu’est Marie-Sophie Ferdane.

Elles sont dans la place

D’autres créatrices telles que Lorraine de Sagazan sont attendues sur plusieurs fronts pour évoquer le deuil (Un Sacre, aux Célestins en mai) et aussi la perception du réel par un mal-voyant avec une petite forme très convaincante (La Vie invisible, au Point du Jour en mars). Dans les deux cas, le jeune auteur Guillaume Poix est à l’écriture.

Au TNP, Tiphaine Raffier, dans une Réponse des Hommes (en février) très sage mais ample, Margaux Eskenazi (Et le cœur fume encore, en janvier) ou même la metteuse en scène Aurélia Guillet déploient leur talent. Cette dernière convie, dans son trio, une actrice phare de Pommerat (Marie Piemontese) pour mettre au jour Les Irresponsables, œuvre d’un auteur autrichien peu joué (Hermann Broch) mais dont une partie du texte a été rendu célèbre par Jeanne Moreau dirigée par Klaus Michael Grüber en 1987, le Récit de la servante Zerline. Leur homologue masculin Julien Gosselin laisse tomber Houellebecq et Bolano et fait un spectacle théâtre-vidéo de 4h20 qu’il maîtrise à la perfection sans que le propos ne soit renversant. Il ressuscite Leonid Andreïev, contemporain de Tchekhov, dévoré par les mêmes tourments : Le Passé (aux Célestins, en mai).

Au rang des découvertes, L’Élysée et Les Clochards Célestes proposent le meilleur. Dans le 7e arrondissement, il est temps de rencontrer Pierre Bidard. Ce comédien passé récemment par l’ENSATT a travaillé sur la révolution du traitement des patients en psychiatrie qui s’est opéré à la clinique de la Borde dans les années 50 (Il faut tenter de vivre, en janvier et mai). Il présentera aussi Que se répètent les heures (en mai). Parmi mille autre choses, Les Clochards donnent la place à un diptyque passionnant et rondement mené de Lars Noren (Froid. Biographies d’ombres, en février) par le collectif 70 avec notamment Jean-Rémi Chaize.

Enfin, dans ce genre radicalement différent qu'est le cirque, qui a peu de place sur les scènes cette saison, on guettera à Villefranche Villefranche le somptueux Optraken (mai), aux Célestins le retour de James Thierrée avec Room (en juin) et au Théâtre de la Croix-Rousse Ziguilé (en avril) de la compagnie réunionnaise Très-d’Union qui avait ouvert la saison. Les Subs rendront un hommage à Garcimore grâce à Gaël Santisteva (en février). Ce performeur sera comme un poisson dans l’eau dans ce lieu qui n’a de cesse d’en inviter — notons aussi, après de multiples reports, le duo étonnant et enthousiasmant Clédat et Petit-Pierre avec leur création Les Merveilles (en avril). Tout un programme à l’entame de 2022.

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