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L’Atelier des Récits 2022

Au musée urbain Tony Garnier, Trente Glorieuses, et moi, et moi, et moi

Les Jours heureux

Musée Urbain Tony Garnier

Jusqu'au 18 décembre 2021 2022, du mar au sam de 14h à 18h

Histoire / Allant à rebours des expos qui réduisent les panneaux de textes au minimum, le musée urbain Tony Garnier est un livre ouvert pour aborder les Trente Glorieuses sans jamais oublier d’illustrer son propos avec une somme foisonnante d’objets ultra légendaires.

Embrassant à la fois le XXe siècle qui a vu naître la Cité urbaine Tony Garnier dans laquelle il se trouve et le sujet inépuisable du mode de vie des Français, le musée niché dans le 8e arrondissement étudie les bouleversements sociétaux et politiques qui ont accompagné les Français entre 1944 et 1974 . Cette période nommée ainsi a posteriori quand les chocs pétroliers freinent l’élan progressiste et consumériste par l’économiste Jean Fourastié en 1979, a commencé avec le Conseil National de la Résistance qui appelait, dans l’immédiat-après-guerre, à cette formule dévoyée par Emmanuel Macron en pleine première vague du Covid, des « Jours heureux ». Il fallait à la fois s’occuper de chasser l’occupant, juger les collaborateurs et inventer l’avenir par la nationalisation des entreprises, d’énergie notamment, une politique de natalité très développée et une nécessité de construire des logements. C’est grâce au système D (d'anciennes scénographies d’expositions précédentes recyclées) et à travers une vaste campagne de collecte lancée par le musée que cette expo se décline.

Ainsi, un landau et un couffin en osier illustrent ce que Charles de Gaulle voulait, devant l’Assemblée consultative en mars 1945 : « douze millions de beaux bébés en dix ans ». Il en aura dix en douze ans tant et si bien qu’en 1968, un Français sur trois a moins de 20 ans. Pour eux, la société se réorganise. L’intérieur de la maison change. C’est la naissance des salles d’eau. L’intime n’est plus à la vue de tous et de nouveaux objets font leur apparition pour l’entretien de chacun : une machine à laver (manuelle encore), un casque pour sécher ses mises en plis… et la chambre d’enfants se remplit : en témoigne une vitrine de jeux et de livres d’antan. La consommation augmente en même temps que les nouveaux besoins piochés dans l’american way of life et les salons des arts ménagers comme de l’automobile rouvrent dès la guerre finie.

OK boomer ?

L’exposition consacre une large partie de sa surface aux mobilités, avec un train électrique suspendu pour rappeler à quel point ce moyen de transport était démocratique dans une France encore peu équipée en voitures (1 million en 1946, 15 millions en 1975 !). Une pompe Shell (et son fameux logo coquillage hérité du XIXe quand l’entreprise importait des meubles d’Asie avec coquillage incrusté) rappelle que la Nationale 7 est la voie vers la liberté et les stations littorales toutes neuves. Une troisième semaine de congés payés est obtenue en 1956, une quatrième en 1969 et c’est le triomphe, qui apparait sur un mur de cartes postales si parlantes, du camping, des villages-clubs et des colonies pour les enfants. Les autoroutes qui comptent 158 km en 1958 sont dix plus fois plus denses en 1969, deux ans avant que n’ouvre le tunnel sous Fourvière à Lyon. La ville de la gastronomie n’est alors qu’une étape de quelques heures sur le chemin, pour s’attabler dans un bouchon. Il faudra attendre l’ère Gérard Collomb pour que cela change et qu’elle n’apparaisse dans les destinations dites city break. La capitale des Gaules est aussi à l’honneur dans ce parcours via un Teppaz (électrophone mythique) ou un fer à repasser Calor (via l’affiche publicitaire) rappelant l’importance des usines locales dans ces décennies.

La question du logement, comme celle des mutations vestimentaires, largement détaillées, vaudraient à elles seules d’autres expositions. Car la matière documentaire est riche, à l’image de ce tableau final dans un camaïeu de couleurs d’ustensiles en plastique qui s’arrachent à prix d’or dans les brocantes aujourd’hui, so vintage. Bien sûr est-il intelligemment rappelé en fin de circuit, que ces Trente Glorieuses ne l’ont pas été pour tout le monde, via des vidéos des mouvements contestataires voire révolutionnaires qui les ont émaillées, tel Mai-68. Là encore un sujet à part entière.

Les Jours heureux, archéologie des Trente Glorieuses
Au Musée urbain Tony Garnier jusqu’au 18 décembre
(catalogue à paraître en février)

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