Les maîtres de l'hyperréalisme font halte à La Sucrière

Hyperréalisme. Ceci n'est pas un corps

La Sucrière

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

Sculpture / Très loin d’être un musée de cire façon Tussaud, la nouvelle expo de La Sucrière revêt une réelle démarche artistique et permet de naviguer dans le courant de la sculpture hyperréaliste, jamais réellement structuré mais créé par des artistes américains et belges dans les années 60. Spectaculaire. Et pas que.

Le terme ne date que de 1973 quand un galeriste belge, Isy Brachot, organise une expo marqueur : Hyperréalisme. Maîtres américains et européens. Mais l’hyperréalisme — c'est rappelé à La Sucrière en introduction — est né dans les années 1960 pour contrer l’expressionnisme abstrait US (Willem de Kooning, Jackson Pollock…). En six chapitres, cette exposition (au montage exclusivement privé, d’où son prix d’entrée : 15€ plein tarif) nécessite de se connecter au site dédié via un QR code, sans lequel l'exposition ne serait qu’une suite de sculptures impressionnantes mais sans consistance historique.

Deux des maîtres du début de cette aventure ouvrent le parcours : George Segal (et ses moulages monochromes) et Duane Hanson (1925-1996) qui, invité à créer par un musée à Bonn, préféra se consacrer aux ouvriers de celui-ci, les fit venir dans son atelier aux États-Unis et moula leurs corps. Puis il revêtit ces bronzes peints de leurs vêtements, poursuivant ainsi ce qu’il déclinait déjà : montrer les invisibles, les ouvriers cachés de l’American way of life. Politiques, certains de ces artistes le sont assurément comme son compatriote John Deandra (né en 1941) qui, avec American Icon – Kent State reproduit deux manifestants nus qui luttaient contre les inflexions de Nixon au Viêtnam. Le 4 mai 1970, la police a tiré sur la foule et abattu quatre étudiants. La photo de John Filo fit le tour du monde – le sculpteur s’en est inspiré.

Bronze, cire, argile…

Plus récemment, le Danois Peter Land a entreposé au sol une série de cartons de façon gigogne, Back to Square One (2015). À une extrémité les pieds dans des chaussures vernies, à l’autre bout, une tête hirsute d’un homme vivant dehors. Soit la métaphore de la dégringolade sociale et de la menace permanente de la déclassification dans une société sans pitié. « C’est une œuvre de lutte pour la survie, nous a confié l’artiste. Elle prend son sens par la place physique qu’elle occupe ». À l’instar de Duane Hanson, il veut « faire entrer dans les musées ceux qui n’y vont jamais » comme ici un SDF, nous dit encore l’artiste de 55 ans.

D’autres jouent de la provoc’ comme Maurizio Cattelan (le fameux Italien qui a exposé une banane au Gaffer) qui expose ici trois bras plantés dans le mur faisant un salut nazi pour évoquer l’Ave Maria de l’archange Gabriel annonçant à la Vierge Marie la naissance à venir du Christ. Les miracles sont passés à la broyeuse du réel. Idem pour l’Australien star Ron Mueck, déjà passé par la Fondation Cartier en 2013, qui expose ici A Girl (2006), bébé aux dimensions immenses — 5 mètres de long —, tout juste né, encore tâché de sang et simulant la douleur de voir son premier jour. Une vidéo vient compléter la création de cette œuvre qui appartient aux National Galleries of Scotland (Edimbourg) contrairement à beaucoup de sculptures de cette exposition qui proviennent de galeries voire de collections privées. À l’autre bout de l’existence, le Serbe septuagénaire Marc Sijan avec Embrace (un couple de personnes âgées s’enlassant nus) et l’Australien quadra Sam Jinks avec Woman and Child (une petite vieille serrant dans ses bras le bébé qu’elle fut) provoquent une réelle émotion.

Jusqu’à rencontrer le travail plus performatif de Erwin Wurm (Idiot II) ou technologique du duo Glaser/Kunz (Jonathan) qui concluent cette nouvelle exposition portée par la société Tempora qui a déjà présenté en ce lieu les photos de Steve McCurry et l’hommage à Saint-Exupéry. Hyperréalisme, après avoir été présentée à Liège, Bilbao, Monterrey ou encore Rotterdam, débarque à Lyon jusqu’au lundi 6 juin avant de migrer au Musée Maillol à Paris.

Hyperréalisme
À La Sucrière jusqu’au lundi 6 juin

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