La petite utopie du Théâtre de l'Uchronie

Théâtre / Non labellisé Scènes Découvertes, mais enfin aidé par la Ville, le Théâtre de l’Uchronie, au cœur de la Guill’, défend depuis 2014 des récits imaginaires et oniriques. Les pieds beaucoup plus sur terre que satellisés.

Manuel Liminiana (metteur en scène, auteur, cinéaste) et Barbara Loison (chorégraphe, danseuse, ancienne directrice des biennales de la Ville) ont imaginé il y a plus de dix ans un lieu où les « histoires de l’imaginaire » pourraient voir le jour.

En 2014, ils ont trouvé ce local à l'angle des rues de Marseille et de Jangot, auquel ils ont adjoint en 2017 celui d'un resto africain qui fermait. Désormais, une salle de 44 places, deux studios de répétition et un bureau à l’étage (pour le travail de structures de production) sont ici installés. 25 à 30 spectacles s’y sont joués par saison au début, plutôt 18 à 20 désormais pour laisser place à de la résidence d’artistes. Car oui, il faut du temps pour créer et penser et du temps pour montrer.

De plus en plus, l’équipe du théâtre désire offrir des séries de huit dates et éviter le turnover destructeur de ce métier où une création chasse l’autre à la vitesse de l’éclair. Barbara et Manuel y jouent aussi leur travail, deux spectacles cette saison dont le très délicat et subtil Adieu sera bien mieux, Noël, vous, nous et eux.

Ils ont voulu ce lieu comme un « entre deux », pour être à la fois en « proximité » sans neutraliser « la grandiloquence. Si on avait pu rajouter un mètre d’ouverture de scène, deux mètres de profondeur et 40 places, ça aurait été parfait : on ne peut pas faire un théâtre comme le nôtre et toucher tout le monde dans une grande salle. C’est difficile de faire pleurer au 16e rang comme au 1er». Pour eux, il s’agit de conter des histoires via des « écritures irrévélées, contemporaines, pas encore jouées ailleurs et pas seulement portées par des jeunes sortis d’école mais aussi par des 35-40 ans qui en sont à leur troisième ou quatrième spectacle ».

« Traiter de l’utopie et de l’imaginaire est aussi une manière de faire de la politique sans être dans la frontalité » disent-ils. La pluridisciplinarité est au cœur de ce projet, le cinéma et l’image étant l’ADN de leur collectif MacGuffin créé au début des années 2000 et avec qui Manuel Liminiana a réalisé de nombreux courts-métrages.

Missionnaires de la chose culturelle

Pas aidé par des tutelles souvent sollicitées — ou alors à la marge avec une aide de 2 000 à 3 000€ par an et aléatoire — ce théâtre, qui a postulé lors du renouvellement des Scènes Découvertes, n’a pas été retenu mais s’est vu octroyer par la Ville de Lyon une promesse d’accompagnement en 2022 via une subvention de fonctionnement dans le cadre du Fonds d'intervention culturelle (FIC), dont le montant n’est pas encore connu.

L’écoute a été plus grande encore lors de leur tournée de démarchage entamée au Canada francophone juste avant le Covid : « notre travail a été vu comme nécessaire et intéressant. Nos interlocuteurs ont tous eu une remarque très drôle nous renvoyant à notre vieux continent et disant que chez eux, ce qui remet en cause des édifices a du sens ; il y a moins de rails définis par des institutions ».

C’est en missionnaire de la chose culturelle qu’ils ont donc réalisé les 100 000€ de travaux préalables du théâtre avec leurs petites économies et en empruntant aux amis (désormais remboursés). Et qu’ils continuent de faire vivre ce lieu avec des bénévoles, une administratrice en intermittence et leur force de travail et de création.

Avec un budget à l’équilibre d’environ 100 000€ (recettes de billetterie, location de la salle à des cours…), le Théâtre de l’Uchronie déploie vaillamment sa vision du théâtre hors des modes. Pas contre les autres, mais en ayant une place à part entière dans ce paysage parfois uniformisé.

Théâtre de l’Uchronie
19 rue de Marseille, Lyon 7e

Métamorphoses, par la Cie du Pitre Blême
Du mercredi 27 au samedi 30 avril

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