Lyon : la Ville en quête d'idées pour ses lieux vacants

Urbanisme / Que vont devenir le Chalet du Lac, l'ancienne ENSBA, la galerie des Terreaux ou encore l'ancien Musée Guimet ? Voici les premières pistes dévoilées par le maire Grégory Doucet et son adjoint Sylvain Godinot. 

Des idées. C'est bien ce qui manque aux exécutifs écologistes pour parler au-delà de leur base militante : faire peur en brandissant un rapport du GIEC, c'est une chose — toute la gauche est aujourd'hui consciente de l'urgence climatique. Mais au quotidien, une fois aux manettes d'une municipalité, il faut aussi faire un minimum rêver, se projeter dans l'avenir et démontrer que l'on est capable d'embellir la vie des habitants et des habitantes d'une ville en leur proposant de faire évoluer leur cité. Et quelques arbres plantés, bienvenus, ne peuvent suffire. L'occasion était belle mercredi 6 avril, jour où Grégory Doucet devait dévoiler lors d'une conférence de presse ce qu'il comptait faire du patrimoine vacant de la Ville, d'apposer sa griffe, d'amorcer un élan, d'imposer des thèmes plus larges. L'attente était grande, la déception l'est tout autant.

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C'est d'autant plus dommage qu'après les cas emblématiques de Fagor-Brandt transformé en dépôt TCL et les tergiversations autour de la Salle Rameau (n'ayant pas abouti à grand chose sinon à un rétrécissement du projet), l'annonce de l'arrivée de la Biennale d'Art Contemporain au Musée Guimet, avant l'occupation temporaire en mode friche artistique du lieu pour trois ans, avait attisé l'espoir et laissé croire qu'une compréhension des besoins vitaux d'une ville de se régénérer sans cesse et de ne pas faire du surplace, étaient cette fois intégrés.

Une cité des réparateurs

Aucun des projets présentés n'est réellement ficelé. Tous tournent inexorablement autour du petit champ lexical écologiste et de la transition écologique. Faisant fi de la crise démocratique aigüe dans laquelle est plongé notre pays. La culture ? C'est la grande absente, encore une fois — à part, provisoirement, pour le projet Guimet déjà annoncé précédemment.

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Prenons la galerie des Terreaux qui aurait pu s'y prêter merveilleusement, située en plein centre de Lyon et plus exploitée depuis les années 1990 : Nathalie Perrin-Gilbert, alors candidate, désirait en faire une maison de la photographie, l'éphémaire Georges Képénékian voulait en faire un lieu tourné vers l'architecture, Étienne Blanc (LR) une annexe des musées, Yann Cucherat un lieu d'exposition également pour artistes émergents... Voilà donc une destination qui semblait faire l'unanimité lors de la dernière campagne : eh bien, non. Ce sera une « cité des artisans et réparateurs » —, dans un quartier qui pourtant n'en manque pas, avec pour objectif de « valoriser le label "Fabriqué à Lyon" ». La galerie restera dans le patrimoine de la Ville.

Du côté de l'ancienne ENSBA fermée en 2007, dite site Neyret, que faire des 6400 m2 ? Si les services archéologiques de la Ville, qui devaient un temps déménager dans le projet Guimet abandonné, resteront installés dans une aile, le projet pour la seconde aile reste très flou : « 1600 m2 (aile Est et corps central) seront dédiés à des projets axés sur la transition écologique et solidaire, accueillant diverses activités qui pourront inclure de la recherche, de la formation, de la médiation scientifique avec les citoyens, des expérimentations, du débat public... » Là encore, d'autres idées plus impactantes étaient possibles — certains candidats aux municipales envisageaient d'en faire une Friche de la Belle de Mai à la lyonnaise, ce qui n'aurait pas été du luxe pour héberger nombre de structures culturelles mais pas que, dépourvus de locaux en centre-ville, et ainsi créer un nexus manquant cruellement à Lyon. On attendra tout de même des précisions sur ce projet que Sylvain Godinot, l'adjoint à la Transition écologique et au patrimoine, présente comme « un tiers-lieux de la transition écologique. »

Peinture sur feuilles mortes

Ensuite ? Le fameux Chalet du Lac, lieu privilégié face au lac, en pleine verdure au cœur du Parc de la Tête d'Or et abandonné depuis 2013 : il sera dédié à la transition écologique. Mais sera probablement tourné vers la restauration, puisqu'il faudra un modèle économique. Et sera soumis à un appel à projets. On espère que d'autres auront des idées parce que là, ça reste flou, encore. « Nous cherchons des porteurs de projets privés pour nous proposer des idées. Le lieu devra garder son enveloppe extérieure, être ouvert au public, avoir pour vocation la biodiversité. Les clients ne pourront pas y accéder en voiture. Il faudra investir entre 4, 3 et 5 M€ pour le rénover, la Ville ne payant rien » déclare Sylvain Godinot, ajoutant que le lieu « sera mis à disposition pour 25 ans via un bail emphytéotique. L'idée, c'est que les acteurs locaux puissent participer aussi : il y aura un aspect restauration, buvette, événementiel sans doute, mais aussi des expositions, des ateliers par exemple de peinture sur feuilles mortes. »

Aucune occupation temporaire n'est prévue non plus dans ces trois lieux, hormis donc au Musée Guimet. Pour lequel, après ces trois ans de friche artistique, « tout est possible » selon Sylvain Godinot. « Nous voulions nous doter d'un schéma directeur, on annonce une dynamique officiellement aujourd'hui » déclarait Grégory Doucet en introduction de cette conférence. Pour l'instant, on dirait la dynamique de Yannick Jadot à la présidentielle.

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