Susan Kare, graphiste des débuts de Apple, exposée au Musée de l'Imprimerie

Susan Kare

Musée de l'Imprimerie et de la communication graphique

Jusqu'au 18 septembre 2022

Graphisme / Une petite bombe ou une montre en pixels : en créant cela, Susan Kare a dessiné les icônes qui ont modelé nos vies pour Apple ou Windows. Dans une expo à la fois très accessible et ambitieuse, le Musée de l’Imprimerie lui octroie sa première rétrospective et revient sur quarante ans de design numérique.

Quand en 1982, Steve Jobs et son comparse Steve Wozniak confient à Susan Kare la responsabilité de créer des icônes, il s’agit d’humaniser le lien entre la machine et l’utilisateur de ce drôle d’engin qui coûtait 2495$ à son lancement : le Macintosh. Son premier travail va être d’illustrer des verbes ! Coller, couper, annuler (« particulièrement difficile » dit-elle) mais aussi remplir (le pot de peinture qui coule) sur le logiciel Paint ou encore dessiner (la main qui tient un pinceau).

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Tout part chez elle d’un carnet quadrillé (que l’on peut voir en entame de parcours) sur lequel elle trace ses premiers motifs pixellisés et dont le MoMa de New York a fait l'acquisition récemment. Le Happy Mac qui salue les utilisateurs à l’allumage reste son motif préféré et illustre cette forme de positivisme que le musée a eu la bonne idée de contrer, car l’objectif n’est pas de faire « une expo sur quelqu’un de positif » comme l’énonce clairement son directeur, Joseph Belletante.

Ainsi s’affichent des travaux réalisés par la Biennale de Venise questionnant l’utopie en 2003 : à côté de l’icône de la corbeille se trouvent les photos d’Agnès Varda de pommes de terre germées qui peuvent encore servir. Ou celle de Diller + Scofidio, présentant des open-space emplis d’informatique jouxtant l’icône universelle pour enregistrer : la disquette. Car bien sûr cette uniformisation interpelle et les GAFAM ne Éeuvent se résumer à des smileys rieurs, ils sont aussi objets de contrôle.

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De Happy Mac aux NFT

Étendant l’exposition à d’autres créateurs (notamment la street artiste Aheneah qui recrée des pixels en clous et en laine sur des murs, ou l’auteur du premier livre en émoticons, Xu Bing), l’expo questionne les icônes dans l’espace public : dans la rue avec les pixels de Mifo Mosa agglomérés au-dessus des plaques de rues ou même sur autoroute avec le travail de Jean Wilder qui, dans la France prospère des années 70, crée les panneaux bruns indiquant les lieux de patrimoine remarquable des environs, puisque pour Susan Kare « les bonnes icones s’apparentent davantage à des panneaux de signalisation qu’à des illustrations ».

Enfin, et ce n’est pas rien, cette expo est aussi l’histoire d’une femme dans un monde masculin. Ses comparses sont aussi mises à l’honneur, comme Carol Twombly, qui façonna la police Trajan, utilisées pour les affiches des films Titanic et Games of Throne.

Icônes by Susan Kare
Au Musée de l’Imprimerie et de la Communication Graphique jusqu’au dimanche 18 septembre

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