Cécile Mayet : « mon métier en 25 ans a complètement changé »

Café-théâtre / Le Complexe du rire — café théâtre mythique des pentes — fête ses 25 ans et inaugure un nouveau format Comedy Club cette année. Rencontre avec Cécile Mayet, directrice artistique.

Quel est le départ de cette aventure, il y 25 ans, déjà ! ?

Ça commence en octobre 1997. J’avais une formation de traductrice et mon mari, François, travaillait en tant que chercheur en mathématiques. On prenait des cours de théâtre, et puis, à la fin de cette année de cours, on a su que le Complexe était à reprendre et on s'est dit « allez go, si ça marche pas, on reprendra notre boulot. » Et puis on y est encore. C'était une reprise par passion.

Pour le meilleur et pour le pire…  Comment se porte la salle post-covid ?

On a dû perdre 20 % de la clientèle habituelle lors de la saison dernière, c'était encore un peu chaotique. La grosse partie de notre chiffre d'affaires se fait en décembre mais cette année, juste avant, il y a eu l’annonce — pas vraiment officielle — de non regroupements, qui nous a fait perdre 100 % des groupes d’entreprises. Tout a été annulé. Nous avons eu des aides l’an dernier mais pas cette année.

Le Complexe est devenu un lieu mythique du café théâtre lyonnais. Comment l’expliquer ?

Le public est toujours au rendez-vous. D’abord, il y a les "mardis découverte" toutes les semaines, on donne la chance vraiment aux tout débutants. Et puis sûrement la façon dont on suit les artistes, dont on les accueille… Ils se sentent bien. Il n'y a pas de surprise en terme de rémunération, c’est carré. D'une certaine manièret, ce sont les artistes qui font la réputation. Les grandes figures — comme Florence Foresti ou Alexandre Astier — qui ont commencé ici participent à la renommée !

Les "mardis découverte" engagent le public à une plongée dans l’inconnu. Ont-ils toujours autant de succès à l’heure où la notoriété (en ligne) des humoristes importe beaucoup ?

La démarche a changé, c’est vrai. Avant, le public s'en fichait de ce qu’il venait voir, c’était la surprise. Maintenant, le public vient voir "quelqu’un". Le premier vrai changement a été l'émission On n'demande qu'à en rire sur France 2, qui a fait émerger le café-théâtre et le one man. Tout le monde voulait voir les artistes en question sur scène. Du coup, on s'est retrouvé avec beaucoup plus de demandes du public, et des comédiens. Là où je programmais des spectacles sur de longues périodes, il a fallu que je les réduise pour tous les caler et proposer aussi ce que les gens voulaient voir. Plus ça va, plus on va à la réduction du temps de programmation, ce qui est à la fois bien, et dommage, parce que ça va aussi de paire avec les mentalités d'aujourd'hui du zapping, de la consommation, du "tout de suite".

Les réseaux sociaux sont devenus des vitrines indispensables aux artistes…

Le public vient voir son artiste en vrai, celui qu’il suit dans son téléphone. Des artistes excellents ne vont plus remplir parce qu'ils ne sont pas bons sur les réseaux. C'est le passage obligé. Il y a aussi la perte ou la mutation du métier d’agent. On peut être son propre agent puisqu'on a un téléphone et on a une communauté…

Votre métier de directrice artistique a-t-il muté lui aussi ?

Je ne travaille plus du tout de la même façon ; mon métier en 25 ans a complètement changé. Quand on a commencé, on programmait trois, quatre mois le même artiste. On pouvait instaurer des relations assez profondes avec les comédiens. Je suis obligée de m’adapter. Je n’abandonne pas les artistes que je suis depuis des années, qui font un vrai travail de fond avec le cœur, mais je prends presque un risque financier en les programment parce qu'ils vont moins remplir. Je laisse la place à des jeunes qui ont une communauté et qui ont envie de jouer, en restant exigeante. En plus des festivals, on fait la veille sur les réseaux, car tout va très vite. Philippine Delaire (du 19 au 22 octobre) par exemple a fait son premier Avignon à l’été 2021, il y avait 4 personnes. Puis elle a cartonné sur les réseaux, elle a rempli une semaine au Complexe. Dans ma programmation à l’année, je suis obligée de laisser des petits trous pour les artistes qui émergent d’un coup. C’est tout un art.

Toute cette émulation a fait naître un nouveau projet au Complexe…

Grande nouveauté cette année : nous allons créer un Comedy Club dès janvier, tous les lundis, pour répondre à la demande du public. Le stand up est devenu un genre à part entière avec des petits temps de scène (15, 20 min). Le but n’est plus forcément de monter un spectacle, les artistes restent parfois des années à proposer juste des formats de 15 minutes, c’est un style qu’il faut représenter.

Quels  spectacles ne faut-il pas louper dans la saison ?

Je ne donnerai pas de nom. Je les aime tous. J'ai envie que les gens restent curieux. Ce n'est pas parce qu'un artiste n'est pas connu qu'il ne mérite pas d'être découvert. Il y a différents styles, c'est difficile de conseiller quelqu'un par rapport à un humour en particulier. Mais si je dois parler d’un, ce serait celui qu'on accueille à cette rentrée : Jarnal, tout jeune comédien à qui je trouve énormément de talent, aussi bien par sa prestance que son écriture. Il est mis en scène par François Rollin de France Inter. Puis on a toute notre petite équipe de serveurs qui se prête au jeu régulièrement comme Morgane Berling, artiste montante et Roman Doduik, enfant du Complexe. Je suis sa mère sur Tik Tok et on cartonne !

Un mot sur l'école du Complexe ?

Elle existe depuis presque toujours et s'est développée il y a sept ans quand on a eu cette nouvelle salle dédiée. Des cours d’impro — tous niveaux, et tous ages, dès 6 ans — y sont dispensés. Des cours de café-théâtre aussi, où l'on va plus inciter les gens à écrire leurs propres sketchs, à monter leur spectacle. Puis un cours de voix une fois par mois qui est magique, avec Pascal Auffray qui va pouvoir débloquer des choses à travers la voix. Les inscriptions se font en ligne ou chez nous.

Le Complexe
7 rue des Capucins, Lyon 1er
Du lundi au vendredi, de 14h à 22h30 ; samedi, de 19h à 23h

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