Aurélie Pétrel, réinventer d'autres vies aux images

Art contemporain / La 16e Biennale d’art contemporain « Manifeste de la fragilité » ouvre ses portes mercredi 14 septembre. Parmi les quelque 90 artistes invités, la photographe Aurélie Pétrel et ses images mises en espace. Elle expose dans trois des onze lieux de la Biennale, ainsi que dans sa galerie Ceysson & Bénétière.

Depuis 2010, c’est dans un gros meuble fabriqué sur mesure qu’Aurélie Pétrel (née à Vénissieux en 1980) conserve ses "prises de vue latentes", des tirages photo de moyen format. Soit une sorte de boîte noire, de fabrique d’inconscient, qui s’actualisera et (re)prendra vie à l’occasion des différents projets d’expositions de la photographe. Cette boîte de mémoire et de jachère est alimentée, au fur et à mesure du temps, par les « reportages artistiques » au long cours qu’elle effectue dans différentes villes : New York, Berlin, Genève, Fukushima, Beyrouth… Ou encore Shanghai où tout a commencé, en 2003, alors qu’elle était encore étudiante aux Beaux-Arts de Lyon. Pour ce projet, elle apprendra le chinois à l’université, fera plusieurs voyages en Chine, s’intéressera à l’exposition universelle 2010, rencontrera de nombreuses personnes sur place, réalisera des interviews… « Quand je choisis un projet de recherche, nous explique Aurélie Pétrel,  cela sous-entend pour moi pour moi, jusque dans ma vie personnelle, une très forte implication. Mon travail en Chine, par exemple, s’est étalé sur dix ans ».

Mises en scène

À partir de ce travail 100% photographique, inspiré de la démarche d’un photoreporter, l’artiste, ensuite, pour ses expositions, « activera » certaines de ses images en jachère sous formes d’objets photographiques tridimensionnels et d’images mises en espace, en fonction notamment de la configuration du lieu qui l’accueille. Le visiteur est ainsi invité à éprouver physiquement ses images, à se déplacer pour les découvrir au sein de dispositifs originaux… On se souvient par exemple de son exposition à Lyon en 2011 à la Galerie Houg (son ancienne galerie) où l’artiste jouait de différents formats, supports de tirage, « objets-photo », invitant sans cesse à la variation, à la surprise, au déséquilibre… Sans compter encore, une grande attention portée aux jeux de reflets lumineux, et aux transparences. Aurélie Pétrel évoque pour qualifier son travail les idées d’architecture d’images, ou de partitions d’images. La notion de théâtre est elle aussi très présente, et la photographe a plusieurs fois collaboré avec le metteur en scène Vincent Roumagnac pour ses œuvres-expositions.

Labyrinthe borgésien

Pour la Biennale de Lyon, Aurélie Pétrel met les bouchées triple en exposant à la fois au Parking République, dans les serres du Parc de la Tête d’Or et aux Usines Fagor. Cerise sur le gâteau, sa galerie, Ceysson & Bénétière, lui consacre une expo personnelle en parallèle !

C’est à partir d’un projet (débuté il y quatre ans et toujours en cours) mené à Beyrouth et un corpus de deux cents photographies que ces quatre expositions se déploieront. L’œuvre la plus imposante est montrée aux Usines Fagor : un labyrinthe de soixante-dix verres (composé de plaques de verre de plus de deux mètres de haut sur un mètre de large, qui sont aussi bien des photographies sur verre, des verres transparents ou des miroirs sans tain). « Cette installation est inspirée des palais de glace des fêtes foraines, qui sont à la fois une attraction drôle et pas si drôle que ça… Mon but, en tout cas, est de désorienter le regardeur, et de faire écho aussi aux espaces de la ville de Beyrouth particulièrement déroutants et complexes à appréhender ». Les images mises en espace que l’on y découvrira sont notamment inspirées d’un carnet-agenda d’une Lyonnaise qui, en 1958, rejoignit son mari à Beyrouth. À partir d’archives et de confrontations concrètes à une géographie humaine urbaine, Aurélie Pétrel propose une fiction-labyrinthe à la Borges, une résurrection d’images aux frontières du réel et de l’imaginaire.  

 

Aurélie Pétrel à la Biennale d’art contemporain : Usines Fagor, Parking auto République, Parc de la Tête d’or, du 14 septembre au 31 décembre.

Exposition personnelle à la Galerie Ceysson & Bénétière du 15 septembre au 22 octobre.


16e Biennale d’art contemporain de Lyon

- Titre : « Manifeste de la fragilité »

- Lieux d'exposition : Usines Fagor, Musée d’art contemporain, Musée des Beaux-Arts, Musée Fourvière, Musée Guimet, Musées Gadagne, Lugdunum musées et théâtres romains, Parc de la Tête d’Or et Pavillon du parc, Parking LPA République, URDLA Villeurbanne, Place des Pavillons (Lyon 7e), Gare SNCF Part-Dieu.

- 87 artistes internationaux issus de 39 pays, dont beaucoup de jeunes artistes, et un grand nombre de créations pour la biennale.

- Dates : du 14 septembre au 31 décembre

- Site internet : www.labiennaledelyon.com

- Deux expositions d’envergure parallèles à la Biennale à ne pas manquer : Giuseppe Penone au Couvent de la Tourette (à Eveux) du 6 septembre au 24 décembre. « Jeune création internationale, la scène émergente européenne » à l’Institut d’Art Contemporain (Villeurbanne) du 14 septembre au 31 décembre.

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