L'avenir menacé de la librairie Diogène

Librairie / Le groupe Maïa étant devenu propriétaire de l'immeuble où est installé le célèbre bouquiniste du Vieux-Lyon, Diogène devra au mieux déménager, au pire fermer. Lancement de pétition et explications.

Il y a là, au 29 de la rue Saint-Jean, 80 000 livres, édités il y a six mois, trente ans ou cinq siècles pour les plus anciens ! « Un commerce bien sûr, mais aussi d’une certaine façon un musée » dit Laurent Debœuf, un des trois actionnaires de la librairie Diogène. Dans ce quartier Moyen-âge et Renaissance historique de la Ville, le premier "secteur sauvegardé" de France en 1964 grâce à Régis Neyret, celui qui a largement contribué à ce que le prestigieux label UNESCO soit attribué à Lyon en 1998, une librairie est promise à la disparition. Elle ne sera pas la première. « Il y a vingt ans, nous étions une dizaine, il n’en reste plus que quatre dont deux ont des propriétaires proches de la retraite » constate-t-il. Pourtant, le groupe Maïa vante sur son site son attachement au « patrimoine et art de vivre » qui est même une branche de cette société crée en 1908 et spécialiste, par ailleurs, de l’ingénierie des infrastructures (un appontement à Arles…), de l’immobilier et de l’énergie. À croire qu’une librairie n’est pas assez « luxe » selon le terme également employé sur leur site. 

En 2018, le groupe remporte la vente aux enchères de l’immeuble dans lequel sont installés en rez-de-chaussée les deux pas de porte de la librairie qui appartenaient jusque-là à une dame âgée. « Comme cela a été vendu en bloc, on n’a pas eu l’opportunité de racheter la librairie » relate Laurent Debœuf et le groupe leur fait savoir qu’il veut récupérer leurs locaux. Dès lors, durant deux ans s’engagent des négociations avec Maïa pour « sauver la librairie », les baux se terminent un à un (la librairie en compte trois au gré des agrandissements depuis l’ouverture en 1974) et l’expulseur est censé les aider, notamment en les indemnisant à hauteur du préjudice subi. Soit un pas de porte (de 50 000 à 200 000€), les frais de déménagement estimé à 35 880€ (s’ils font leurs cartons de livres), des travaux d’achat d’étagères — 2, 5 km de rayonnages (soit 80 000€ environ).

L’équipe de six salariés (dont trois actionnaires) de cette SARL qui se porte bien cherche donc un nouveau lieu, dans le Vieux-Lyon ou vers les Terreaux/Sathonay. Ils ont des pistes « mais on ne peut rien faire sans le fixement ni le versement des indemnités ». Pour l’instant cela est entre les mains d’un juge et nul ne connait la date de verdict, même si Laurent Debœuf espère que cela interviendra au début de l’été, quand le troisième de leurs bails prendra fin, celui de la librairie de BD.

Lutte de classes

Il reste aussi la possibilité que, face aux indemnités à verser, Maïa accepte de conserver la librairie dans l’immeuble mais le co-gérant n’y croit pas. En l’absence de réponse du groupe Maïa, nous n’avons pas d’information quant à ses intentions à cet endroit. Le patrimoine pour Maïa a un visage : celui de la Villa Maïa, hôtel 5 étoiles en-dessous des amphithéâtres de Fourvière et à la place de l’hôpital de l’Antiquaille des HLC fermé en 2003 et le Château viticole de La Chaize, à Odenas, dans le Beaujolais, où le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez invita récemment 90 personnalités pour 100 000€ d’argent public le 23 juin dernier, une information révélée par Médiapart.

Le contentieux entre les parties s’enlise. Le temps des négociations n’a rien donné. C'est pourquoi l’équipe de bouquinistes a lancé une pétition mi-décembre. Près de 7000 signataires s’étaient déjà fait connaitre en ce début d'année. Le but ? « Apporter une pièce supplémentaire au juge » et sensibiliser au-delà de la clientèle de la librairie essentiellement composée de Lyonnais, parfois avec des visiteurs quotidiens, de ceux qui y font étape à chaque halte à Lyon ou même de touristes étrangers.

Dans cette rue de plus en plus standardisée (deux enseignes pour photocopier son œil !, des spécialistes du citron, des bougies, de la truffe à la place de la fameuse boutique de plantes carnivores et bonsaïs Aux azalées fermée cet été…), les indépendants font de la résistance. Et c’est une nécessité pour que le Vieux-Lyon ne soit pas définitivement l’énième déclinaison d’un centre commercial à ciel ouvert. 

Librairie Diogène
29 rue Saint-Jean, Lyon 1er

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