Pierre-Yves Lenoir : «un renouvellement du public se produit»

Quatre mois après la première rentrée normale post-covid, quel bilan faire de la fréquentation au théâtre ? Exemple aux Célestins avec son co-directeur Pierre-Yves Lenoir qui revient aussi sur le réel effort de la Ville de Lyon pour que la hausse des coûts de l’énergie n’empiète pas sur l’activité artistique.

Peut-on dire que le public est-il revenu ?

Pierre-Yves Lenoir : Oui et les gens sont assez contents. Mais on n’a jamais de certitude. Encore moins qu’avant la crise sanitaire. Pourquoi pour les dix dates de création du Tourgueniev, Un mois à la campagne, mis en scène par Clément Hervieu-Léger, on a fait des moitiés de salle ? Sans doute parce que Tourgueniev n’est pas aussi identifié que Tchekhov ou Dostoïevski – Les Frères Karamazov ont été plein à ras bord. J’ai l’impression aussi que le public attend, peut-être plus qu’avant, qu’un événement artistique fort se produise, cette spécificité de la représentation, et l’emporte.

Depuis septembre, nous avons eu beaucoup de représentions. On n’a pas encore regardé le nombre de billets vendus mais j’ai le sentiment qu’on en a vendu autant que d’habitude mais pour plus de spectacles. On est à plus de 60% de fréquentation environ sur la moyenne de tous les spectacles et on est monté à plus de 80% sur certains, on est parfois descendu en-dessous de 60 sur d’autres. Je pense qu’on aurait pu faire mieux mais il y a beaucoup de sollicitations à Lyon ; c’est normal que certains spectacles marchent moins bien que d’autres.

Concernant les abonnements, on en a perdu la moitié depuis l’avant covid (de 6000 à 3500). L’âge moyen de l’abonné est de 65 ans (et il prenait en moyenne 7 spectacle par saison). Il y a un renouvellement du public qui se produit et le public plus jeune ne s’abonne pas. On travaille à  fidéliser ce nouveau public dont on sent bien qu’il vient de façon plus spontanée, qu’il est volatile et peut-être aussi qu’il vient en amont sur des choses connues (classiques, tête d’affiche) mais il vient aussi assez vite lorsque le bouche à oreille est positif – ça s’est vérifié en petite salle, la Célestine.

Est-ce que ce public renouvellé s’est rajeuni ?

Oui j’en ai le sentiment mais on n’a pas encore les chiffres qui le prouvent. Ce qui est plutôt positif c’est que les plus de 30 ans, que souvent on perd (parce qu’ils sont jeunes actifs, jeunes parents…), reviennent et puis il y a beaucoup de plus jeunes encore – bien qu’ils représentaient déjà un tiers de notre fréquentation. Et surtout, on sent chez les jeunes une communication très forte avec la représentation ; quand ils aiment, ils le font savoir en se mettant debout, ils attendent les artistes pour leur parler. Il y a une vraie rencontre qui se produit. Comment faire pour qu’elle en génère d’autres ? Il faut qu’on trouve les bons modes de propositions tarifaires – car il y a une question d’accessibilité à laquelle on travaille même si on a fait beaucoup de propositions notamment celle de de la place à 10€ si on en prend trois pour les moins de 28 ans - mais je pense qu’il faut qu’on propose des rencontres tout au long de l’année sur les spectacles dont les thématiques d’adressent plus particulièrement aux jeunes et aux ados.

Le retour du public au théâtre n’est pas encore gagné, ça va mettre du temps à se stabiliser mais ce qui dépend de nous aujourd’hui - en terme de programmation et de relation nouvelle au spectateur – c’est vraiment d’accompagner ce renouvellement du public. C’est une vieille lune mais jusque-là les salles étaient pleines donc ce n’était pas une nécessité. Le covid a accéléré cette réflexion et une transformation des lignes éditoriales et de la relation au spectateur.

 

Concernant les moyens du théâtre, il y a eu un manque à gagner de billetterie la saison dernière auxquels il faut ajouter la hausse des coûts de l’énergie, celle du point d’indice des fonctionnaires – le théâtre des Célestins est une régie directe de la Ville de Lyon – comment cela se passe ?

Depuis 2015, les subventions ont été gelée et la progression annuelle des salaires des agents – qui ne dépend pas du théâtre - a dû s’accomplir. Un retard a été pris sur l’accompagnement de ce financement par la Ville. On a indiqué que ça représentait un montant qu’on ne pouvait pas continuer à porter et qui venait diminuer le montant alloué à la création et à la production. Il a été annoncé que cette progression sera opérée par la Ville sans que ce soit pris au budget de la culture. Ça représente 350 000€. Il y a là une part de rattrapage de cette progression de salaires et l’accompagnement de la hausse de coûts de l’énergie car on a une facture qui double, elle passe de 110 000 à 220 000€ sur 2023.

Est-ce suffisant pour que la part de budget attribué à l’artistique ne soit pas grevée ?

On doit encore faire un effort sur la programmation en 2023. Mais je ne me résous jamais à en faire moins. Parce que je pense que c’est une dynamique globale. D’abord on est financé pour ça : proposer au public ce qu’il attend. Etant donné le financement qui est le nôtre, c’est difficile de dire qu’on n’a pas les moyens d’ouvrir pendant toutes les périodes au regard des difficultés financières. Et puis il y a une dynamique générale d’un lieu qui, lorsqu’elle est freinée, parait toujours délétère. Même si évidemment les deux dernières saisons (21-22 et 22-23) étaient très en progression du fait des reports. En 23-24, il y aura moins de spectacles mais toujours entre 35 et 40 propositions contre 42 en 22-23. On essaiera de faire plus de longues séries dans la grande salle.

Il faut noter que dans un temps de tension budgétaire importante, l’effort de la Ville est conséquent. Le budget du théâtre se situe entre 8 et 9M€ selon les saisons et la Ville abonde à hauteur de 4, 9 M€, la Métropole 260 000€. Et donc à partir de 2023, la Ville mettra 5 250 000€. Le reste ce sont nos recettes propres (billetterie…).

Comment se porte la billetterie des spectacles de cette 2e partie de saison ? Est-ce que ce sont les "événements" qui fonctionnent ?

Evidemment que le Molière de la Comédie-Française (Dom Juan mis en scène par Emmanuel Daumas), L’Orage d’Ostrovski mis en scène par Podalydès fonctionnent très bien, Catherine Hiegel aussi dans Music-hall et Les Règles du savoir-vivre (de Jean-Luc Lagarce, mis en scène Marcial Di Fonzo Bo), Petit pays de Gael Faye… Certains seront plus difficiles comme la création de Frédéric Leidgens à la rentrée en co-prod avec les Subs, Un. Dès que les artistes sont moins connus, c’est plus difficile mais ce n’est pas nouveau.

On réfléchit à la manière de fidéliser à l’avenir sans abandonner l’abonnement car une partie du public y tient mais on va travailler sur une manière différente de s’abonner, pourquoi pas un abonnement illimité par mois comme au cinéma. Bobigny le fait déjà. Et il faut qu’on travaille à l’accessibilité en dernière minute dédiée aux jeunes et aux minima sociaux pour l’instant. On réfléchit aussi à passer de 4 à 3 catégories tarifaires dans la grande salle ce qui reviendrait à baisser la moyenne du ticket, et ferait des prix de 2e catégorie qui inférieurs à ceux qu’on pratique aujourd’hui ; et le prix en première catégorie n’a pas augmenter depuis 4 ans, 40€ - c’est élevé on est d’accord. On travaille.

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