Biennale de la danse / Du 6 au 28 septembre 2025, la Biennale de la danse présentera 40 spectacles, dont 24 créations et premières françaises. Place à l'émergence mais aussi à des mastodontes de la discipline, parmi lesquels William Forsythe, Eszter Salamon ou encore Jan Martens. L'excitation monte.
La « biennale de toutes les danses » – car c'est ainsi que l'avait envisagée son fondateur Guy Darmet en 1984 – est de retour en grande forme. Composée par son directeur artistique Tiago Guedes, la programmation témoigne d'un souci d'accessibilité et de décloisonnement de la discipline, dans la continuité de la philosophie de son fondateur.
« Bouleversements écologiques, politiques et sociaux : comment le corps en mouvement peut-il proposer d'autres perspectives, une approche plus sensible de l'altérité et du vivant ? » interroge, inquiet, l'édito de cette 21e édition. On le sent, les spectacles et rencontres présentés cette année auront à cœur de s'inscrire en miroir des enjeux de notre temps, en pensant la force du collectif, en déconstruisant les représentations des corps minorisés, ou en analysant les héritages coloniaux.
On note qu'à l'instar de la Biennale d'art contemporain, la Biennale de la danse investira Les Grandes Locos ainsi que la Cité internationale de la gastronomie. En tout, ce sont 34 lieux dédiés (ou non) à la culture qui accueilleront des événements dans la métropole. Le week-end de clôture offrira un voyage à travers les danses hip-hop et les danses de club aux Grandes Locos. Les musiques électroniques résonneront donc à nouveau dans l'ancien technicentre SNCF.
À lire aussi dans Le Petit Bulletin : Nuits sonores aux Grandes Locos : l'heure de vérité
Danse ta vie
La Biennale de la danse proposera de nombreuses activités participatives, notamment des ateliers, des projets pour les jeunes, des soirées festives (avec notamment le retour du Club Bingo), et, évidemment, la grande parade chorégraphique dans le centre-ville de Lyon. Intitulée Danses recyclées, le fameux défilé partira de la place de Terreaux jusqu'à la place Bellecour et célèbrera nos "danses sociales". 180 artistes professionnels seront accompagnés de 3000 amatrices et amateurs costumés, le tout en chants et en musique. Cette fois, chaque chorégraphe a été invité(e) à constituer un binôme avec une danseuse ou un danseur pour réaliser un projet commun, à la jonction de deux univers. Ils formeront des groupes dont le final sera confié au chorégraphe Mehdi Kerkouche qui proposera une forme participative et festive transformant la place Bellecour en dancefloor, tandis que le groupe de clôture a été placé sous la direction de Diego Dantas, directeur du Centre chorégraphique de Rio de Janeiro.
Un groupe de clôture qui s'inscrit dans le cadre de la saison croisée Brésil-France. Lors de cette édition, la Biennale de la danse mettra à l'honneur la danse brésilienne avec Brasil Agora !. Parmi la programmation prolifique en provenance du pays du Corcovado, on note notamment la création à l'esthétique punk revendiquée, Eu não sou só eu em mim emmenée par le chorégraphe Alejandro Ahmed et le Grupo Cena 11. Brésil toujours, l'artiste associée à la Maison de la danse ainsi qu'à la Biennale de la danse, Lia Rodriguez sera présente en fil rouge de cette édition. Elle donnera un workshop à la maison de la danse, participera à une conversation avec Eszter Salamon, et donnera à voir, à Lyon comme en région, le dernier volet de sa trilogie, Borda, questionnant la notion de frontière et de séparation.

Eszter Salamon, Gisèle Vienne, Dorothée Munyaneza
En partenariat avec le Centre Pompidou, trois artistes protéiformes seront célébrées. La Hongroise Eszter Salamon composera paysages et monuments avec des corps (Landscaping, Monument 0.10 : the living monument), Gisèle Vienne explorera, dans un de ses spectacles devenu culte le rythme d'une rave-party et la dimension anthropologique de la fête (Crowd) et Dorothée Munyaneza (artiste franco-rwandaise associée à la Maison de la danse), offrira à rencontrer, quatre jours durant, autrices et auteurs, performeuses et performeurs, créatrices et créateurs de mode en quête de poésie.
Événement rare : William Forsythe présentera sa dernière création, Civil society : undertainment. À partir d'un répertoire d'outils d'improvisation, il a élaboré une structure où le mouvement ne cherche pas à symboliser quelque chose d'autre mais se suffit à lui-même, dans une continuité semblable à un kaléidoscope. Interprété par la Dresden Frankfurt dance, les danseuses et danseurs danseront ensuite Lisa, chorégraphié par l'actuel directeur de la compagnie, Ioannis Mandafounis.
La figure de proue d'une danse contemporaine particulièrement épurée, Anne Teresa De Keersmaeker sera aussi célébrée. La nuit transfigurée (2014) sera ravivée, avec son "duo pour trois interprètes". Une histoire d'amour qui débutera un triptyque exaltant la nuit, auquel Deepstaria bienvenue de Mercedes Dassy (2020) sera aussi convié, ainsi que la création de Katerina Andreou, We need silence.
Philippe Découflé, Jan Martens, Christian Rizzo
Le chorégraphe devenu célèbre grâce à la mise en scène des cérémonies d'ouverture et de clôture des Jeux olympiques d'Albertville en 1992 ainsi qu'Octopus (2010) et Contact (2014), Philippe Découflé présentera sa nouvelle création Entre-temps, une traversée ininterrompue de la scène, toujours dans le même sens, comme le mouvement des aiguilles d'une horloge.
Résurgence, si ce n'est résurrection, le chorégraphe belge Jan Martens redonnera vie à The dog days are over qui avait secoué le paysage européen en 2014. Avec The dog days are over 2.0, la performance dépassera la seule (et déjà édifiante) prouesse physique pour questionner le rôle du spectateur.

L'esthétique singulière de Christian Rizzo donnera rendez-vous avec les puissances invisibles du quotidien. Sept danseuses et danseurs interpréteront À l'ombre d'un vaste détail, hors tempête, honorant entre autres les gestes artisanaux, culinaires, et par extension domestiques de notre quotidien.
Tentative de réanimation d'un optimisme en voie d'essoufflement, Open my chest and place our tomorrows inside sollicitera la réinterprétation de références, cultes ou secrètes, données par des jeunes de 18 à 25 ans. C'est Emmanuel Eggermont qui les a mises en mouvement, en musique et scénographiées. Si c'est aussi splendide que All over nympheas, ce sera un cadeau.
Last (but not least) l'artiste belge, plasticienne de formation, Miet Warlop revient enfin à Lyon. Elle n'y avait mis les pieds qu'une fois, déjà au TNG avec Dragging the bone il y a dix ans (!) pour une installation sonore et plastique très intime. À la Biennale de la danse, elle présentera Inhale delirium exhale, un ballet de formes perpétuellement mouvantes fait de bandes d'étoffes chatoyantes, créé ces jours-ci au prestigieux Kunstenfestivaldesarts de Bruxelles.
Évidemment, une foultitude d'autres spectacles et de rendez-vous sont à découvrir sur le site de la Biennale de la danse. Les billets seront disponibles à partir du 23 mai, avec des tarifs réduits pour les jeunes, les groupes, et les personnes en situation de handicap. Quatre spectacles sont déjà en prévente : ceux de Lia Rodrigues, Philippe Decouflé, Alejandro Ahmed et Gisèle Vienne.
Biennale de la danse Lyon 2025
Du 6 au 28 septembre 2025 (dans toute la métropole de Lyon) et en région jusqu'au 17 octobre 2025 ; prix variables