Seul sur le ring


Théâtre / Quand Jean-Marc Avocat décide de monter Racine, il ne s'encombre pas de détails. Distribution, décor, éclairages ? Très peu pour lui. C'est seul et enroulé dans un peignoir de boxeur qu'il se présente à nos yeux. Sous la soie bon marché et les dragons de pacotille, l'homme est en noir, il expose son imposante stature et son crâne rasé devant les spectateurs. Pendant plus de deux heures, avec pour seuls compagnons une chaise et deux bracelets en éponge aux poignets, il va jouer Bérénice et donner une voix à ces quelque 1500 vers. Reine aimée et trahie, futur Empereur traître à l'amour, amant-ami éconduit, conseiller douteux, il est tout cela, marquant à peine le passage d'un personnage à l'autre par un déplacement léger ou un changement de ton subtil. Et c'est là qu'est le coup de maître. L'incontestable succès de la pièce tient en ce que le comédien ne tente à aucun moment d'incarner les personnages de Racine. Il ne travestit pas sa voix, ne cherche pas à imiter. Il ne se charge que des émotions et du désespoir de chacun des protagonistes et les restitue, intacts, au public. Avocat n'en montre pas trop mais ne cache rien non plus. Après chaque acte, il ne disparaît pas en coulisse mais gagne un coin de la scène, se laisse tomber sur une chaise, éponge son visage, boit à une gourde et souffle bruyamment. Les actes se succèdent et les spectateurs baissent la garde, se laissent aller à fermer les yeux et à écouter simplement cette voix grave et si particulière. Avocat sort du ring presque K.O, les larmes aux yeux, l'écume aux lèvres et la gorge sèche, mais en ayant gagné son pari. On peut monter Racine seul, sans que rien ne manque. Dorotée AznarBérénice ms Jean-Marc AvocatAu studio du Théâtre de la Croix-RousseJusqu'au 22 décembre


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Lugdunum Calling