Rupture


Théâtre / Le numéro est une messe, un rituel quasi sacré : alors que le clown blanc est sur le point de s'asseoir, Auguste retire la chaise au dernier moment et son compère s'écroule. Mais le dindon de la farce a comme une indigestion de cette hostie humoristique et fait part de sa lassitude au bout de trente années de mécanique trop rodée. Une prémisse qui n'est pas sans rappeler le fabuleux Mort de Rire d'Alex de la Iglesia mais que Serge Papagalli fait basculer dans une toute autre direction : le combat rhétorique à grands coups d'irrésistibles aphorismes et autres jeux de mots laids. À la pétulante verve papagalienne, réinterprétation foutraque du “style Cioran“, s'oppose le fatalisme hagard d'un Gilles Arbona en douce révolution comique. Le vieux couple prend chair instantanément, au gré d'une écriture maîtrisée et de performances calées avec une précision d'orfèvre. Le texte joue à bon escient de la distance sans tomber dans une quelconque condescendance, avec cette générosité coutumière qui fit du beau Serge une institution dauphinoise. Certes, quand le dernier acte fait du rentre-dedans à ce paradoxe, la subtilité du propos a tendance à s'étioler ; mais La Nage de l'enclume demeure néanmoins le meilleur spectacle papagallien qu'il nous ait été donné de voir… François Cau


<< article précédent
N'oubliez pas le guide