29 : année dramatique


Opéra / L'Américain Aaron Copland compose "The Tender Land" dans les années 50. C'est son premier opéra, il a plus de cinquante ans. Jean Lacornerie, directeur du Théâtre de la Renaissance, met en scène pour la première fois en France une œuvre singulière qui peint avec tendresse les grandes étendues de l'ouest américain et avec crudité des paysages intérieurs ravagés. C'est à la lecture du livre de l'écrivain William Agee et du photographe Walker Evans que Copland, radicalement bouleversé, décide de composer son opéra. Les deux artistes ont sillonné l'Alabama pendant la grande crise économique de 1929 et, à cette occasion, ont rencontré des familles de métayers que le rêve américain a laissé sur le bas-côté. Deux photographies d'Evans vont servir de révélateur pour la composition de "The Tender Land". Deux photographies comme deux regards sans concession sur un monde rural où l'espoir n'existe pas. Une mère, le regard vide. Sa fille, un regard moins dur mais tout aussi dévasté, déjà. La musique de Copland ne raconte pas la dépression de 29 dans une Amérique profonde, elle décrit les vastes étendues comme elle dépeint les sentiments intérieurs avec une humanité renversante. Paysages du dedans, du dehors, pour autant de questions sur la vie, ses possibilités, ses impossibles choix. Et comme tout est affaire de point de vue, d'échelle, de rapport, Jean Lacornerie offre une mise en scène à plusieurs niveaux de lecture, une mise en abyme où la musique de Copland apparaît tout à coup d'un grand lyrisme et le propos devient universel. Pascale ClavelThe Tender Land
Au Théâtre de la Renaissance (Oullins) du mercredi 3 au dimanche 14 mars.


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Violences actives