Spécial K

Katerine est un K à part sur la scène française. Ambigu, déjanté, farfelu, le personnage se plaît à jouer les ingénus. Mais est-il toujours aussi génial, à force de marcher en funambule sur la corde ténue qui sépare le brillant du ridicule ? Stéphanie Lopez


Simplet savant ou génie déconnant ? Parangon kitsch ou pygmalion punk ? Provocation à deux balles ou prodige capital ? Le K Philippe déconcerte. Jusqu'ici, on avait toujours tenu en estime son talent délirant pour la chanson décalée, son humour singulier sur disque, sur livre et au cinéma (Peau de cochon), son sens unique de l'absurde et de l'autodérision… Autant de miroirs à peine déformants tendus sur la société pour en railler les déraillements. Mais en déboulant à la rentrée avec un neuvième album qui se vautre dans la régression, la grossièreté et le déblatérage d'onomatopées, Philippe Katerine nous a laissés perplexes comme une baleine devant une banane. OK, à première écoute, on s'est marré comme le cétacé en découvrant ses phrases choc balancées à la raie publique («Liberté mon cul, fraternité mon cul…»), ses chansons bien crues pour bien dire que notre monde est cuit. Derrière l'insoutenable légèreté du paraître, on a vite compris que l'époux Groland use de pipi-caca pour exorciser sa colère : à n'en point douter son caprice infantile est sincère. Le problème n'est donc pas les lyrics de La Reine d'Angleterre («je vous chie à la raie»), ce sont plutôt les musiques qui couronnent ces 24 titres. Là, on a plutôt envie de crier au foutage de gueule. Ritournelle de démarrage de Windows, single Bla Bla Bla qui reprend le pire des 80's chez Trio, duo avec Jeanne Balibar (J'aime tes fesses) qui n'arrive pas à la cuisse de Birkin et Gainsbarre… On est très loin du précédent Robots Après Tout et de ses pépites pop.Border live
Mais peu importe, après tout, on s'en moque. Car si l'album a peu de chances de tourner en boucle sur notre Vieille Chaîne, reste qu'on n'hésitera pas à retourner voir Katerine sur scène. Parce qu'un concert de Philippe Blanchard, c'est l'assurance de passer deux heures à se bananer dans la farce et l'impudeur, une débauche de kitsch et de sketches qui vaut bien son show nu-burlesque. On va voir Katerine au Transbordeur comme on irait au café-théâtre passer un bon quart d'heure ; régresser dans la liesse et l'allégresse en écoutant ses digressions sur ses déboires capillaires, ses postures potaches et ses blagues à moustache. Katerine est très fort pour exhiber ses poils sous un kilt ou un tutu, pour envoyer du Louxor perché sur des talons pointus, pour se déhancher ou se dénuder au gré de ses humeurs. Ses réparties fusent sans retenue, aussi improvisées que ses chorégraphies sont millimétrées, aussi incongrues que le personnage est ambigu. En 2006, Katerine était entouré des Vedettes et de l'inénarrable Boulette en spécial guest. Cette année, il tourne avec de nouveaux partenaires (parmi lesquels les kitschissimes Mikado et Sébastien Moreau). Reste à savoir si ses parents seront avec lui dans la salle, comme à l'école des fans.PHILIPPE KATERINE
Au Transbordeur, mercredi 24 novembre.


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