Too(morrow) et son contraire

Événement / Le blanc et le noir, le geek et l'Afrique, le coeur et le sampler entreront en Collision samedi 15 octobre au Transbordeur. Avec Luke Vibert et Saul Williams en têtes d'affiche, le bouquet final du Riddim pourrait bien nous valoir quelques retombées volcaniques. Stéphanie Lopez


Contrairement à Saul Williams (rarement vu entre Rhône et Saône), Luke Vibert a déjà livré plusieurs sets mémorables par ici — on se souvient notamment des good vibes qui ont fait trembler le garage Citroën, ou de ses mixes acidulés lors de soirées BEE. Pourtant sur disque, cela faisait sept ans que le corsaire de Cornouailles n'avait rien sorti sous son célèbre pseudo Wagon Christ. Non que l'homme "multi-name" (Plug, Kerrier District, Butler Kiev...) se soit tourné les pouces depuis le précédent "Sorry I make you lush, petit bijou d'acid-house. A l'instar de ses potes Aphex Twin et Mike Paradinas, Luke Vibert fait partie de ces bidouilleurs insatiables, qui composent comme Howard Marks roule un spliff. Qu'il signe ensuite sur Warp, Ninja Tune, Rephlex, Planet Mu, ou qu'il garde tout pour lui, son sampler en surchauffe ne s'est jamais départi d'une créativité devenue référence dans le genre IDM qui ne se prend pas au sérieux. Car chez Vibert plus que chez tout autre électro-geek, la musique est avant tout restée un jeu. De samples ridicules en collages funky, le Wagon Christ ressuscité sur le récent Toomorrow jongle toujours avec humour et élégance entre hip-hop, acid et basses fréquences. Qu'on le retrouve sous le titre Sentimental hardcore ou derrière une touche de ZX Spectrum, Luke Vibert a gardé toute sa verve lunaire - impossible d'oublier un gars qui ouvre ses disques sur un discours du type : Welcome space cadets ! Welcome to the moon !... All the people of the solar system congratulate you !"

Le soleil a rendez-vous avec la lune

À l'autre bout de la galaxie, Saul Williams au contraire ouvre son dernier album sur un Look to the sun qui annonce de nouvelles couleurs. Fini le temps de la noirceur, du hip-hop et du slam sinueux déclamés sur des rythmes dépouillés. Volcanic sunlight sonne bel et bien comme un coup de soleil, qui tape dans le mille de la pop, de l'afrobeat et de la transe intemporelle. Renaud Letang a remplacé Trent Reznor à la prod', et l'ombre de Lenny Kravitz couve sous les rares scories spoken word. Plus chaleureux et direct qu'à l'époque où Saul Williams, grand fan de Jim Morrison, avançait sous sa crête d'American poet, ce quatrième album va droit à la danse, rentrant dans le plexus solaire sans passer par la case intellect. "The triumph of heart is in the beat", peut-on d'ailleurs lire en exergue dans le livret qui complète le disque. Ça reste de la poésie, mais comme Björk du temps de Medulla, Saul Williams fait triompher le coeur, le corps, en prenant le pouls de la terre plutôt que la p(r)ose qui brasse de l'air.

Saul Williams + Luke Vibert
Au Transbordeur, samedi 15 octobre


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