Voyage au bout des Nuits

Après avoir dévoilé il y a un mois, sa nouvelle programmation diurne et des événements spéciaux de premiers choix, Nuits Sonores annonce enfin le plat de résistance qui lui donne son nom : son contenu nocturne. Avec comme invité d'honneur de cette 10e édition forcément exceptionnelle : Lyon. Stéphane Duchêne


Pour beaucoup d'amateurs de musique électronique et de musique indé, c'est la fin d'un long et beau suspense. Car si, il y a un mois, Nuits Sonores avait déjà dévoilé une bien cossue production diurne et quelques grands noms chargés des événements exceptionnels (New Order, Mudhoney), nous voilà enfin en mesure de dévoiler le contenu de la programmation nocturne de l'événement, dont le nom est, rappelons-le NUITS sonores. Mais avant toute chose, une information prime, essentielle pour ceux qui avaient déjà programmé leur GPS en direction de la Sucrière pour les jours J (ou les Nuits N, donc). Il y a une dizaine de jours, Nuits Sonores a décidé de changer de lieu principal pour accueillir ses ébats nyctalopes.

Ce n'est donc plus la Sucrière qui abritera les chercheurs de sons nocturnes mais l'ancienne usine Brossette sise dans le 7e au cœur de Gerland (à deux pas de Grnd Zero Gerland). Une opportunité qui s'accompagne d'un coup de cœur pour ce site à l'ambiance industrielle si chère à Nuits Sonores qui rappellera un peu l'usine SLI de l'édition 2009. Et qui permet également de monter la jauge d'accueil à 10 000 fous dansant. La Sucrière n'en deviendra pas pour autant un endroit surfait puisqu'elle sera toute entière consacrée à l'accueil d'un groupe qui le mérite : New Order. Mais ça, vous nous direz, on le savait déjà.

Lyonno-lyonnisme

Des noms, des noms, vous entend-on, vociférer entre vos dents. On y vient. D'abord préciser que pour ses 10 ans, après Tokyo, Montréal, Londres etc. Nuits Sonores a eu la fameuse idée de confier son éternelle carte blanche à... Lyon. Un juste retour de choses tant les artistes et activistes musicaux lyonnais ont œuvré depuis dix ans au développement de cet événement désormais international.

C'est donc toute une pléiade de musiciens et artistes lyonnais inonderont la programmation de Nuits en Jours : Arandel, Hervé AK, Zero, Spitzer, Scratch Bandits Crew, Richard Bellia pour un hommage photographique à la scène locale, et même... Jean-Michel Jarre, qui animera sa Red Bull Academy Session lors d'un entretien à l'Hôtel de Ville le 16 mai à 14h. A l'occasion de l'inauguration un hommage sera également rendu par Arandel, Danger et Acid Washed, à son mythique album Oxygène, là où pour beaucoup tout a commencé en matière de musique électronique. Une inauguration exceptionnelle à l'Hôtel Dieu qui verra aussi The Hacker présenter une création tout exprès pour les 10 ans de Nuits Sonores. Quand c'est la fête, c'est la fête.

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Si l'on n'est pas trop fatigué par le programme diurne, les apéros sonores, les projets Extra – qui réservent quelques belles loufoqueries telles qu'un hommage à Jean-Jacques Rousseau, une boum pour bébés ou un championnat du monde de chaises musicales –, ou si l'on n'a pas les yeux rougis d'un trop pleins d'Images Sonores (la partie «visible» de Nuits Sonores), on pourra applaudir, on pourra attaquer très fort dès la première nuit. Avec par exemple, le légendaire James Murphy des DFA Records, les tout foufous !!! (prononcer chk, chk, chk, même si ça n'est pas tellement plus facile), Simian Mobile Disco, Seth Troxler et James Holden, dont le set en 2007 nécessitait un rappel cinq ans plus tard. Ou encore Chris & Cosey, duo survivant des expérimentations électroniques des années 80 et Etienne Jaumet, moitié de Zombie Zombie (également à l'œuvre sur le John Cage Project, en journée).

Le deuxième jour, ou plutôt la deuxième nuit, le traditionnel circuit électronique sera l'occasion d'aller à la rencontre d'une quinzaine de villes du monde entier, ou plutôt des DJ et labels qui s'y ébattent en remuant la tête, à l'invitation de structures lyonnaises : au programme New York, Stuttgart, Berlin Manchester, Londres, Leeds, Ibiza et …Dijon, capitale bien connue de la moutarde, mais pas que.

Ten Years After

Si l'on est sensible aux accents hip-hop, on se dirigera en priorité vers la scène 1 de la nuit 3 avec Scratch Bandits Crew, Kool Keith, MF Doom ou Busy P (derrière lequel se cache Pedro Winter) tandis que la scène 2 sera sans doute accaparée par la prestation très attendue et qu'on osera en toute subjectivité présenter comme l'événement phare des Nuits  : Caribou vs Four Tet, un mariage de la carpe (ou du caribou) et du lapin qui pourrait bien ouvrir les portes de l'enfer, à défaut de celles du paradis.

Enfin, l'un des gros événements de cette édition aura lieu lors de la Nuit 4 - qui accueillera des pointures dubstep, telles que XXXY, Kode9 ou Jay Weed ainsi que de la crème berlinoise bien fouettée : Danny Benedittini, Troy Pierce, Mark Houle - avec le Ten Years Secret Stage. Le principe est simple : de hauts dignitaires passés par Nuits Sonores ces 10 dernières années viendront mixer incognito devant un public qui écoutera d'autant mieux qu'il aura les yeux bandés. Preuve ultime et hautement symbolique, que quelle que soit sa programmation – qui reste à 90% inconnue du profane –, Nuits Sonores est devenu un festival où l'on se rend les yeux fermés.

Nuits Sonores
Du 16 au 20 mai
http://www.nuits-sonores.com


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