Royal canin


Il y a cette grand-mère qui commente les dernières actualités familiales avec l'indiscrétion mêlée de conservatisme d'une gazette d'avant-guerre. Il y a cette desperate housewife qui surveille l'alimentation de sa fille avec autant de zèle et d'inventivité qu'un tortionnaire. Il y a cette dépressive refoulée pour qui la moindre visite chez le médecin est une palpitante aventure sociale. Toutes les femmes de la vie moderne, en Jean-Rémi Chaize réunies, qui les interprète avec une espèce de frénésie queer d'autant plus irrésistible qu'elle est mue par un souci de clarté supérieur à la moyenne.

Et pour cause ! Le garçon vient du théâtre contemporain – il est passé par l'ENSATT avant qu'elle ne baptise ses promotions en l'honneur de dramaturges et metteurs en scène. L'écriture de son premier seul-en-scène, On n'est pas des chiens, s'en ressent elle aussi : sans temps mort – impressionnante analyse de La Joconde dans ce sabir franco-anglo-espagnol qu'on pensait l'apanage des gérants d'auberge de jeunesse – et ludique – la déclaration d'amour en forme de patchworks de standards de la variété qui clôt le spectacle ferait fondre le duo Oskar et Viktor – elle est à ces personnages aux névroses à la fois fichtrement saugrenues et terriblement familières ce que l'emet est aux golems.

En particulier ce trentenaire qui fait le point sur sa vie sentimentale et chimique façon JT, pivot d'un spectacle qui balaye tout le spectre chromatique du rire (jaune, noir, etc.) d'un geste aussi vif que précis.

Jean-Rémi Chaize
Au Complexe du Rire jusqu'au 17 octobre


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