Le début de la fin


Rarement, on aura ressenti dans une exposition un tel désastre. Un tel épuisement, quasi beckettien. Une baleine dégonflée pendouille en l'air accrochée à un filet, un transat réduit à l'état squelettique paraît avoir été carbonisé, une sculpture recouverte de feuilles dorées trône, éventrée, sur un socle immaculé...

Les jeunes artistes français et allemands exposés à la BF15 et à l'ENSBA (réunis via un programme d'échange entre les écoles d'art de Leipzig et de Lyon), ne semblent même plus chercher les lueurs romantiques parmi les ruines, mais bricoler de l'espoir maigre et de la créativité à partir des débris d'une catastrophe, de l'écume dérisoire et malade des objets et des matériaux. Deux artistes vont même jusqu'à vider le contenu de leur correspondance pour ne garder que les dates et heures d'envoi de leurs emails respectifs. Mükerrem Tuncay, quant à elle, adresse une lettre à son chat pour lui indiquer comment se débrouiller si elle venait à mourir subitement, ou brode ailleurs des tableaux comme autant de guides de survie. Sur la façade de l'école, Tobis von Mach fait croire en trompe-l'oeil à une explosion ou un incendie récent.

Last but not least, un collectif d'artistes reprend des symboles religieux pour réaliser une sorte d'autel sacrificiel, espérant peut-être sauver leurs âmes dans un peu de vin. Cap au pire ou Fin de partie comme dirait Beckett, qui commence ainsi : «Fini, c'est fini, ça va finir, ça va peut-être finir. Les grains s'ajoutent aux grains, un à un et un jour, soudain, c'est un tas, un petit tas, l'impossible tas.»

Une autre conspiration
À la BF15 et à l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts ​jusqu'au 16 janvier


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Joy