Le blues sans fin de Tinariwen

Le groupe emblématique de la scène touareg s'apprête à sortir un huitième album attendu et fait une halte par l'Épicerie Moderne : écoutons Tinariwen, dont les paroles disent beaucoup du chaos règnant dans leur désert aujourd'hui.


Le blues des hommes bleus n'en finit plus d'aimanter et de cristalliser les désirs, tant il est doté par sa profondeur et sa justesse d'une vocation universelle à apaiser les âmes et ouvrir les yeux. Malheureusement, il n'en finit pas non plus de conter les affres de leur désert, torturé et violenté depuis de si longues années, affres nourrissant les uns après les autres leurs disques, où se presse encore et toujours la fine fleur du rock : après Justin Adams (qui les révéla en produisant The Radio Tisdas Sessions), Carlos Santana, les Red Hot ou Robert Plant il y a quelques années, voici venir Mark Lanegan (Queens of the Stone Age) sur le prochain, Elwan, attendu pour parution le 10 février 2017, opus sur lequel sont aussi conviés Kurt Vile et Matt Sweeney (lui était déjà présent sur le précédent). Un album d'exil, encore, concocté entre la Californie et le Maroc.

Tinariwen lui rend un hommage vibrant, à ce désert que se disputent aujourd'hui factions rivales, djihadistes, trafiquants ou armées, au travers d'un premier extrait, Ténéré Tàqqàl. Ce n'est que la seconde fois que le groupe est obligé ainsi de s'exiler loin de ses terres pour graver sa musique, après Emmaar, il y a deux ans, capté alors dans un autre désert, celui de Mojave en Californie.

Alors que le groupe était inconnu dans nos contrées depuis sa création en 1982, il se révéla un messager d'autres affres, d'une autre époque, lors de la rébellion touareg du début des années 90. Depuis, Tinariwen est devenu un ambassadeur et un chef de file, entraînant dans son sillage toute une scène révélée au monde (Bombino, Terakaft, Tamikrest...). Le groupe ou plutôt collectif, le line-up étant changeant au gré des humeurs et disponibilités, continue sans relâche son travail de reconnaissance de la culture touareg et de la langue tamasheq comme son œuvre de combat poétique face aux turpitudes subies par son peuple. Ces chants de résistance et d'amour font une halte à Feyzin : pas besoin de chameau pour s'y rendre.

Tinariwen + Raoul Vignal
À l'Épicerie Moderne le mercredi 23 novembre


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