Les Figures vacantes de Daniel Clarke

Daniel Clarke peint les petites joies de la vie quotidienne et des périodes de vacances, tout en y faisant filtrer angoisse, étrangeté et absence. Il présente ses nouvelles œuvres à la galerie Françoise Besson.


Depuis 2005, le peintre Daniel Clarke expose régulièrement à la galerie Françoise Besson, et c'est un bonheur que de l'y suivre. Un bonheur, cependant, traversé dans ses tableaux d'ombres mélancoliques, de failles existentielles, d'angoisses sourdes... L'artiste, né à New York en 1971 et vivant en France depuis 1993, peint la vie comme elle vient : sa compagne, ses enfants, ses amis, des scènes de vacances...

Rien a priori de très mouvementé ni de très singulier ici, et l'on pourrait presque rapprocher cette quiétude un peu banale de l'univers d'Henri Matisse qui nous préoccupe lui-aussi cette semaine. Les deux peintres partagent encore une manière proche d'instiller de l'étrangeté et de l'inquiétant parmi des scènes triviales, et flirtent tous deux avec l'abstraction. Murs, cloisons, portes ou fenêtres sont traitées par Daniel Clarke en aplats de couleurs franches comme autant de monochromes entourant, attirant, aimantant ses personnages.

Un « dehors intime »

Si la figure humaine ne se dissout pas complètement parmi les fonds abstraits chez Daniel Clarke et reste très incarnée, elle semble s'absenter psychiquement d'elle-même, vers un point, intérieur ou extérieur, énigmatique. D'où une question lancinante qui se pose devant ses œuvres : où se trouvent ces enfants silencieux, cette jeune femme alanguie, ces deux amies dos à dos ? La réduction des espaces environnants à des pans abstraits tendait déjà à faire glisser les figures dans une sorte de no man's land.

Les regards perdus ou bien absorbés, les visages parfois détournés vers le fond du tableau, accentuent encore cette absence, cette dérive lente vers un "dehors intime" dont nous ressentons et devinons l'existence, mais dont nous ne percevons rien. Les figures descendent à l'intérieur d'elles-mêmes dans ce que l'on pourrait désigner, en suivant l'écrivain Maurice Blanchot,  une solitude, un vide, une attente, un oubli de soi, comme il l'écrit dans L'attente, l'oubli : « L'attente, la calme angoisse de l'attente ; l'attente devenue la calme étendue où la pensée est présente dans l'attente. »

Daniel Clarke, Black and white & things
À la galerie Françoise Besson jusqu'au 18 février 2017


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« Matisse, ce n'est que ça »