Perdu de recherche

Figure culte de l'underground, rockeur charismatique et marxiste, Ian Svenonius déroule un énième projet, solo cette fois, baptisé Escape-ism dont le deuxième album, The Lost Record, développe sous la forme du concept de "disque perdu" une nouvelle réflexion sur les marottes de l'industrie du rock. Un disque pas perdu pour tout le monde.


À l'origine les "lost albums" sont ces disques passés sous le radar, n'ayant simplement jamais connu une sortie digne de ce nom ou, l'ayant connu, ont terminé dans les corbeilles de la postérité, soit parce qu'ils étaient faits de bric et de broc (lives, versions alternatives ou inachevées, reprises), soit parce que simplement le public ou un producteur distrait regardaient ailleurs.

Des disques que tel ou tel orpailleur musical auront fini par débusquer en nombre dans les marges de l'histoire et parfois de l'anecdote, sources pour le music business d'une véritable industrie parallèle de la pépite oubliée et donc rééditée que le cynisme mercantile et l'opportunisme viennent alimenter aussi sûrement que l'épaisseur des fonds de tiroirs – fut-ce parfois au bénéfice de belles surprises (remember Sixto "Sugar Man" Rodriguez).

Honneur

C'est donc en grand connaisseur de l'industrie musicale, du folklore rock et de leurs travers que l'activiste multi-carte Ian Svenonius, dernier spécimen de rockeur marxiste et auteur de l'indispensable Stratégies occultes pour monter un groupe de rock, dans lequel il ne manque pas de démonter au passage la mythologie du rock,  publie à l'occasion de sa deuxième sortie sous le nom de Escape-ism (il a mené les troupes d'Ulysses of Nation, The Make-Up, Weird War et aujourd'hui encore de Chain and The Gang et XYZ) un disque baptisé The Lost Record.

Ou comment publier un disque culte, retrouvé avant que d'être perdu, sans l'affubler de la patine de l'oubli, de l'indifférence ou de l'injustice de l'époque mais tout en le repeignant d'ironie.

Le résultat, raconté du point de vue du disque en question, vacille depuis une tranchée underground entre les synthés vampires d'Alan Vega / Suicide, la désinvolture enragée de The Fall, la verve primitive du King et le groove canaille de Prince (autant de figures qui ont connu leur lot de "lost records") en une sorte de catharsis née du choc entre minimalisme et théâtralité.

En 2017, Svenonius confiait à Télérama que « le rock'n'roll doit être un geste, une énergie ». Ce geste serait un doigt d'honneur pas perdu pour tout le monde, lui. Comme ce disque fouineur qui n'en manque pas non plus, d'honneur.

Escape-ism + Marie Henri
Au Sonic le mardi 6 novembre
The Lost Record (Merge)


<< article précédent
Show must go on : "Bohemian Rhapsody"