Haut les filles !

Parmi les événements placés en annexe de son exposition consacré à l'âge d'or du rock lyonnais, la BmL invite Sophie Rosemont à venir présenter son livre Girls rock, indispensable piqûre de rappel sur l'importance (quantitative et qualitative) des femmes dans l'Histoire du rock.


À l'exception de la regrettée Marie (et de ses Garçons), on ne compte guère de femmes à l'exposition Lyon capitale du rock proposée actuellement par la Bibliothèque municipale de Lyon. Est-ce à dire que le rock est exclusivement une affaire d'hommes ? Qu'à l'époque en tout cas, il l'était ? L'Histoire, essentiellement racontée par les (mâles) dominants tendrait à le prouver.

Sauf qu'il ne faut pas gratter longtemps la surface de cette Histoire écrite au masculin pour que tombe l'évidence : les femmes et le rock c'est une histoire aussi vieille que le rock lui-même. Aussi loin que les premières notes de Rosetta Tharpe et Trixie Smith, pionnières (bien plus qu'on ne le sait) amazones de ce genre musical genré.

C'est ce que tend non pas à démontrer – il n'y a pas lieu de le faire – mais à simplement montrer, décrire, raconter, la critique Sophie Rosemont (Rolling Stones, Les Inrocks, France Culture). Un travail de fourmi qui aurait pu donner lieu à un épais dictionnaire (les artistes citées sont près de 150, de quoi remplir une discothèque entière) ou une exégèse du rock dit féminin.

Mais l'autrice préfère se livrer à une recension exhaustive de tout ce que le rock a compté de figures féminines, qu'elles se revendiquent comme telles ou pas. Et raconter, en quelques pages, leur trajectoire, leur entrée en rock et leur carrière en roll.

Bandes de filles

Pour donner une cohérence à l'ensemble, Sophie Rosemont a opté pour des catégories plus subtiles qu'un déroulé chronologique ou un classement par genre de celles qui ont su tuer « l'ange du foyer » selon l'expression consacrée par Virginia Woolfe de la condition féminine.

On retrouve ainsi les « cavalières en solitaire » (Aretha Franklin, Dolly Parton, Joni Mitchell, PJ Harvey...), les cheffes de bande (Poly Styrene, Chrissie Hynde...), les émancipées (Tina Turner, Annie Lennox, Catherine Ringer...), les « bandes de filles » et autres riot grrrls (The Slits, The Runaways, Hole...), les instrumentistes de légende (Maureen Tucker, Meg White, Carol Kaye...), les muses bien vite affranchies (Karen Dalton, Yoko Ono, Marianne Faithfull...), les « femmes fatales » (Nico, Grace Slick, Stevie Nicks, Debbie Harry...), les discrètes qui crèvent les yeux (Julie Driscoll, Liz Fraser, Beth Gibbons, Suzanne Vega...), les figures engagées (Odetta, Joan Baez, Patti Smith...), les transgresseuses du genre (Beth Ditto, Lydia Lunch, Peaches, Anohni...) et les tragédiennes de l'excès aux destins parfois brisés (Janis Joplin, Amy Winehouse...).

Autant de catégories aux frontières poreuses, agrémentées de témoignages d'artistes féminines de la nouvelle génération sur leurs aînées (Jeanne Added, Clara Luciani, Hollysiz...), qui permettent de dresser un joli tableau de chasse du rock au féminin. Et de rétablir l'équilibre d'une vérité qui trop souvent, dans les livres, ne s'écrit qu'en pointillés.

Sophie Rosemont​,  Girls rock – les femmes et le rock (Nil)
À la Bibliothèque de la Part-Dieu le vendredi 7 juin à 18h30


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Marc-Antoine Mathieu : « sans convention, pas de transgression »