« Donner du sens à l'instant »

Un an après son passage à l'Épicerie Moderne, l'étoile montante de l'électro pop française est de retour à Lyon. L'occasion de l'interroger sur la gestation de son deuxième album Contre-Temps et son rapport à la scène.


Tu as collaboré avec Étienne Daho sur son Blitz et il t'aurait dit : « le premier album, on met toute sa vie à l'écrire, le deuxième un an ». Comment as-tu abordé Contre-Temps, ton deuxième album ?
Flavien Berger :
Je me suis créé plein de systèmes de travail, de programmes de création, une arborescence avec des chansons de 3, 6 et 9 minutes pour faire un album d'une heure pile et finalement je n'ai pas du tout fait ce que j'avais prévu. Quand j'aborde un projet, j'ai toujours peur de faire moins bien que celui d'avant. Même pour le premier album, j'avais peur de perdre quelque chose de mes premières compos. Mais dans ce marasme de crainte et de culpabilité apparaît toujours une lumière de spontanéité sur laquelle je surfe et qui me porte jusqu'à la fin de mon disque. Au final, j'ai fait le disque sans trop y penser. De plus en plus, je me dis « qu'est-ce que ça veut dire "faire mieux" ? » Ce qui me rend heureux, c'est faire la musique que j'aime, pas le retour des gens. Je suis dans une espèce d'oscillation entre persuasion, naïveté et cynisme.

Tu es très cinéphile et fan de films méta. Ton approche de la musique est-elle méta ? Ce qu'on peut penser quand tu publies Radio Contre-Temps où tu décortiques différentes pistes de travail de l'album...
Oui, c'est très important pour moi de faire des œuvres qui parlent moins de moi que de moi en train de faire l'oœuvre. J'aime que l'auteur se rappelle à sa condition d'auteur et la donne à voir au spectateur en plus de l'œuvre en tant que telle.

Comment le laborantin que tu es appréhende-t-il la scène ?
Pour l'instant la musique je la tiens tout seul. Je viens avec mes machines et j'essaie non pas de reproduire l'émotion du disque, c'est impossible, mais de donner du sens à l'instant, de m'adapter au moment même du live. En tournée, on arrive le matin dans une ville qu'on ne connaît pas, on vit des choses, et il faut absolument que les concerts soient teintés de ce qui les entoure. La colonne vertébrale du live est écrite mais ce qui est intéressant c'est ce que je peux insuffler de surprises dans les interstices de cette structure.

Flavien Berger
Au Transbordeur le mercredi 6 novembre


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