Passe d'armes

Avec "À huis clos", le rappeur, auteur et comédien Kery James a construit un face-à-face tendu et plus subtil qu'il n'y paraît autour de la question brûlante des violences policières. À voir à Vénissieux et Caluire.


« L'enfer, c'est les autres » clamait l'un des personnages de la pièce Huis clos de Jean-Paul Sartre. Aujourd'hui, pour Soulaymaan Traoré, jeune avocat animé par une soif incommensurable de justice, l'enfer, c'est le juge qui a innocenté le policier responsable de la mort de son frère. Et pour ce même juge, l'enfer, c'est l'homme vengeur qui déboule dans son bureau bourgeois afin de le prendre en otage.

En 2017, le rappeur, comédien et auteur Kery James avait livré l'efficace À vif où deux aspirants avocats s'affrontaient dans un combat d'éloquence autour d'une question : l'État français est-il coupable de la situation actuelle des banlieues ? Six ans plus tard, il utilise de nouveau les armes du théâtre pour ausculter la face sombre d'une France dont le vernis universaliste craque de partout malgré les dorures, les beaux costumes et les belles paroles.

Ring feutré

Comme dans À vif, Kery James s'est donné le rôle de l'avocat qui, par ses actions et ses propos, fait avancer le récit autant qu'il met en cause une justice jugée défaillante. Face à lui, le comédien Jérôme Kircher est ce garant de la loi symbole d'une France qui ferme les yeux – voire s'accommode – des violences policières, nommément rappelées dans le texte. En découle alors une série de dialogues tendus (et parfois didactiques dans ce qu'ils délivrent) avant que Kery James, sans doute conscient des limites de sa mécanique, n'aère son histoire avec une séquence de discussion autour de l'amour, de la famille… Surprenant.

Au fil de la représentation et des échanges, les coutures initialement voyantes du dispositif s'effacent, la pièce déployant une réelle force grâce au jeu des deux comédiens et, surtout, au dispositif imaginé par Marc Lainé. Le metteur en scène a fait du bureau du juge une sorte de ring de boxe feutré entouré de caméras mobiles. Il offre ainsi au public, grâce à un immense écran au-dessus du plateau, des plans rapprochés de l'opposition de ces « deux France » (comme Kery James le rappe dans son morceau Banlieusards) qui ne demandent qu'à sortir par le haut du huis clos dans lequel elles se sont enfermées.

À huis clos
Au Théâtre de Vénissieux mardi 12 décembre
Au Radiant-Bellevue (Caluire) mardi 23 et mercredi 24 janvier (EDIT : ces dates ont été annulées "Pour des raisons indépendantes de notre volonté, nous sommes au regret de vous informer que les représentations d'A Huis Clos" de Kery James, les 23 et 24 janvier 2024 au Radiant-Bellevue à Caluire-et-Cuire, sont annulées." a annoncé la structure.)


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