S'exfiltrer de la Part-Dieu une veille de Noël : une escapade dont vous êtes le héros ou l'héroïne

Chaque année, près de 30 millions de personnes transitent par le centre commercial Westfield La Part-Dieu. Peut-être en faites-vous partie en cette fin décembre ? Quête des derniers cadeaux la veille du réveillon, traversée oisive en attendant une correspondance de train, virée au cinéma ou courses alimentaires : s'il vous est déjà arrivé d'y chercher une porte de sortie, réelle ou métaphorique, inspirez-vous de cette anti-escapade pour vous exfiltrer du plus grand centre commercial d'Europe continentale. Fausse excursion ou vraie évasion ? On y revient en tout cas au sens étymologique du mot escapade : s'échapper.

NB : fonctionne aussi si l'on y travaille et qu'on cherche un endroit où prendre une pause.  


Sortez au premier étage du centre commercial par la sortie Britannia, à côté des Galeries Lafayette, pour une remontée dans le temps immédiate. Guidez-vous au moyen du carrelage qui pave le sol à travers trois cours. Il s'agit ici de slalomer à son rythme sur cette yellow brick road entre des cactus en béton (encore plus faciles d'entretien que des vrais cactus), bien au chaud dans leurs petits volcans carrelés typiques des années 70, pour apprécier le contraste saisissant avec le centre commercial, qui a entamé sa mue vers une inéluctable modernité. Vous arrivez dans la seconde cour, où le Conseil des Prud'hommes et l'Agemetra se font face : c'est le bon moment pour réfléchir aux excuses qui vous permettront d'éviter l'arbre de Noël de votre entreprise. Tournez à gauche. Vous découvrez un réseau de terrasses et d'allées surélevées qui réinventent le concept de traboule : cette partie du quartier de la Part-Dieu, à l'époque, a été conçue pour pouvoir circuler au-dessus des voitures. Vous avez réussi, vous vous êtes extirpé·e de la course aux cadeaux sans pour autant rejoindre la frénésie de la rue. 

Votre récompense : une vue qui permet d'observer le fascinant auditorium Maurice Ravel sous un autre angle. Les motifs abstraits de ses panneaux en béton et son toit en voûte nervurée de 4 500 mètres carrés. Coquille d'escargot du réveillon ou vaisseau spatial du Père Noël ? L'heure est à la méditation : « isolé au milieu de buildings dans le quartier neuf de la Part-Dieu, le bâtiment circulaire ressemblera à un grand stade. Son inauguration, prévue pour le 14 février 1975, bouleversera la vie musicale lyonnaise », prédisait à l'époque Serge Baudo, directeur musical de l'orchestre. 

À vous d'honorer la prédiction et de vous affranchir des chansons de Noël qui tournent en boucle un peu partout et surtout dans votre tête. Pour cela, avancez pas à pas sur les dalles jusqu'à atteindre le pied du Crayon. Vous entendez ? Certaines d'entre elles, un peu descellées, font du bruit : la note est différente en fonction du degré de destruction. Enchainez les sons pour composer votre propre chant de Noël esprit free jazz et bouleverser, à votre manière, les traditions musicales de fin d'année. Jingles bells, jingle bells, jingle all the way ! Attention quand même, certaines ne sont plus très solides. 

Jusqu'ici, vous avez dû repérer quelques sculptures autour de vous. La plupart d'entre elles ont été posées ici en 1978 à l'occasion d'un symposium : un évènement artistique destiné à faire entrer l'art contemporain dans l'espace public, au moyen d'œuvres principalement en métal. En ces temps de Noël, deux sont particulièrement propices à ce que l'on s'y attarde.

Le Pollueur

scultpure le pollueur de Josef Ciesla dans le quartier de la part-dieu à Lyon

Découvrir Le Pollueur se mérite. Il faut avancer sur l'allée aérienne qui enjambe la rue Servient et dépasser le bâtiment de la Cité Administrative d'État. Abrité derrière un bosquet de ce qui semble être des gattiliers, se cache un drôle de volatile en inox : vous avez trouvé Le Pollueur, une œuvre de Josef Ciesla. Les carrés de couleur sur son dos ont été placés là pour faire écho aux reliefs de la façade du centre commercial, mais aussi aux fenêtres des immeubles qui l'entourent. Conçu pour dialoguer avec son environnement direct, Le Pollueur déploie facétieusement ses ailes, mais vous ne pourrez le voir vraiment qu'en faisant le tour. Les personnes qui ont fait planter les bosquets à l'époque, se sont-elles imaginé que les arbustes grandiraient jusqu'à cacher la sculpture ? Toujours est-il qu'aujourd'hui, Le Pollueur est englouti par la végétation. On aime à y trouver un signe.

Demeure miroir n°10


Vous êtes donc assis·e en face du Pollueur (ou plutôt du bosquet qui le cache), à attendre que passent les fêtes de fin d'année. Tournez la tête à gauche. Voyez-vous ce visage rouillé qui vous fixe, là, juste devant la Cité Administrative d'État ? Rapprochez-vous. C'est encore mieux dans la lumière orangée de la fin de journée qui éclaire les 50 nuances de bistre des immeubles environnants d'une lueur particulièrement apocalyptique. La sculpture installée là en 1998 est une œuvre d'Étienne-Martin. Comme son nom, Demeure miroir n°10, l'atteste, elle fait partie d'une série. Série autobiographique, qui ré-explore les souvenirs liés à la maison d'enfance de l'artiste. Et derrière cela, pose une question obsédante à laquelle a tenté de répondre Étienne-Martin tout au long de son chemin de sculpteur : qu'est-ce que le temps ? La réponse, il ne la donne pas. Restent deux yeux qui vous scrutent sur un visage rouillé. « La demeure est une histoire d'amour. La demeure est un labyrinthe, un voyage. Chaque Demeure est une illustration de ce voyage. Cela est l'Espace et le temps ». Et s'il vous arrive parfois de vous demander à quoi tout cela rime, vous êtes certainement, ici, sur l'allée aérienne au-dessus de la rue Servient, au bon endroit au bon moment.

 

Informations pratiques :

Centre Commercial Westfield La Part-Dieu, 17 rue du Docteur Bouchut, Lyon 3e

Début de la balade : sortie au 1er étage de la Part-Dieu, porte Britannia
Fonctionne également : 
- entrée du Britannia, 26 boulevard Eugène Deruelle, Lyon 3ᵉ
- porte de l'auditorium du centre commercial


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