Et in Arcadia ego

Prix France Inter en 2018, Arcadie, le roman d'Emmanuelle Bayamack Tam, a été adapté au théâtre. L'autrice est de passage à Lyon pour la représentation de la pièce au Point du Jour (et reviendra pour le Littérature Live Festival). 


Une famille dysfonctionnelle, une communauté libertaire : Farah, 14 ans, a grandi au milieu de gens trop fragiles pour survivre au monde. Ils sont réunis autour d'une figure de gourou, Arcady, qui prêche la libération par l'amour global et le fait que tous les corps méritent d'être désirés, sans distinction de forme ou d'âge. 

De libération, il ne sera question qu'à moitié : Farah reste sous l'emprise (sexuelle et philosophique) de son Arcady, figure d'autorité qui affiche 35 ans de plus qu'elle. Un érotisme qui relève davantage de l'adhésion à un schéma qui a fait son temps, que d'une transgression de l'ordre établi. 

Et lorsqu'il est question de faire face aux migrants qui traversent leur domaine, l'utopie explose : entre fétichisation et rejet, la horde de freaks reproduit le modèle du vieux monde et refuse l'accueil.

Le monde d'après

Farah claque la porte et continue à grandir  en dehors de son arcadie, à la recherche de son identité et de son genre. Son corps, intersexué, n'entre pas dans les normes. 

Si Emmanuelle Bayamack-Tam, à travers les quinze romans et pièces qu'elle a publiés, excelle dans l'art de créer des galeries de portraits, de préférence des familles cabossées, elle écrit surtout, avec violence, sur les métamorphoses. Cette ancienne professeure de lettres nous fait voir le monde à travers les yeux de l'adolescence, où tout est plus radical, poétique et possible, et où l'on flotte en quête de son identité. Mais derrière l'idée que tous les corps sont désirables, et la quête de Farah, n'y-a-t-il pas finalement une injonction plus pernicieuse (et capitaliste) ? Celle qu'il faut forcément désirer et être l'objet d'un désir pour que la vie vaille la peine d'être vécue. 

Arcadie d'Emmanuelle Bayamack-Tam, aux éditions P.O.L
Rencontre le 14 mai de 19h30 à 21h00 au Cercle St Irénée (Lyon 5ᵉ)


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