Une célébration de l'amour - Petite mort de Jiri Kyliàn

Entre désir, sensualité, volupté, jubilation et extase, le chorégraphe tchèque Jiri Kylian fait danser nos rêves d'amour et nos fantasmes, une manière d'exprimer le sentiment amoureux universel à travers un chef d’œuvre chorégraphique : Petite Mort créé en 1991 pour le bicentenaire de la mort d'un grand génie, Mozart. Par Sandrine Rambaud-Jamcodjian

J'ai été un témoin privilégié de la répétition de ce ballet, perché sur le "toit du monde" (celui de l'Opéra de Lyon) lors de la Brigade du Ballet en ce mardi 27 mars 2018. Jiri Kylian reste pour moi le maestro de la danse d'aujourd'hui car il sait mettre la danse au service de la musique, tel un chef d'orchestre dont les danseurs seraient les notes ou les instruments de sa partition gestuelle. Une célébration de l'amour dans des duos passionnés.

Un intensif travail corporel

Dès mon entrée dans le Grand Studio de ballet, j'aperçois les 6 robes-décors de couleur noire tout en velours que se pareront les danseuses sur la musique d'un des concertos pour piano de Mozart. Une danse de 6 couples dont j'ai pu observer l'entraînement intensif des danseurs. Le maître de ballet donne des conseils et montre même les mouvements pour atteindre la beauté esthétique ou pour en faciliter l'exécution. Je prends conscience de l'énorme travail en amont afin de toucher le sublime et viser l'excellence lors du jour-J.

Une chorégraphie classique et moderne

Je reconnais des pas classiques comme enveloppés, déboulés, pas chassés, arabesques, attitudes, pirouettes, le tout associé à une prise de risque et à un point d'appui que constitue le partenaire, élément indispensable à la réalisation du mouvement. Du néoclassique en fait. Puis, je discerne des chutes, des contrepoids, des passages au sol propres à la danse contemporaine. Des portés acrobatiques dignes du cirque et des tours de hip-hop tout en grâce et légèreté. Au final, j'en déduis que Kylian a opéré un véritable syncrétisme de tous les genres de danse et même un métissage de la danse classique et moderne, capable de produire un genre bien à lui et relativement identifiable. La technique ne semble pas être une fin en soi mais plutôt vecteur de l'expression des émotions. Chaque danseur s'approprie les mouvements en fonction de son potentiel et de sa morphologie.

Des duos d'amour esthétiquement parfaits

Petite Mort c'est l'étourdissement provoqué au sein de l'acte sexuel à son point le plus haut (l'orgasme). Ainsi, les danseurs se libèrent dans les bras de leur partenaire et se livrent tout entier. Les corps s'entrelacent exprimant le plaisir de danser, l'élan amoureux et l'exaltation. Les regards se cherchent et se trouvent. Parfois les danseurs se mettent en tension et exécutent des portés au sol ou en hauteur. Un appel au désir, à l'ardeur amoureuse jusqu'à l'extase. Des mouvements et des gestes imitent les étreintes charnelles dans des enchaînements harmonieux. Les corps s'attirent, se touchent, s'éloignent puis se rapprochent jusqu'à se perdre dans des poses d'une grande magnificence. Nuque contre nuque et corps à corps, le pas de deux est quasi fusionnel dans une étonnante et appréciable égalité homme/femme. Parfois la femme prend même l'initiative. Une relation presque intime entre les danseurs où le spectateur s'immisce dans une communion des esprits via les corps. Les danseurs expriment leur extrême confiance en leur partenaire et sont en parfait accord. Là est la force du ballet de l'Opéra de Lyon.

Danse et musique

Pour Kylian, la musique est source d'inspiration. Il donne à chaque note, une grande profondeur dans le geste, le mouvement, l'enchaînement. Il dira que "l'homme possède 275 articulations dont les combinaisons sont sans limite" et, avec l'imagination en plus, les possibilités sont décuplées. J'admire la pureté des lignes, les trajectoires sur fond sonore d'un Mozart génial. La capacité d'expression corporelle des danseurs est hypnotique car ils ne font pas que suivre le rythme mais tout leur être épouse la musique.

Petite Mort est un plaisir des yeux, un ballet qui a une âme, mêlant fluidité, légèreté, délice, ardeur jusqu'à la libération corporelle suprême. J'ai hâte de voir sa mise en lumière avec les costumes lors des représentations Kylian / Inger du 19 au 25 avril 2018.

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