Cloverfield

ECRANS | Un blockbuster tourné en faux-direct où des monstres attaquent Manhattan : Matt Reeves et JJ Abrams arrivent, malgré des faiblesses criantes, à renouveler le film-catastrophe en inaugurant la grande tendance de ce début d'année. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 13 février 2008

Après un avertissement mystérieux nous prévenant que le film que nous allons voir à été retrouvé sur le site anciennement appelé «Central Park», Cloverfield démarre en caméra vidéo subjective sur une poignée de séquences absolument inintéressantes. Un petit couple au saut du lit, elle nue dans les draps, lui derrière sa DV ; «Ça va se retrouver sur Internet !», lui (et nous) dit-elle. Plus tard, la caméra a changé de main, et la demoiselle d'amoureux. C'est maintenant un geek lourdaud qui filme la soirée d'adieu de l'amant éconduit, et chaque participant doit lui enregistrer un petit message. Comme on regarde la cassette en entier, on se farcit toutes les longueurs et tous les ratés de cet amateur plutôt doué pour le cadre. Après une énorme explosion, la panique s'installe, tous les convives fuient dans la rue où ils assistent, médusés, à la décapitation de la statue de la liberté.

You entube

Qu'on se le dise, Cloverfield repose sur un concept malin proprement piqué à celui du Projet Blair Witch, en plus abouti toutefois. JJ Abrams, créateur de Lost et véritable instigateur de la supercherie, pratique ainsi une mise à jour du blockbuster en le faisant coller aux désirs d'une génération d'accrocs aux images anonymes piochées sur youtube, et à celle des gamers immergés dans une action virtuelle en temps réel. En termes d'efficacité, la mutation est payante : certaines scènes sont vraiment spectaculaires et novatrices, faisant ressentir physiquement la situation, même au prix de quelques bidouilles et emprunts grossiers (notamment au chef-d'œuvre sud-coréen The Host). Mais au moins, Reeves et Abrams ne trichent pas : au-delà de cette mise en scène trop vraie pour être honnête, il y a un authentique film-catastrophe avec un monstre d'autant plus réaliste que ses pixels se confondent avec celles de la caméra. Mais si Cloverfield, qui a quand même de gros travers (les têtards caricaturaux qui lui servent de personnages, notamment), nous intéresse de près, c'est qu'il clôt une tendance cinématographique très contemporaine et en prépare une autre, encore plus passionnante. D'un côté, celle des films qui s'inscrivent dans l'actualité récente par la simple évocation visuelle d'événements médiatisés et traumatisants (comme 28 semaines plus tard ou La Vengeance dans la peau), sans autre jugement que celui d'un inconscient collectif au travail ; de l'autre, un cinéma du faux qui dissimule sa mise en scène pour mieux la faire réapparaître. Que ce soit l'œuvre de vétérans comme De Palma et Romero ou de jeunes loups comme Jaume Balaguero et Paco Plaza, l'année 2008 verra des expériences du même ordre déferler sur les écrans. Cloverfield aura eu le mérite (ou la roublardise) de tirer le premier. Mais le plus beau reste à venir...

Cloverfield
De Matt Reeves (ÉU, 1h30) avec Michael Stahl-David, Lizzy Caplan...

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

« Notre plus grande force, c’est notre empathie émotionnelle » selon Matt Reeves

La Planète des Singes : Suprématie | Avec "La Planète des Singes : Suprématie", le réalisateur de "Cloverfield" Matt Reeves clôt la Trilogie simiesque, toujours accompagné par l’indispensable Andy Serkis. Rencontre avec deux sacrés primates.

Vincent Raymond | Mercredi 2 août 2017

« Notre plus grande force, c’est notre empathie émotionnelle » selon Matt Reeves

Qu’avez-vous souhaité explorer dans cet ultime volet de la trilogie ? Matt Reeves : Je voulais montrer ce moment où le personnage de César risquait de perdre l’empathie émotionnelle qu’il éprouve autant pour les Hommes que pour les Singes — car il n’est ni tout à fait l’un, ni tout à fait l’autre —, et sur laquelle repose son héroïsme. Cela m’intéressait de mettre le spectateur pendant deux heures dans la peau de César, confronté à la guerre entre les humains, mais aussi à une lutte intérieure comme nous en connaissons tous. Andy Serkis : J’ai beaucoup de chance d’avoir participé à une telle trilogie, qui a une âme, un sens, une vérité et un message politique. C’est incroyable d’avoir pu passer de l’enfance à la fin de vie, mais aussi de voir un personnage de leader trouvant sans cesse des solutions pacifiques découvrir le phénomène de la haine. Le faire passer à l’acte, voire tuer, était pour moi un formidable défi physique et psychologique. Bien qu’étant de tous les plans, vous n’êtes jamais jamais reconnaissable à l’écran. Que retrouvez-vous de vous en César ? AS : Je me vois

Continuer à lire

César doit mourir : "La Planète des Singes - Suprématie" de Matt Reeves

Saga | Dans cet ultime volet de la trilogie, tout est bien qui finit simien. Mais qu’on ne compte pas sur nous pour révéler le pourquoi du comment : les Humains n’ont sur cette Planète plus voix au chapitre…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

César doit mourir :

Chef incontesté des Singes, César aspire à vivre en paix avec son peuple. Mais un bataillon mené par le Colonel vient le défier en semant la mort parmi les siens. Le chimpanzé parlant se résout donc à l’affronter. En route vers son destin, il adopte une étrange fillette muette… La Planète des Singes est l’exemple rare d’une franchise dont l’intérêt ne s’émousse pas au fil des épisodes. Au volume 3 de la série en cours — dont César est le fil conducteur — on assiste même à un point d’orgue épique et tragique : Suprématie n’a rien d’une conclusion sommaire sans enjeu. C’est un total western darwinien. S’il propose sa récurrente lecture écologique en plaçant à nouveau l’humain en situation d’“espèce menacée” (l’inscription se trouve d’ailleurs arborée par un soldat sur son casque) du fait de l’avènement des singes, il suggère un moyen plus raffiné pour oblitérer l’ancien maître de la planète de son humanité — qui ne constituera cependant pas une surprise aux familiers de la saga. Au-delà, Suprématie

Continuer à lire

10 Cloverfield Lane

ECRANS | de Dan Trachtenberg (É-U, 1h50) avec Mary Elizabeth Winstead, John Goodman, John Gallagher Jr.…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

10 Cloverfield Lane

En 2008, Matt Reeves électrochoquait le principe du film catastrophe apocalyptique en hybridant faux found footage et monstres exterminateurs dans Cloverfield, une expérience de cinéma aussi accomplie du point de vue théorique que spectaculaire. Ni suite, ni spin-off classique, 10 Cloverfield Lane s’inscrit dans sa lignée en combinant atmosphère de fin du monde, huis clos sartrien avec potentiel(s) psychopathe(s)… et monstres exterminateurs. Producteur des deux volets, J.J. Abrams pourrait lancer une franchise en s’attaquant ensuite au mélo, à la comédie musicale, au polar : tout peut convenir, du moment que l’on ajoute “Cloverfield” dans le titre et intègre des monstres en codicille ! Si Cloverfield montrait une fiesta virant au massacre, puis au survival, 10 Cloverfield Lane démarre privé de toute insouciance par une rupture pour se précipiter, très vite, dans le confinement subi d’un bunker et sa promiscuité. C’est que les temps ont changé : l’inquiétude et la paranoïa règnent. Plus pressante, la menace n’est plus le seul fait d’entités étrangères ; elle émane aussi de bon gros rednecks se révélant immédiatement

Continuer à lire

La Planète des singes : l’affrontement

ECRANS | Cruelle déception : cette deuxième partie censée expliciter les origines du récit de Pierre Boulle ne possède ni l’efficacité, ni la puissance politique du premier volet, Matt Reeves se coulant dans le moule industriel du blockbuster estival. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

La Planète des singes : l’affrontement

Alors que personne ne misait un kopeck sur son éventuelle réussite, La Planète des singes : les origines avait séduit à peu près tout le monde par son mélange d’exploit technique et d’efficacité narrative, sans parler de son étonnant contenu politique, où les esclaves-singes se révoltaient contre leurs maîtres-humains. Rupert Wyatt et ses deux scénaristes, Rick Jaffa et Amanda Silver, avaient eu l’intelligence de coller aux codes du film de prison pour conférer à ce prequel la vitesse et la sécheresse des meilleures séries B. Dans un monde bien fait, on aurait dû en rester là et regarder en boucle ce modèle de divertissement intelligent. Mais la loi hollywoodienne exige qu’on ne laisse jamais un succès dormir sur ses deux oreilles… Wyatt au placard, remplacé par Matt Reeves, Jaffa et Silver cornaqués par le renégat Mark Bomback — le dernier Wolverine, le quatr

Continuer à lire

Star Trek

ECRANS | Aux origines du space opera et dans un effort pour le transformer en blockbuster d’action juvénile, JJ Abrams signe un film habile jusque dans ses défauts. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 mai 2009

Star Trek

Il est plutôt amusant de constater que JJ Abrams, qui aura marqué les esprits par l’invention de deux séries télé ayant contribué à un nouvel âge d’or du genre (Alias et Lost), soit obligé d’aller gagner ses lettres de noblesse sur le grand écran en remettant sur les rails une franchise venue de l’âge d’or précédent, le Star Trek des années 60. Plus bizarre encore, ce statut de «créateur» dont il jouissait quand il officiait sur les networks américains n’est plus qu’une simple casquette de «réalisateur» maintenant qu’il œuvre à Hollywood. Dans l’imaginaire des professionnels U.S., si la télévision est devenue une sorte de première division, le cinéma reste définitivement la champions league ; mais dans le cas d’Abrams, on a le sentiment que le meilleur buteur du championnat y est réduit au statut de distributeur au milieu du terrain, pouvant à l’occasion faire une passe décisive ! Griserie rock Pourquoi parler football alors que c’est de Star Trek dont il est question ici ? Parce que le film lui-même ressemble sans arrêt à une partie de ballon rond, s’appuyant sur la jeunesse de personnages

Continuer à lire