Cronenberg en voyage

| Mercredi 14 novembre 2007

Analyse / Avec Les Promesses de l'ombre, Cronenberg pose pour la deuxième fois sa caméra en terre anglaise, après son glacial et radical Spider. Pourtant, c'est un monde qui sépare la banlieue pavillonnaire et industrielle qu'il y dépeignait et le Londres multiculturel, pluvieux et froid qui sert de toile de fond à son nouveau film. C'est que le cinéma de Cronenberg, qu'il traverse les pays et les continents ou qu'il reste sagement à Toronto (la ville du cinéaste) cherche toujours à marier la singularité organique de ses décors et les clichés qui leur sont associés. Si, dans La Mouche ou A history of violence, le Canada ressemble à l'Amérique (urbaine ici, profonde là), ce n'est pas un hasard mais le fruit d'une patiente reproduction de ses archétypes : maison tranquille au milieu des champs de maïs, dîner ripoliné, bars peuplés de bikers barbus, rédaction de magazine à l'environnement aseptisé... Quand il franchit les frontières pour ses œuvres les plus audacieuses, c'est pour mieux revenir au bercail et dénoncer l'illusion dans laquelle se perdent ses personnages. Ainsi du Tanger fantasmatique projeté par l'écrivain junkie du Festin Nu, qui ne quitte en fait jamais son appartement new-yorkais ; ou encore le Paris de M Butterfly saisi en plein mai 68, réduit à une poignée de manifestants fondant sur des CRS au milieu d'une barricade ! Ce jeu entre le réalisme et l'artifice est poussé à son terme dans eXistenZ : même quand ils se retrouvent en plein jeu vidéo, les personnages ne croisent jamais la moindre trace de technologie, ni écran, ni câble, comme si la science-fiction du film s'était débarrassée en cours de route de la science... Dans Les Promesses de l'ombre, l'Angleterre ressurgit au cœur du film lors du passage incroyable avec les supporters de foot : un moment documentaire à la Ken Loach qui se termine par un plan traumatisant sur un adolescent égorgé, nous replongeant brusquement dans le polar sanglant. Avec Cronenberg, même quand le réel s'invite dans la fiction, l'imaginaire gore n'est jamais très loin !CC

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