Le dilettant

ECRANS | Entretien / Pascal Thomas, cinéaste, jalon important et encore sous-estimé du cinéma français des années 70, continue sa brillante deuxième partie de carrière avec un joyeux bordel de film autobiographique, Le Grand Appartement. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 janvier 2007

Il y a quelques années, vous m'aviez raconté cette anecdote : Jacques Rozier vivait chez vous, avec votre famille... Quand avez-vous eu l'envie d'en tirer un film ?Pascal Thomas : Nathalie Lafaurie, qui vivait avec moi dans cet appartement, trouvait tellement riche ce qui s'y passait, avec les enfants, les grands-mères, Rozier, les répétitions, qu'elle pensait qu'il fallait en faire la chronique. Depuis Truffaut, un metteur en scène doit faire sa Nuit américaine, c'est-à-dire un film sur sa façon de faire des films, sa façon de vivre. Le Grand Appartement était le bon prétexte pour ça.Vous avancez complètement démasqué dans le film : le lapsus sur le nom de Rozier, Mathieu Amalric vous ressemble...Pour le bonus DVD, je vais sortir le film que j'ai fait sur Vincent Price. La monteuse regardait les rushs et elle me dit «Viens voir...» ; et je vois Mathieu à côté de Vincent Price qui avance vers nous. Je me dis : «Qu'est-ce qu'il fout là ?». Et en fait, c'était moi, jeune, mince comme Mathieu, avec la veste qu'il a dans le film, que je lui ai passée pour le tournage, les mêmes lunettes. La ressemblance était évidente... Quant au lapsus, Bernard Verley, voyant la composition d'Arditi, l'a réellement commis, et on l'a conservé. Arditi a eu le réflexe de dire «Eglantier !», ce qui est incroyable. Oui, j'avance démasqué... D'ailleurs les gens me disent : «Tu ne t'es pas donné le beau rôle...». Mais si on veut amuser, il ne faut jamais se donner le beau rôle !Vous vous prenez quand vous étiez jeune, mais vous vous placez dans une situation que vous avez vécue 20 ans plus tard...Ma vie a toujours été de cette façon-là. J'ai toujours pensé qu'il fallait conserver les familles le plus longtemps possible, rester avec les parents, les grands-parents... Les copines de mes amis ont toujours couché à la maison, Rozier, on voyait ses fiancées tout le temps. Tout ça, ça fait la vie, qui a été rendue impossible du fait de la spéculation. Le coût de l'argent a gâché la vie des gens. En plus, l'argent de l'immobilier, c'est l'argent qui sert le moins, je ne voudrais pas faire de morale là-dessus, mais leur pognon, ils ne l'investissent pas comme certaines entreprises ont pu investir leur argent. Enfin, c'est grotesque !Certaines scènes rappellent vos films des années 70, notamment celle où Francesca parle de ses poils sous les bras...Les poils, c'est mon goût personnel ; j'aime les femmes poilues. La première chose qui montre la féminité, c'est la poitrine et les poils. Ça a été rasé par des civilisations anciennes. Par exemple, dans la religion musulmane, on ne montre pas les poils des femmes. D'ailleurs, je me rappelle, la première fois que je suis allé voir une pute en Afrique du Nord, j'étais pétrifié de voir un sexe adolescent. Je ne peux pas, il y a un truc qui m'est impossible. La féminité, pour moi, passe par une féminité complète. Cette affaire, c'est marrant, car ça agite tous les milieux du journalisme féminin, ils n'en reviennent pas qu'une icône de L'Oréal ait des poils sous les bras. Elle répond : «J'ai eu des poils sous les bras avant Pascal Thomas !» Quand un metteur en scène ne se situe pas entre le talibanisme et la pédophilie, elle en est très contente.Il y a une subtile allusion autobiographique dans le film, celle des jeux à gratter avec le banquier. Vous avez été très joueur vous-même...Je le suis toujours... Le loto foot a financé plusieurs films, dont celui-là !Loto Foot ?Oui, La Dilettante, une partie de Mon petit doigt m'a dit... C'est un complément de financement. Je n'aime pas trop demander des subventions, je préfère les vrais producteurs. Je le suis devenu et j'alimente le financement des films par le jeu avec Nathalie Lafaurie. On a mis notre sécurité dans le hasard ! Je vous le dis pour le plaisir, mais la victoire de Lyon contre le PSG, le genou de Cris et le but de Malouda nous permettent de compléter le financement du prochain film, L'Heure zéro, et d'échapper aux Soficas. On a gagné beaucoup d'argent grâce à l'OL, c'est dire si je suis content d'être à Lyon.Etes-vous toujours cinéphile et quels sont vos goûts à l'heure actuelle ?Toujours le cinéma du passé : Dwan, King... Le personnage de Laetitia, c'est un personnage ordinaire qui trouve en lui des ressources, qui réussit un exploit et qui retourne ensuite à sa vie normale. Les personnages d'Henry King sont comme ça. J'adore Dwan, Minelli, Tourneur, Zavatini, et ils sont tous cités dans le film... Je vais toujours beaucoup au cinéma. Et je viens de m'acheter un barko, je vais recommencer les projections chez moi en 16 mm. J'ai énormément de cassettes et de DVD que je ne regarde pas, c'est pas du cinéma. C'est la projection qui compte. Au dernier congrès des exploitants à Lyon, on m'a rendu un hommage, et je me suis opposé au numérique ; dans la projection quelque chose s'accroche à l'écran.Mais par rapport au cinéma contemporain ? Vous avez vu les films d'Amalric ? Et ceux qu'il a tournés avec Desplechin ?Desplechin, je trouve ça nul ! Je trouve ça tordu, j'y ai vu l'ambition de plagier Pialat, mais bon, c'est peut-être une question de génération... Mais j'aime beaucoup le film des frères Larrieu, Un homme un vrai. Mathieu, on se connaît depuis toujours, il est tordu comme moi, il a eu envie de baiser l'actrice, il s'est retrouvé dans le lit avec la gaule, mais il a pas été plus loin !

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Le Crime est notre affaire

ECRANS | De Pascal Thomas (Fr, 1h49) avec André Dussollier, Catherine Frot, Claude Rich…

Christophe Chabert | Mercredi 8 octobre 2008

Le Crime est notre affaire

Pendant que Belisair Dussollier met son ordinateur «à la poubelle», Prudence Frot lui lance un cinglant «Ça sent le vieux !». Sacré Pascal Thomas ! Il faut être sûr de son coup pour ouvrir un film sur une séquence qui résume, avec humour, toute son œuvre récente. Alors, oui, cette suite de Mon petit doigt m’a dit sera encore plus old school et fière de l’être. Après le bâclé L’Heure zéro, Le Crime est notre affaire fait preuve d’un solide sens de la mise en scène, et l’intrigue d’Agatha Christie a cette fois suffisamment de substance pour contenter le spectateur jusqu’à la dernière séquence. Mais ça, à la limite, on s’en fout ! Scindant son couple de détectives amateurs en deux pour les besoins de l’histoire, Pascal Thomas propulse Prudence dans un château enneigé. Elle y découvre une famille partiellement rescapée du dernier Desplechin qu’un vieillard pingre — Claude Rich, avec une réplique géniale : «Elle est bonne, la soupe !» — couvre de reproches. De ce choc générationnel, il ressort que les vieux ne sont pas ceux que l’on croit, et qu’une quadra bien conservée suscite un appétit sexuel plus affolant qu’une blonde minette — qui court en jupe plissée dans les couloirs, au cas o

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