Police contre syndicat du crime

ECRANS | KINJI FUKASAKU Wild Side

Christophe Chabert | Vendredi 5 septembre 2008

Wild side ressort sa collection des Introuvables, sous un nouveau packaging et avec le concours d'une grande enseigne culturelle qui semble vouloir devenir co-éditrice de DVD. Des films essentiels pour quelques euros de moins, ça ne se refuse pas… surtout quand se glissent au milieu quelques inédits ! Tel ce Police contre syndicat du crime signé du maître du polar nippon et gros anar de droite Fukasaku, tourné en 76 dans la foulée du Cimetière de la morale, son chef-d'œuvre. Il ne s'agit aucunement d'un film mineur dans la carrière de Fukasaku, mais plutôt d'un fulgurant condensé de son art et de sa vision du monde. Noirissime, la vision, car à l'inverse de ce que laisse supposer le titre, il n'y a pas ici de bons et de méchants : flics, politiques et yakuzas y sont tous corrompus et leur «lutte» n'est qu'une question de pouvoir. Il faut attendre 50 minutes pour voir émerger une figure positive, et encore ! La fin nihiliste et sublime vient jeter un doute sur sa probité… Sur fond de musique funky, Fukasaku fait de chaque scène un laboratoire de mise en scène, utilisant toute la grammaire cinématographique pour agiter l'écran. Le résultat, stylisé jusque dans son réalisme, foisonnant de violence et de rebondissements, est traversé par des notations corrosives, tel ce vieux parrain pleurnichard et homo ou ce flic obsédé par les communistes. Sans oublier l'anti-héros du film, ses clopes et ses Ray-ban, icône inoubliable et ambiguë, facho par la force des choses mais peut-être plus intègre qu'il n'y paraît.
CC

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