Le court en résistance

ECRANS | Cinéma / Sur fond de crise des festivals de cinéma, la 29e édition du Festival du film court de Villeurbanne tient bon la barre, attentive aux bouleversements du genre, désireuse de montrer de vrais films à ses spectateurs. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 7 novembre 2008

En regardant quelques films sélectionnés dans les compétitions françaises et européennes du Festival du film court de Villeurbanne, on s'est dit que par-delà l'appréciation critique qu'on pouvait porter sur eux, une évidence s'imposait : ces films ont vraiment leur place sur un grand écran. Autrement dit, il y a là quelque chose de l'ordre du spectacle, pas au sens hollywoodien du terme (quoique…), mais dans le plaisir de fabriquer une histoire, de diriger de bons acteurs, de mettre en route des dispositifs intellectuellement ou visuellement stimulants… Bon signe donc quant à la réussite artistique de cette édition. Et le slogan affiché par le festival «Ouvrez les yeux, soyez curieux» fait figure de supplique au spectateur : «Passez les portes du Zola, on s'occupe du reste !»

Pendant la crise, le renouveau continue
Car le festival a subi l'an dernier un revers de fréquentation. Explications conjoncturelles avancées par Laurent Hugues, directeur de la manifestation : le blocage des universités qui a poussé les étudiants à faire de la politique (ou à rentrer dans leurs contrées familiales !) plutôt que d'aller voir du court-métrage à Villeurbanne. Probable, mais l'explication paraît insuffisante, tant les spectateurs semblent aujourd'hui taraudés par le «risque» de se confronter à l'inconnu sans l'appui habituel de la batterie de magazines pour consommateurs culturels. Si cette fois-ci tout se passe bien, l'édition 2008 fera figure de test. On pourra toujours évoquer la sempiternelle crise économique et la baisse du pouvoir d'achat ; en même temps, quand on voit que les spectateurs se ruent dans les multiplexes pour voir le médiocre Quantum of Solace, on sent que tout cela est plutôt un mauvais prétexte ! Et si le court français a connu une indéniable crise de qualité depuis 2004, il semble qu'il y ait à nouveau matière à se réjouir d'une production énergique, quoique très différente de celle qui fit l'âge d'or du genre à la fin des années 90. La preuve avec la sélection française et francophone de cette année, marquée par deux tendances lourdes : la présence quantitativement inédite du cinéma d'animation et une majorité de premiers films en compétition. Si certains reviennent au festival (Bill Barluet avec son film-chorale bourré de stars, Faits divers, ou encore Olivier Hems, qui persiste dans sa thématique «Traces et mémoire» après Résistance aux tremblements avec l'audacieux Nous), beaucoup vont le découvrir cette année, ce qui promet un palmarès propice au renouvellement (même si le déjà multi primé C'est dimanche de Samir Guesmi, vu récemment dans le Conte de Noël de Desplechin, part favori).

Une compétition d'auteurs curieux

Une compétition se mesure aussi aux films qui n'y apparaissent pas. Cette année, l'absence de quelques vétérans de la production, dont Canal + et la FEMIS, est flagrante. Pas de position de principe chez les sélectionneurs, mais plutôt une déception, notamment face aux «collections» initiées par la chaîne cryptée. C'est une autre mutation du court français qu'on observe ici. Là où Canal, il y a quelques années, laissait carte blanche à des cinéastes sur un thème imposé mais assez large, les choses ont glissé vers des commandes tournant autour d'acteurs ou, depuis deux ans, de chanteurs. Bouleversement majeur : ce n'est plus l'auteur qui compte mais le «sujet» au sens large ! Face à ce constat, le Festival du film court de Villeurbanne répond par une sélection de films revenant à des visions fortes de cinéaste, prolongeant l'exigence déjà constatée en 2007. Cependant, Laurent Hugues insiste aussi sur l'ouverture de ces films au monde : de la politique israélienne aux années noires du F.I.L.S. en Algérie en passant par la guerre serbo-bosniaque en Yougoslavie, les migrants à travers le désert africain ou les rites funéraires au Népal, les programmes regorgent de films s'éloignant des canons habituels du court-métrage d'auteur. Ce qui est une autre justification du slogan du festival : les cinéastes sont de plus en plus curieux ; soyez le aussi !

Festival du film court de Villeurbanne
Au Cinéma Le Zola
Du 14 au 23 novembre

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Courts mais très bons

ECRANS | Le palmarès du Festival du film court de Villeurbanne a conclu avec panache une édition de très bonne tenue, couronnée par un réel engouement du public. CC

Christophe Chabert | Dimanche 23 novembre 2008

Courts mais très bons

Étonnant contraste. Pendant qu’on se farcissait au kilo des longs-métrages français déprimants de nullité, le festival du film court de Villeurbanne nous régalait par l’inventivité des films qui y étaient présentés. Cette édition 2008 est donc un succès artistique, mais aussi public, et augure bien du trentième anniversaire du festival. Après deux années assez ternes et un cru 2007 en forme de cure d’austérité nécessaire, la compétition française et francophone a affiché une insolente santé. Le jury, impeccable, a acté cette bonne nouvelle en décernant son Grand prix à une comédie, La Monique de Joseph, signée du Belge Damien Chemin. L’argument ? Un cultivateur de patates voit sa femme se transformer en biche. Pas d’explication et surtout pas de drame face à cette métamorphose, mais une prise de conscience tardive ; l’amour au sein de ce couple, éteint par la routine, était en fait toujours là, et le film orchestre cette renaissance de la plus drôle et émouvante des façons. Paradis retrouvéLe Prix de la meilleure réalisation est allé à l’autre grande surprise de la compétition : Les Paradis perdus d’Hélier Cisterne. Surprise est le mot qui convient le mieux à cette œuv

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«D’excellents films avant tout !»

ECRANS | Entretien / Laurent Hugues, directeur du Festival du film court de Villeurbanne. Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Vendredi 7 novembre 2008

«D’excellents films avant tout !»

Petit Bulletin : Le cinéma d’animation prend une place importante dans les sélections du festival, et plus seulement dans la compétition 2D/3D…Laurent Hugues : Les films d’animation de la compétition française sont narrativement et politiquement très différents. Un film comme Le Cœur d’Amos Klein parle de l’homme à l’origine du mur entre Israël et la Palestine, par exemple. Il y en a un autre sur Ingrid Bergman et Roberto Rossellini, sur un registre plus cinéphile. Certains films misent ouvertement sur leur casting…Oui, mais les cas sont là encore différents. Un court comme Madame avec Nicole Garcia, qui parle d’une femme de députée qui perd la mémoire et se rend compte qu’elle n’a pas vraiment d’existence, est vraiment porté par le personnage autant que par l’actrice. Faits divers, où l’on retrouve Pierre Richard, Michael Lonsdale, Léa Drucker ou Malik Zidi, est en revanche une carte de visite assumée pour passer au long-métrage. Mais ce sont avant tout deux excellents films !  Est-ce que le désengagement de l’État dans la culture affecte le festival ?Nous

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Flashback

ECRANS | Quelques Grands Prix du festival ces dix dernières années, dont les cinéastes ont depuis passé le cap du long-métrage.

Christophe Chabert | Vendredi 7 novembre 2008

Flashback

1999 : Un Petit air de fête d’Éric Guirado.De ce court unanimement acclamé, il tirera un long-métrage (Quand tu descendras du ciel) avant de s’imposer l’an dernier avec le contestable Fils de l’épicier. 2001 : Tous à table d’Ursula MeierLa cinéaste suisse vient de réaliser Home, avec Isabelle Huppert et Olivier Gourmet, toujours à l’affiche sur les écrans. 2002 : Peau de Vache de Gérald Hustache-MathieuVéritable star du court-métrage français grâce à Peau de Vache et à La Chatte andalouse, il passe au long en 2006 avec le décevant Avril. 2004 : Cousines de Lyès SalemLe 10 décembre prochain sortira sur les écrans le premier long-métrage de Lyès Salem, Mascarades.

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