Courts mais très bons

ECRANS | Le palmarès du Festival du film court de Villeurbanne a conclu avec panache une édition de très bonne tenue, couronnée par un réel engouement du public. CC

Christophe Chabert | Dimanche 23 novembre 2008

Photo : La Monique de Joseph


Étonnant contraste. Pendant qu'on se farcissait au kilo des longs-métrages français déprimants de nullité, le festival du film court de Villeurbanne nous régalait par l'inventivité des films qui y étaient présentés. Cette édition 2008 est donc un succès artistique, mais aussi public, et augure bien du trentième anniversaire du festival. Après deux années assez ternes et un cru 2007 en forme de cure d'austérité nécessaire, la compétition française et francophone a affiché une insolente santé. Le jury, impeccable, a acté cette bonne nouvelle en décernant son Grand prix à une comédie, La Monique de Joseph, signée du Belge Damien Chemin. L'argument ? Un cultivateur de patates voit sa femme se transformer en biche. Pas d'explication et surtout pas de drame face à cette métamorphose, mais une prise de conscience tardive ; l'amour au sein de ce couple, éteint par la routine, était en fait toujours là, et le film orchestre cette renaissance de la plus drôle et émouvante des façons. Paradis retrouvé
Le Prix de la meilleure réalisation est allé à l'autre grande surprise de la compétition : Les Paradis perdus d'Hélier Cisterne. Surprise est le mot qui convient le mieux à cette œuvre gigogne. Parti comme un énième opus sur mai 68, le film n'est fait que de bifurcations inattendues, de remises en cause de son point de vue politique, et conduit à une réflexion très pertinente sur le relativisme des engagements. Il s'agit surtout d'un modèle de mise en scène, d'une grande intelligence et d'une indéniable beauté. Autre choix judicieux, le Prix du Conseil général au scénario d'Ata, joli film qui slalome habilement entre les écueils de l'œuvre à message (l'amitié naissante entre une jeune Turque et un immigré Ouïghour), pour se concentrer sur des personnages formidablement incarnés. Dernier film primé, Nous était plus discutable, notamment la crédibilité de son argument ; mais Olivier Hems le décline dans une forme incontestablement audacieuse, et son absence au palmarès aurait été regrettable. Beaucoup de bons films donc dans cette sélection, et peu d'oubliés à l'arrivée, les autres jurys se chargeant de «repêcher» des œuvres aussi réussies que L'Homme est le seul oiseau qui porte sa cage (bel exemple de film d'animation porté par de spectaculaires visions métaphysiques), Juste une heure (un court classique mais finement dialogué et interprété) ou C'est dimanche. Ce dernier a reçu le premier Prix des lecteurs du Petit Bulletin. Comme il s'agit d'un film fort et subtil, loin des clichés que son sujet (un fils en échec scolaire cache à son père illettré son renvoi du collège) pouvait autoriser, on est évidemment très fier de ce choix !

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«D’excellents films avant tout !»

ECRANS | Entretien / Laurent Hugues, directeur du Festival du film court de Villeurbanne. Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Vendredi 7 novembre 2008

«D’excellents films avant tout !»

Petit Bulletin : Le cinéma d’animation prend une place importante dans les sélections du festival, et plus seulement dans la compétition 2D/3D…Laurent Hugues : Les films d’animation de la compétition française sont narrativement et politiquement très différents. Un film comme Le Cœur d’Amos Klein parle de l’homme à l’origine du mur entre Israël et la Palestine, par exemple. Il y en a un autre sur Ingrid Bergman et Roberto Rossellini, sur un registre plus cinéphile. Certains films misent ouvertement sur leur casting…Oui, mais les cas sont là encore différents. Un court comme Madame avec Nicole Garcia, qui parle d’une femme de députée qui perd la mémoire et se rend compte qu’elle n’a pas vraiment d’existence, est vraiment porté par le personnage autant que par l’actrice. Faits divers, où l’on retrouve Pierre Richard, Michael Lonsdale, Léa Drucker ou Malik Zidi, est en revanche une carte de visite assumée pour passer au long-métrage. Mais ce sont avant tout deux excellents films !  Est-ce que le désengagement de l’État dans la culture affecte le festival ?Nous

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Flashback

ECRANS | Quelques Grands Prix du festival ces dix dernières années, dont les cinéastes ont depuis passé le cap du long-métrage.

Christophe Chabert | Vendredi 7 novembre 2008

Flashback

1999 : Un Petit air de fête d’Éric Guirado.De ce court unanimement acclamé, il tirera un long-métrage (Quand tu descendras du ciel) avant de s’imposer l’an dernier avec le contestable Fils de l’épicier. 2001 : Tous à table d’Ursula MeierLa cinéaste suisse vient de réaliser Home, avec Isabelle Huppert et Olivier Gourmet, toujours à l’affiche sur les écrans. 2002 : Peau de Vache de Gérald Hustache-MathieuVéritable star du court-métrage français grâce à Peau de Vache et à La Chatte andalouse, il passe au long en 2006 avec le décevant Avril. 2004 : Cousines de Lyès SalemLe 10 décembre prochain sortira sur les écrans le premier long-métrage de Lyès Salem, Mascarades.

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Le court en résistance

ECRANS | Cinéma / Sur fond de crise des festivals de cinéma, la 29e édition du Festival du film court de Villeurbanne tient bon la barre, attentive aux bouleversements du genre, désireuse de montrer de vrais films à ses spectateurs. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 7 novembre 2008

Le court en résistance

En regardant quelques films sélectionnés dans les compétitions françaises et européennes du Festival du film court de Villeurbanne, on s’est dit que par-delà l’appréciation critique qu’on pouvait porter sur eux, une évidence s’imposait : ces films ont vraiment leur place sur un grand écran. Autrement dit, il y a là quelque chose de l’ordre du spectacle, pas au sens hollywoodien du terme (quoique…), mais dans le plaisir de fabriquer une histoire, de diriger de bons acteurs, de mettre en route des dispositifs intellectuellement ou visuellement stimulants… Bon signe donc quant à la réussite artistique de cette édition. Et le slogan affiché par le festival «Ouvrez les yeux, soyez curieux» fait figure de supplique au spectateur : «Passez les portes du Zola, on s’occupe du reste !» Pendant la crise, le renouveau continueCar le festival a subi l’an dernier un revers de fréquentation. Explications conjoncturelles avancées par Laurent Hugues, directeur de la manifestation : le blocage des universités qui a poussé les étudiants à faire de la politique (ou à rentrer dans leurs contrées familiales !) plutôt que d’aller voir du court-métrage à Villeurbanne. Pro

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