«Des images pour le dire»

ECRANS | Entretien / Agnès Varda, au fil de la parole, aussi libre que son dernier film. Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Mercredi 10 décembre 2008

«J'ai fait rentrer dans tous mes films des moments de vie, de la mienne et des autres. Par exemple, dans Daguerréotypes, il y avait ce merveilleux boulanger et sa femme… Je signale qu'il y a un double DVD regroupant ce film et Cléo de 5 à 7. Cléo de 5 à 7, c'est de la fiction, sur la peur de cette fille qui marche dans Paris ; Daguerréotypes, je l'ai filmé dans ma rue, c'est le Paris des petits commerçants. Ce double DVD est vraiment comme je suis : un peu attiré par la fiction, l'imaginaire, et énormément attiré par les vrais gens. Je ne peux pas dire comme j'aime les mots d'amour de cette boulangère qui dit : «Il venait livrer le pain dans ma campagne, j'attendais le mercredi pour le voir.» C'est aussi beau que n'importe quelle tirade littéraire.»Mémoire
«On peut tricher avec la mémoire. J'ai connu beaucoup de gens que j'aime qui ont perdu la mémoire et moi, je la perds aussi, doucement mais sûrement. Ma mère avait été élevée avec douze frères et sœurs, mais elle n'avait eu que cinq enfants. Quand elle parlait, elle parlait toujours de ses frères et sœurs, et jamais de ses enfants. La perte de mémoire est une extraordinaire liberté ! Ma mère était dans un brouillard qui n'était ni Alzheimer, ni de l'idiotie, elle était juste «oublieuse de tout». C'est un mot que j'avais entendu à La Pointe courte. J'ai la chance de tenir debout à peu près : je travaille bien, je m'applique au sens le plus joyeux du terme entre l'inspiration, les découvertes et les choses préparées. J'ai voulu que ce film ait l'air d'un récit un peu décousu, avec des digressions que l'on fait tous quand on parle, des moments de rigolade. Mais j'ai aussi traversé la vie avec des peines très grandes, la mort de Jacques qui a été un moment terrible. J'ai essayé de trouver des images pour le dire.»

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