Les Noces rebelles

ECRANS | Cinéma / De Sam Mendes (ÉU, 2h05) avec Leonardo Di Caprio, Kate Winslet, Michael Shannon…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2009

Ben Stiller a décidemment joué un mauvais tour au cinéma américain avec son dévastateur Tonnerre sous les tropiques. En voyant Les Noces rebelles, on pense sans arrêt à Satan's alley, le faux film dont on voyait la vraie bande-annonce au début : du cinéma à oscars balisé, où clignote sans arrêt dans le coin du cadre «Attention sérieux», où les acteurs tirent en permanence la tronche sur une musique dramatique et dans une lumière chiadée. C'est très beau tout cela, mais aussi terriblement ennuyeux, surtout quand le propos du film, progressiste à souhait, vire constamment au pontifiant. Dans les années 50, un jeune couple veut casser la routine du «papa travaille pendant que maman brique la baraque» en partant pour l'Europe accomplir ses rêves de bohème. Mais le poids des conventions sera plus fort, et Les Noces rebelles tourne à la scène de ménage façon Qui a peur de Virginia Woolf. Théâtrale au possible, la mise en scène de Sam Mendes coule tout dans un béton infernal, à commencer par les deux comédiens principaux, en roue libre de grimaces et d'émotions surjouées. Pénible spectacle, mais qu'on prend l'habitude de voir en début d'année cinématographique… CC

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La guerre, et ce qui s’ensuivit : "1917"

Le Film de la Semaine | En un plan-séquence (ou presque), Sam Mendes plonge dans les entrailles de la Première Guerre mondiale pour restituer un concentré d’abominations. Éloge d’une démarche sensée fixant barbarie et mort en face, à l’heure où le virtuel tend à minorer les impacts des guerres…

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

La guerre, et ce qui s’ensuivit :

1917, dans les tranchées de France. Deux caporaux britanniques sont dépêchés par un général pour transmettre au-delà des lignes ennemies un ordre d’annulation d’assaut afin d’éviter un piège tendu par les Allemands. Une mission suicide dont l’enjeu est la vie de 1600 hommes… Depuis que le monde est monde, l’Humanité semble avoir pour ambition principale de se faire la guerre — Kubrick ne marque-t-il pas l’éveil de notre espèce à “l’intelligence“ par l’usage d’une arme dans 2001 : l’Odyssée de l’espace ? Et quand elle ne se la fait pas, elle se raconte des histoires de guerre. Ainsi, les premiers grands textes (re)connus comme tels sont-ils des récits épiques tels que L’Iliade et L’Odyssée ayant pour toile de fond le conflit troyen. À la guerre comme à la guerre Si la pulsion belliciste n’a pas quitté les tréfonds des âmes, comme un rapide examen géopolitique mondial permet de le vérifier, la narration littéraire occidentale a quant à elle suivi une inflexion consécutive aux traumatismes hér

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Solution amoureuse en milieu aqueux : "La Forme de l'eau - The Shape of Water"

Guillermo del Toro | Synthèse entre La Belle et la Bête et un mélo de Douglas Sirk, ce conte moderne marque le triomphe de Guillermo del Toro, Lion d’Or 2017 qui signe son film le plus consensuel, sans renoncer à ses marottes arty-trashy. Une transgression homéopathique mais un spectacle impeccable.

Vincent Raymond | Mardi 20 février 2018

Solution amoureuse en milieu aqueux :

États-Unis, début des années 1960. Jeune femme muette menant une existence monotone, à peine égayée par ses caresses matinales et ses visites à son voisin homosexuel, Elisa travaille comme agent d’entretien dans un labo du gouvernement. Un jour, elle entre en contact avec un sujet d’expérience : un étrange être amphibie aux pouvoirs phénoménaux… Une créature que seuls les exclus et/ou les marginaux — les “âmes” innocentes bibliques — ont les ressources affectives pour accueillir et aider ; un méchant (irremplaçable Michael Shannon) ruisselant de cruauté, portant la haine sur son visage et la pourriture au creux du corps… rien de bien nouveau sous la lune, mais on retrouve l’excitation de l’enfant aimant entendre pour la millième fois la même histoire avant de sombrer dans les bras de Morphée. Mémoire de l’eau Guillermo del Toro possède l’art de conter, et

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Take Shelter : tous aux abris !

Reprise | Tant pis pour les plus jeunes ! L’Institut Lumière n’ayant toujours pas, à l’heure où nous écrivons ces lignes, divulgué les films retenus pour ses “séances (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 décembre 2017

Take Shelter : tous aux abris !

Tant pis pour les plus jeunes ! L’Institut Lumière n’ayant toujours pas, à l’heure où nous écrivons ces lignes, divulgué les films retenus pour ses “séances famille“ des vacances, nous nous rabattons avec une joie non dissimulée sur le deuxième long-métrage de Jeff Nichols — celui qui l’a révélé au grand public en 2011 — Take Shelter. On y suit l’interprète fétiche du réalisateur de Mud, Michael Shannon, dans la peau d’un ouvrier lambda qui, brusquement, va dévisser et se persuader de l’imminence d’une catastrophe naturelle. Hanté par des rêves et des visions terrifiantes, à la lisière de basculer dans la folie, ce dénommé Curtis veut croire en une prémonition, même s’il n’exclut pas une atteinte psychiatrique. Et agit en bon père de famille, façon Noé moderne, en construisant un abri pour les siens (voire malgré eux), quitte à ce qu’on le prenne pour un dangereux illuminé. Michael Shannon pouvant afficher, même sans le vouloir, un fac

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Glace noces : "La Montagne entre nous"

Romance | de Hany Abu-Assad (E-U, 1h47) avec Kate Winslet, Idris Elba, Beau Bridges…

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

Glace noces :

Trop pressée pour attendre, une photo-journaliste sur le point de se marier convainc un médecin d’affréter un avion de tourisme afin de rentrer au plus vite. Mais leur appareil s’écrabouille en altitude… Bonne nouvelle : après trois semaines à suer de la crasse dans la neige, à frôler la gangrène acétonobutylique et à manger des racines, Kate Winslet a des sous-vêtements immaculés, la peau lisse et le poil soyeux dans les bras de Mistre Freeze. Cela, bien qu’elle souffre d’une sévère déshydratation — mais elle a quand même eu la veine de s’abîmer au milieu de nulle part avec un chirurgien célibataire à son goût, capable de fabriquer une perfusion à partir d’un vieux tuyau et d’un sac en plastique. Aventureux mixte de film catastrophe et de romance (deux catégories destinées à rapprocher les couples de spectateurs·trices dans les salles) La Montagne entre nous réussit sa séquence d’accident, particulièrement immersive. La suite est tellement cousue de fil blanc comme neige qu’on aimerait presque être surpris par une issue

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"Elvis & Nixon" : les canailles authentiques font d’épatants personnages

ECRANS | Un film de Liza Johnson (É-U, 1h26) avec Michael Shannon, Kevin Spacey, Alex Pettyfer… (sortie le 20 juillet)

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

À l’écran, les canailles authentiques et les immenses stars font d’épatants personnages : ils le sont déjà dans l’inconscient collectif. Leur aura habitant presque totalement le rôle, il ne reste souvent au comédien qu’un reliquat de job à accomplir. Certains feignants s’en accommodent, misant tout sur le seul mimétisme, à coup de grimaces et de maquillage. D’autres investissent l’intériorité de leur modèle, la personnalité davantage que le personnage. C’est le cas dans ce tête-à-tête insolite, mariage d’une carpe et d’un lapin à peine apocryphe, puisque le rockeur halluciné a bien rencontré le président revêche pour lui proposer ses services comme “agent détaché du FBI”, histoire de prémunir la jeunesse des ravages de la drogue — et d’avoir, surtout, un zouli insigne argenté. À peine grimés, Shannon et Spacey évoquent les contours d’Elvis et Nixon. Mais ce qu’ils dégagent se révèle infiniment plus précieux qu’une banale ressemblance. Cette réflexion sur les illusions des apparences, la vanité de la célébrité, du pouvoir ou de l’argent ap

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DiCaprio et l’Oscar : Attrape-moi si tu peux !

ECRANS | « Caramba, encore raté ! » C’est une phrase de ce goût que Iñárritu lâchera si, par malheur, Leonardo DiCaprio quittait bredouille le (...)

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

DiCaprio et l’Oscar : Attrape-moi si tu peux !

« Caramba, encore raté ! » C’est une phrase de ce goût que Iñárritu lâchera si, par malheur, Leonardo DiCaprio quittait bredouille le Dolby Théâtre à l’issue de la 88e cérémonie des Oscars. Régulièrement nommé depuis vingt-deux ans, le comédien semble frappé par une malédiction semblable à celle de Peter O’Toole et Kirk Douglas, jamais récipiendaires de la fameuse statuette malgré de multiples citations — obligeant l’Académie, embarrassée, à leur décerner un trophée d’honneur. Pour Leo, la série noire commence en 1994 par un second rôle dans Gilbert Grape : trop tendre du haut de ses 19 printemps, il ne fait pas le poids face au buriné Tommy Lee Jones qui emporte la mise avec Le Fugitif. Ignoré par la profession l’année de Titanic (à contrario de Kate Winslet, qui était en compétition), il revient en lice en 2005 porté par les ailes de l’Aviator de Scorsese ; mais les votants n’ont d’yeux cette année-là que pour Jamie Foxx dans Ray. Transformé en aventurier africain pour Blood Diamond en 2007, il est surclassé par Forest Whitaker qui ava

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Pomme Star : Danny Boyle fait le Jobs

ECRANS | Après s’être égaré en racontant les tribulations gore d’un randonneur se sciant le bras pour survivre (127 heures), Danny Boyle avait besoin de se rattraper. Le natif de Manchester fait le job avec une évocation stylisée du patron d’Apple, première super-pop-star économique du XXIe siècle.

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Pomme Star : Danny Boyle fait le Jobs

« Penser différent »… Érigé en précepte par Steve Jobs lui-même, le slogan exhortant à la rupture créative et intellectuelle semble avoir guidé le scénariste Aaron Sorkin et le réalisateur Danny Boyle dans ce travail autour de la biographie (autorisée) du charismatique fondateur d’Apple, pavé signé Walter Isaacson détaillant par le menu l’existence de Jobs, listant les innovations à mettre à son actif - un livre paru en France en 2011 chez JC Lattès. L’un et l’autre ont emprunté un chemin de traverse, ne se lançant pas dans une illustration chronologique standard visant l’exhaustivité en suivant le sempiternel et prévisible "sa vie, son œuvre". Jobs ayant été, au-delà de toutes les controverses, une manière de stratège imposant sa vision d’une réalité distordue, modelant finalement la réalité à ses désirs, Sorkin et Boyle lui ont taillé un écrin biographique hors-norme. Pour le cinéaste, cela passait par l’abandon de marques de fabrique virant au tic, comme les effets de montage épileptoïdes ou le recours à une bande originale utilitaire, marqueur temporel ou folklorique. Pour l’auteur du script, par la conception d’une sorte

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007 Spectre

ECRANS | 24e opus de la franchise officielle, "007 Spectre" n’a rien d’une fantomatique copie. À la réalisation comme pour "Skyfall", Sam Mendes poursuit son entreprise subtile de ravalement du mythe, consistant à jouer la continuité tout en reprenant le mâle à la racine…

Vincent Raymond | Mardi 10 novembre 2015

007 Spectre

De tous les serials modernes, James Bond est le seul dont on puisse garantir la survie, quelques péripéties que connaisse le monde. À l’écran depuis 1962, s’il a connu une seule éclipse entre 1989 et 1995, elle n’était même pas liée à la fin de la Guerre froide et n’a eu aucune incidence sur son succès — à peine dût-elle troubler son cocktail martini. Davantage qu’un personnage, 007 est une marque, un label en soi, dont l’aura dépasse celle de tous les interprètes prenant la pose dans son smoking. D’avatars en résurrections, chaque épisode parvient à battre des records techniques, artistiques ou, le plus souvent, économiques. Le dernier en date, Skyfall (2012), ne s’est pas contenté de dépasser le milliard de dollars de recettes au box office ni de glaner (enfin) l’Oscar de la chanson originale grâce à Adele — on pourrait parler là de bénéfices collatéraux. Il s’était surtout distingué par une écriture renouvelée, qui coupait court avec les incertitudes et les bricolages de Casino Royale (2006) et de Quantum of Solace (2008), premières apparitions de Daniel Craig sous le célèbre matricule. Bond. James Rebond

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Les Jardins du Roi

ECRANS | De et avec Alan Rickman (Ang-Fr-ÉU, 1h57) avec Kate Winslet, Matthias Schoenaerts…

Christophe Chabert | Mardi 5 mai 2015

Les Jardins du Roi

Immense acteur, aussi mythique pour avoir joué les terroristes dans Piège de cristal que les patrons romantiques dans Love Actually, Alan Rickman s’essaie ici à la mise en scène, et démontre que l’on ne s’improvise pas si facilement réalisateur. À travers la romance Louis XIV entre Le Nôtre et Madame de Barra, dont les idées audacieuses séduisent ce partisan du jardin à la Française, Rickman se contente d’aligner les clichés dans un académisme de tous les instants. Les personnages sont tellement brossés à gros traits, leurs conflits tellement insistants — le fantôme de l’enfant qui revient toutes les dix minutes à l’écran, franchement… — que l’on sait au bout d’une demi-heure où et comment tout cela va se terminer. Condamner à subir ce navet insignifiant, on a tout loisir de se poser quelques questions : pourquoi Matthias Schoenaerts et ses cheveux longs (perruque ?) s’enfonce-t-il à ce point dans l’inexpressivité ? Et surtout, pourquoi Rickman a-t-il choisi de diriger ses comédiens en leur faisant dire leurs répliques comme des escargots sous Lexomil, lenteur insupportable qui rallonge le film d’au moins vingt bonnes minutes ? Est-ce l’imag

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Last days of summer

ECRANS | De Jason Reitman (ÉU, 1h51) avec Kate Winslet, Josh Brolin…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Last days of summer

Chronique antidatée années 80 d’un jeune garçon qui voit sa mère, un peu dépressive, retrouver le goût de la vie et des tartes à la pêche en hébergeant un taulard en fuite puis en tombant amoureuse de lui, Last days of summer tente un étrange croisement entre le mélo à Oscars et la production Amblin / Spielberg, référence assumée dans les posters accrochés aux murs de l’ado. La greffe ne prend pas vraiment, notamment dans la laborieuse exposition du film, où tout semble factice et artificiel, à commencer par le brusque syndrome de Stockholm qui voit la maman succomber aux charmes du bad guy sexy qui la séquestrait une scène auparavant. La suite est plus intéressante, et Jason Reitman, cinéaste sans personnalité qui adapte son artisanat en fonction des scénarios qu’il illustre, réussit à attraper quelque chose de l’émoi adolescent et de ses troubles pulsions, ainsi qu’un petit parfum mélancolique qui ne sauve pas le film de l’anodin, mais l’empêche de sombrer dans l’ennui. Christophe Chabert Sortie le 30 avril

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Divergente

ECRANS | De Neil Burger (ÉU, 2h19) avec Shailene Woodley, Theo James, Kate Winslet…

Christophe Chabert | Mardi 8 avril 2014

Divergente

Comme le premier Hunger games, Divergente se veut un blockbuster qui expliquerait la lutte des classes aux adolescents. Dans un futur proche après une guerre dont on ne connaît ni l’ampleur ni le motif, Chicago, coupé du reste des États-Unis, a instauré la paix en divisant ses citoyens en cinq castes, le pouvoir étant délégué aux «altruistes», la police aux «audacieux», la science aux «érudits»… Leurs enfants doivent passer un test pour déterminer s’ils resteront dans leur clan ou pourront en incorporer un autre. Mais Beatrice, fille de dignitaires altruistes, est une «divergente», c’est-à-dire qu’elle possède les aptitudes pour les intégrer tous. Le scénario lui fait faire un choix incompréhensible et surtout plombant pour sa portée politique : elle quitte les progressistes pour aller chez les fachos virils. C’est évidemment pour assurer le quota d’action à l’intérieur d’un film calibré et propret, en équilibre entre la série B inventive et la boursouflure numérique. Il manque un cinéaste derrière la caméra pour faire décoller l’ensemble, assurer un minimum de direction artistique — le repère des «audacieux»

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Le Loup de Wall Street

ECRANS | La vie de Jordan Belfort, courtier en bourse obsédé par les putes, la coke et surtout l’argent, permet à Martin Scorsese de plonger le spectateur trois heures durant en apnée dans l’enfer du capitalisme, pour une fresque verhovenienne hallucinée et résolument burlesque, qui permet à Di Caprio de se transcender. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 27 décembre 2013

Le Loup de Wall Street

«Greed is good». C’était la maxime de Gordon Gecko / Michael Douglas dans le Wall Street d’Oliver Stone. Un film de dénonce balourd qui a eu pour incidence contre-productive de transformer Gecko en héros d’une meute d’abrutis cocaïnés et irresponsables, trop heureux de se trouver un modèle ou un miroir selon le degré d’avancement de leur ambition. Jordan Belfort, auquel Martin Scorsese consacre cette bio filmée de trois heures et à qui Leonardo Di Caprio prête ses traits, est de cette génération-là, celle qui a eu Gecko pour modèle et son slogan comme obsession. Le film, passé son prologue provocateur — grosse bagnole et coke à même l’anus d’une prostituée — attrape d’ailleurs son héros dans un instant paradoxal : le lundi noir de 1989 où, alors qu’il s’apprête à concrétiser son rêve et devenir courtier à Wall Street, la bourse plonge et avec elle une partie de l’économie mondiale. Faux départ, retour à zéro : l’itinéraire de Jordan Belfort s’édifie sur un moment de purge financière supposée assainir le système et qui ne fait que préparer l’avènement d’une corruption plus grande encore, par de jeunes loups ayant tiré les leçons du passé… L’important, ma

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Man of steel

ECRANS | Remettre Superman sur la carte du blockbuster de super-héros après l’échec de la tentative Bryan Singer : telle est la mission que se sont fixés Christopher Nolan et Zack Snyder, qui donnent à la fois le meilleur et le pire de leurs cinémas respectifs dans un film en forme de bombardement massif, visuel autant qu’idéologique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 17 juin 2013

Man of steel

Il fallait au moins ça pour faire oublier le piteux Superman returns de Bryan Singer et relancer la franchise de cet «homme d’acier» : l’alliance circonstancielle de deux poids lourds du blockbuster actuel, à savoir Christopher Nolan, tout puissant après sa trilogie Dark Knight, et Zack Snyder, loué pour ses prouesses visuelles et sa maîtrise des effets numériques. Nolan produit et livre les grandes lignes de l’intrigue, pendant que Snyder réalise, taylorisme créatif pourtant pas si évident que cela sur le papier, tant leurs personnalités sont plus opposées que vraiment complémentaires. De fait, il ne faut pas longtemps avant de savoir qui, dans ce Man of steel, tient réellement le gouvernail : l’introduction du film sur la planète Krypton, avec ses personnages taillés dans le marbre lançant de grandes sentences pseudo-shakespeariennes d’un ton pénétré pendant que la musique d’Hans Zimmer bourdonne et explose sur la bande-son, dit bien que c’est le metteur en scène d’Inception qui a clairement posé le to

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Gatsby le magnifique

ECRANS | Cinéaste de l’imagerie pop, Baz Luhrmann surprend agréablement en trouvant la puissance romanesque nécessaire pour transposer le Gatsby de Fitzgerald. Et trouve en Di Caprio un acteur à la hauteur du personnage. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 mai 2013

Gatsby le magnifique

Gatsby le magnifique version Baz Luhrmann ressemble, dans sa première heure, à ce que l’on pouvait en attendre. Ou presque. Le réalisateur de Moulin Rouge retrouve ce qui a fait sa marque  - c’est loin d’être un défaut en période de standardisation : promenade pop à l’intérieur d’une époque à coups de grands mouvements de caméra impossibles, anachronismes musicaux, jeu sur les surfaces et sur la profondeur faisant ressembler sa mise en scène à un livre pop up, et le film dans son entier à un carnaval pop. L’ajout de la 3D intensifie tous ses partis pris – comme si le cinéma de Luhrmann avait toujours désiré cet artifice, mais pouvait enfin en avoir la jouissance – et il serait facile de ne voir là qu’épate visuelle et pyrotechnie gratuite. Mais que raconte Gatsby le magnifique sinon l’histoire d’un homme qui use et abuse de cette pyrotechnie pour attirer l’attention d’une seule personne, et qui déploie un faste sans égal pour mieux disparaître, se fondre dans la masse et faire oublier qui il est vraiment. En cela, Luhrmann a sans doute trouvé un sujet idéal, et ce n’est pas un hasard s’i

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Mud

ECRANS | Dès son troisième long-métrage, Jeff Nichols s’inscrit comme un des grands cinéastes américains actuels : à la fois film d’aventures, récit d’apprentissage et conte aux accents mythologiques, "Mud" enchante de sa première à sa dernière image. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Mud

Il aura donc fallu près d’un an depuis sa présentation cannoise pour que Mud atteigne les écrans français. C’est long, certes, mais les spectateurs qui vont le découvrir — parions que, toutes générations et goûts cinématographiques confondus, ils en sortiront éblouis — verront ce que le critique pris dans la tempête festivalière ne faisait que deviner à l’époque : Jeff Nichols a signé ici une œuvre hors du temps, un film classique dans le meilleur sens du terme, qui s’inscrit dans une tradition essentielle au cinéma américain, reliant Moonfleet, La Nuit du chasseur, E.T., Un monde parfait et le True Grit des frères Coen. Des films qui parlent de l’Amérique à hauteur d’enfants, avec ce que cela implique d’émerveillement et de désillusions. Des films qui font grandir ceux qui les regardent en même temps qu’ils regardent grandir leur héros ; c’est dire l’ambition de Jeff Nichols.

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Qui es-tu Django ?

ECRANS | Django unchained, hommage ou remix ? Les deux et plus encore. Au commencement il y a Django, légende du western italien. Année 1966 : dans la foulée de Pour (...)

Jerôme Dittmar | Jeudi 10 janvier 2013

Qui es-tu Django ?

Django unchained, hommage ou remix ? Les deux et plus encore. Au commencement il y a Django, légende du western italien. Année 1966 : dans la foulée de Pour une poignée de dollars, Sergio Corbucci explore le genre avec frénésie et s'inspire d'une BD où un personnage trimballe partout un cercueil. De cette figure, il tire une intrigue épurée (un pistolero venge sa femme tuée par un chef de gang raciste), prétexte à une relecture décharnée des Sept samurais. Plantant son décor dans un Far West fantomatique et boueux, peuplé de personnages violents et corrompus, Django se taille alors vite une réputation de petit objet déviant et sulfureux. Succès populaire, le film acquiert une telle aura qu'il engendre quantité de pseudo-suites, clones bâtards, les distributeurs étrangers ne se gênant pas pour rebaptiser Django tout ce qui vient d'Italie avec un colt. Il faut attendre 1987 pour enfin voir débarquer une suite, officielle, sans Corbucci aux commandes mais toujours Franco Nero dans le rôle titre (le Django original). Stallonemania oblige, le film a des airs de Rambo 2 dans l'Ouest - un juste retour des choses quand on sa

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Django unchained

ECRANS | Chevauchée sanglante d’un esclave noir décidé à retrouver sa fiancée en se vengeant de blancs cupides et racistes, «Django Unchained» n’est pas qu’une occasion pour Quentin Tarantino de rendre hommage aux westerns ; c’est aussi un réquisitoire contre l’Histoire américaine, d’autant plus cinglant qu’il conserve le style fun de ce définitivement immense cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 7 janvier 2013

Django unchained

Première réaction à la sortie de ce Django unchained : Tarantino est fidèle à lui-même, et c’est pour ça qu’on aime son cinéma. De fait, ils sont peu aujourd’hui à offrir 2h45 de spectacle qui semblent passer en quelques minutes, sans pour autant renier le fondement de leur style : des scénarios écrits contre toutes les règles hollywoodiennes, privilégiant le dialogue et la durée des épisodes à une construction en trois actes où l’action et la parole sont dosées équitablement. Tarantino y ajoute cette élégance de mise en scène qui frappe dès le générique, où une chaîne d’esclaves torses nus et l’haleine fumante traverse de nuit une étendue aride et rocailleuse. Pourtant, il convient de tempérer ce jugement hâtif : oui, Tarantino est immense et oui, Django unchained est un très grand film, mais il n’est que l’aboutissement d’une mue amorcée entre les deux volumes de Kill Bill. Cette césure n’avait rien d’artificiel : elle marquait un tournant décisif, celui où le cinéaste cessait de déployer sa maestria en cinéphile compulsif visitant avec une gourmandise enfantine le cinéma bis, et où il donnait une réelle gravité à ses sujets, prenant ce qu’il montre

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Skyfall

ECRANS | C’était à prévoir : avec Sam Mendes aux commandes, ce nouveau James Bond n’est ni efficace, ni personnel, juste élégamment ennuyeux et inutilement cérébral. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 29 octobre 2012

Skyfall

Rappel des faits : avec Casino Royale, la plus ancienne franchise de l’histoire du cinéma tentait un lifting radical, à la fois retour aux origines du héros et volonté de lui offrir une mise à jour réaliste. Globalement salué, notamment à cause de l’implication de Daniel Craig pour camper un James Bond badass et pourtant vulnérable, ce premier volet s’est vu immédiatement entaché par une suite catastrophique, Quantum of Solace, qui courait pathétiquement derrière les Jason Bourne de Paul Greengrass et ne produisait que du récit indigent et de l’action illisible. Le prologue de Skyfall montre que les producteurs ont bien retenu la leçon : sans être révolutionnaire, il offre une scène d’action parfaitement claire et plausible, filmée avec calme et élégance — Roger Deakins, le chef op’ des Coen, est à la photo et cela se sent. La conclusion montre une fois de plus un Bond fragile, qu’une balle pourrait bien envoyer ad patres — là encore, beau plan sous-marin qui embraye sur un générique tout de suite plus kitsch, mais c’est la l

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J. Edgar

ECRANS | Clint Eastwood revient à son meilleur avec cette bio de J. Edgar Hoover, dont la complexité et la subtilité sont à la hauteur de cette figure controversée de l’histoire américaine. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 6 janvier 2012

J. Edgar

Qui était J. Edgar Hoover, puissant patron du FBI pendant plus de quarante ans ? Un réactionnaire obsédé par un potentiel complot bolchevique ? Un homosexuel honteux incapable de s’affranchir d’une mère castratrice ? Un junkie cherchant à repousser le moment tragique où il n’aura plus la puissance physique de résister à ceux qui réclament son départ ? Un mythomane qui ne cesse de réécrire son histoire, s’inventant un destin héroïque et romanesque ? Il était tout cela, mais ce tout est aussi un grand vide, et l’énigme Hoover demeure entière. Clint Eastwood, fidèle à sa dialectique qui lui permet de critiquer les mythes fondateurs de l’Amérique sans pour autant en dénoncer les valeurs, fait du portrait de Hoover un labyrinthe temporel où chaque séquence viendrait brouiller la précédente, où le personnage ne serait jamais saisi dans une alternance de blanc et de noir, mais dans de constantes zones de gris. De fait, si le cinéaste déconstruit Hoover, il refuse toute explication psychologique. Et pour cause : le film ne cesse de dire qu’Hoover n’existe pas, qu’il est une invention, un être dont la vie n’a été qu’une affaire d’adaptation, d’opportunisme et de survie. La grand

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Take shelter

ECRANS | Un Américain ordinaire est saisi par une angoisse dévorante, persuadé qu’une tornade va s’abattre sur sa maison ; à la fois littéral et métaphorique, ce deuxième film remarquable confirme que Jeff Nichols est déjà un grand cinéaste. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 21 décembre 2011

Take shelter

Au départ, ce n’est qu’un rêve : une tornade impressionnante se forme dans le ciel et bouche l’horizon ; mais ce n’est pas de la pluie qui se met à tomber, plutôt une espèce d’huile de moteur. Quand Curtis (Michael Shannon, qui renouvelle son emploi d’individu borderline en intériorisant au maximum ses émotions) se réveille, l’angoisse est toujours là. Durant la première partie de Take shelter, ce modeste ouvrier, père attentionné d’une petite fille sourde, marié à une femme exemplaire (la splendide Jessica Chastain, encore plus convaincante ici que dans The Tree of life), va faire d’autres cauchemars : son chien se jette sur lui et le mord, des silhouettes menaçantes brisent le pare-brise de sa voiture, les meubles de son salon se soulèvent et restent en suspension… Cette inquiétude se déverse peu à peu dans son quotidien, l’amenant vers une psychose dont l’issue devient l’abri anti-tornade qu’il a découvert dans son jardin. Tempête sous un crâne La force de Take shelter

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Carnage

ECRANS | Huis clos à quatre personnages tiré de la pièce «Le Dieu du carnage» de Yasmina Reza, le nouveau film de Roman Polanski est une mécanique diabolique et très mordante, sur la violence masquée derrière les apparences sociales, avec un quatuor de comédiens au sommet de leur art. Critique et décorticage des racines du "Carnage". Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Lundi 5 décembre 2011

Carnage

Critique / C’est un incident banal, une dispute entre gosses qui tourne mal : l’un d’entre eux en frappe un autre avec un bâton, lui brisant plusieurs dents et une partie de la mâchoire. Cette scène muette sert de générique à Carnage, et Polanski la filme de loin, en plein air, tandis que la musique guillerette d’Alexandre Desplat semble se moquer de la violence du geste. On devrait s’en tenir là. Et c’est peu ou prou ce qui se passe dans la scène suivante : les parents de la "victime", Penelope et Michael Longstreet (Jodie Foster et John C. Reilly) relisent devant eux la lettre d’excuses des époux Cowan (Kate Winslet et Christoph Waltz), père et mère du "coupable". Les deux couples peuvent alors se séparer à l’amiable, mais quelque chose cloche, comme une insatisfaction réciproque, la sensation d’un malentendu pas encore totalement dissipé. Alors qu’Alan et Nancy Cowan se dirigent vers l’ascenseur, Penelope, visiblement nerveuse, leur demande si c’est eux qui sont désolés ou leur enfant. Ça n’a l’air de rien, mais ce détail va déclencher une heure quinze de huis clos en temps réel où les quatre protagonistes se livreront à toutes les formes de mesquinerie, réglant leurs comptes

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Contagion

ECRANS | Un virus mortel se répand sur la surface de la planète, provoquant paranoïa, actes de bravoure et moments de lâcheté. Dans une mise en scène à l’objectivité scrupuleuse, Steven Soderbergh signe un thriller inquiétant et implacable. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 3 novembre 2011

Contagion

Contagion commence au «jour 2» de la maladie, par une scène anodine. Une executive woman de retour d’Asie prend un verre dans un aéroport avant de retrouver le foyer familial. Elle est le patient zéro d’un nouveau virus, fulgurant et mortel, et elle l’a déjà répandu à Hong-Kong, en Chine, à Chicago… Steven Soderbergh ne cache rien du désastre à venir : en quelques inserts sur des poignées de portes, des cacahuètes, un verre, il isole déjà tous les vecteurs de la contagion. Et rajoute un détail troublant : la jeune femme est aussi adultère. On craint un temps la concomitance des deux événements : le virus comme une expiation de cette "faute". Fausse piste : dans Contagion, tous les dogmes sont mis à mal par l'effroi qui s’empare des populations. Pour faire ressentir cet effroi, il fallait un vrai coup de force narratif : le patient zéro, pourtant interprété par une actrice célèbre, décède dans les dix premières minutes. Le spectateur sait alors que rien ne viendra le rassurer et sûrement pas les grands principes hollywoodiens. Tous les personnages, à tout moment, peuvent y passer. Un film de peur(s) Fort de cette angoisse-là, Soderberg

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Les Runaways

ECRANS | De Floria Sigismondi (ÉU, 1h45) avec Kristen Stewart, Dakota Fanning, Michael Shannon…

Christophe Chabert | Mercredi 8 septembre 2010

Les Runaways

Dans le registre souvent casse burne du biopic musical, "Les Runaways" s’en sort avec les honneurs. Certes, la mythologie rock est convoquée avec ses clichés habituels (la drogue, les groupies en transe, le succès brusque, la redescente plus brutale encore) ; mais l’odyssée de Joan Jett et de Cherie Currie, deux très jeunes rockeuses qui en 1975 inventeront avec les Runaways un pendant féminin au glam-rock de Bowie, a de solides atouts. D’abord, les images du prodige Benoît Debie, négociant un virage américain réussi après ses exploits chez Fabrice Du Welz ; ensuite, son tandem d’actrices (et une mention spéciale pour ce cinglé de Michael Shannon, ici en producteur odieusement mégalo). Le film est alors passionnant : il est beau de voir Kristen Stewart salir son image de pucelle vampirisée en roulant de grosses galoches à sa partenaire, en sautant en culotte noire sur son lit ou en sniffant de la colle dans les rues de L.A. Mais plus forte encore est la métamorphose de Dakota Fanning… L’ex enfant-star de "La Guerre des mondes" incarne un personnage lui aussi arraché à l’adolescence par l’appât de la célébrité, et qui cherche en vain à exister par-delà son image dévorante. C’est

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Inception

ECRANS | L’ambitieux projet de blockbuster onirico-philosophique de Christopher Nolan débouche sur un film protoype, qui passe du temps à expliquer son mode d’emploi avant de se lancer dans une pratique ébouriffante du cinéma comme montagne russe spatio-temporelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 11 juillet 2010

Inception

Inception part d’une idée magnifique : si le cinéma est une fabrique de rêves, aucun film n’avait jusque-là osé montrer des personnages dont c’était littéralement le métier. Des architectes, un scénariste, un technicien, un metteur en scène et des acteurs, toute une équipe qui ressemble à une équipe de tournage cachée derrière une bande de malfrats sophistiqués dont le but est de voler des secrets enfouis dans le subconscient de leurs victimes (les spectateurs ?). Christopher Nolan dans Le Prestige avait déjà prouvé que la réussite d’une illusion cinématographique reposait sur l’envie du public d’être dupé ; la suspension d’incrédulité devenait l’enjeu, la théorie et la matière scénaristique du film. Inception va plus loin : dès l’ouverture, impressionnante, le cinéaste plonge les personnages dans un labyrinthe de rêves encastrés les uns dans les autres, les secousses du réel (la plongée dans une baignoire d’eau froide) devenant des séismes dans le monde onirique (une vague gigantesque qui vient dévaster le décor). Quant à la mort, elle n’est que le plus court chemin vers le retour à la réalité. Rien n’est vrai, tout est simulé, imaginé, façonné par un

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Shutter Island

ECRANS | Cinéma / Avec "Shutter Island", Martin Scorsese adapte le thriller de Dennis Lehane, retrouve Leonardo Di Caprio et confirme son nouveau statut, unique à Hollywood, de cinéaste de studio personnel et audacieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 février 2010

Shutter Island

La brume se lève sur Shutter island, un matin de 1954. Un bateau s’apprête à accoster avec à son bord deux détectives, Teddy Daniels et Chuck Aule, appelés pour une enquête mystérieuse : sur cette île au large de Boston où l’on soigne des criminels atteints de déficience mentale, une des patientes, Rachel Solando, a disparu sans explication. Au fil de sa plongée dans l’univers fermé et oppressant de Shutter island, Teddy Daniels va voir ressurgir les traumas de son passé : ses années de soldat pendant la Deuxième Guerre mondiale où il participa à l’ouverture du camp de Dachau, puis la mort de sa femme et de ses enfants… Le dernier film de Martin Scorsese suit ainsi avec fidélité les méandres du roman éponyme de Dennis Lehane, et ce jusqu’à son twist final. Autant dire tout de suite que les lecteurs du bouquin en seront quitte pour l’effet de surprise ; étrangement, ceux qui ne le connaissent pas risquent aussi de deviner assez vite le pourquoi du comment tant Scorsese, cinéaste tout sauf roublard, se refuse à perdre le spectateur dans un labyrinthe de fausses pistes. De plus, cette transposition cinématographique fait surgir, par un effet de calque, ce qui était sans do

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Away we go

ECRANS | De Sam Mendes (ÉU, 1h38) avec John Krasinsky, Maya Rudolph…

Christophe Chabert | Mercredi 28 octobre 2009

Away we go

Derrière tout feel good movie, il y a un monstre de cynisme qui sommeille… À peine neuf mois après 'Les Noces rebelles', Sam Mendes signe une nouvelle histoire de couple, contemporaine cette fois et sans star au générique. Un «petit» film donc, qui s’offre un tour de l’Amérique d’aujourd’hui sur les traces de Burt, vendeur d’assurances par téléphone, et Verona, enceinte de six mois. Ils cherchent un endroit où fonder un foyer et rencontrent à chaque étape un couple qui les renvoie à leurs doutes, leurs espoirs, leurs craintes. Cela devrait être charmant, mais c’est compter sans la lourdeur habituelle de Mendes. Quelque part entre le théâtre arty et le roman de gare, il déroule pépère le programme d’'Away we go', balisé dans tous les sens (les cartons d’introduction, les chansons folk en conclusion…) et reposant sur une vision particulièrement binaire de ses personnages : soient ils sont mélancoliques et attachants, soient ils sont cons et détestables. Pour Mendes, c’est une belle occasion de ne pas se poser de questions de cinéma : entre le pathos complice et la mesquinerie rigolarde, aucune place pour la nuance. Feeling good ? Plutôt envie de fuir… CC

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Mensonges d’état

ECRANS | À travers une complexe histoire d’espionnage au Moyen-Orient, Ridley Scott tente d’analyser le cynisme de la CIA dans sa lutte contre le terrorisme. Mouais… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 3 novembre 2008

Mensonges d’état

Ridley Scott enchaîne à une vitesse fulgurante les films, passant sans transition d’une épopée médiévale (Kingdom of heaven) à une comédie légère (Une grande année) puis à une fresque sur le gangstérisme (American gangster). À la vision de ce Mensonges d’état, on serait tenté de lui dire de calmer le jeu, tant il donne l’impression de manquer de recul, hésitant entre blockbuster d’espionnage et réflexion politique, perdant sur les deux tableaux de la clarté et de l’efficacité. Le film montre comment un agent de la CIA piste à travers le Moyen-Orient un djihadiste responsable d’une vague d’attentats en Europe. La première partie le montre au cœur d’une action qu’il tente de maîtriser, épié dans ses moindres faits et gestes par un supérieur pratiquant un trouble jeu. C’est la meilleure piste du début : le grand écart entre la confusion que vit Ferris sur le terrain et la froide machinerie des écrans de surveillance, à la précision millimétrée comme un wargame sur Playstation. Duplicité redoublée par l’opposition entre Di Caprio, qui abîme à nouveau sa gueule d’ange à coups d’hématomes, de cicatrices et de plaies,

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