Welcome

ECRANS | Une nouvelle fois, Philippe Lioret nous touche en plein cœur, à la grâce d’une foi cinématographique totale en son sujet. François Cau

Christophe Chabert | Jeudi 5 mars 2009

Mea maxima culpa : on était un tantinet défiant en entrant dans la salle. Bon, déjà, le synopsis nous semblait hautement improbable (un prof de natation calaisien, en un geste désespéré pour reconquérir son ex-épouse, prend sous son aile un jeune clandestin kurde désirant traverser la Manche à la nage). Ensuite, la collaboration scénaristique d'Olivier Adam nous échaudait un peu : dans son roman À l'abri de rien, ce dernier nous dépeignait déjà les rapports des habitants de Calais avec les sans-papiers, sous le joug d'une vigueur émotionnelle pas toujours canalisée. Enfin, après le drame poignant Je vais bien, ne t'en fais pas, on imaginait mal Philippe Lioret revenir sans encombre aux problématiques sociales de ses débuts, qui plus est sur un sujet d'actualité aussi brûlant, sans tomber dans le misérabilisme ou la dénonciation à la truelle. Heureusement, dès les premières scènes, le metteur en scène nous fait rougir de honte de cumuler autant d'a priori. Sa glaçante description des conditions de voyage des clandestins nous immerge derechef dans le récit, le glissement narratif vers le personnage principal (Vincent Lindon, tout simplement extraordinaire) s'opère sans trouble, mais au contraire avec une évidence jamais démentie. Effets de Manche
C'est là tout le mérite de Welcome : Philippe Lioret n'oublie jamais, en dépit du poids imposant de son contexte social, qu'il fait du cinéma. Comme à son habitude, ses personnages sont fouillés, leurs motivations contradictoires servent de matrice émotionnelle au récit avec une troublante acuité, et la réalisation colle au plus près de leurs doutes pour mieux déflorer, avec une précision d'orfèvre, leur bouleversante humanité. Non content d'être un directeur d'acteurs hors pair, Philippe Lioret est également un véritable maestro de la construction dramatique : en repensant au déroulé du film, on se dit qu'il n'est pas exempt de certaines facilités scénaristiques, qui auraient facilement pu être dommageables si le réalisateur n'avait ce talent insensé pour faire se correspondre les séquences avec autant de pertinence. Il en va notamment ainsi du fond politique du film : sans entrer dans le commentaire discursif, Lioret nous décrit une situation dont la seule réalité, transposée cinématographiquement par petites touches graduellement envahissantes, suffit à réveiller la conscience du spectateur. De ce fait, Welcome est un film témoin des pires errances de son époque, mais c'est avant tout un mélodrame puissant, un vrai et beau film de cinéma. Welcome
De Philippe Lioret (Fr, 1h50) avec Vincent Lindon, Firat Ayverdi…

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De la nécessité des paillettes

ECRANS | Philippe Lioret, réalisateur exigeant de quelques-uns des plus beaux mélodrames français récents, il s’est emparé de la matière cinéma pour la plier à ce qui le touche, le remue, le choque. François Cau

Christophe Chabert | Lundi 9 mars 2009

De la nécessité des paillettes

La filmographie de Philippe Lioret, c’est une série disparate de souvenirs inoubliables de cinéma, à vous donner des envies de romantisme échevelé avec n’importe qui se trouvant à votre immédiate proximité. C’est la tendresse lunaire de Jean Rochefort dans Tombés du Ciel, son premier long-métrage qui évoquait déjà le destin incertain des clandestins en transit (la légende dit que Spielberg se serait inspiré du même fait divers dont fut tiré le film pour son Terminal – imprimons donc la légende). C’est le sourire radieux de Sandrine Bonnaire et le charme déconcertant de Jacques Gamblin dans Mademoiselle, l’air béat qu’on arbore en sortant du film. C’est l’émotion à fleur de peau de Mélanie Laurent et Kad Mérad dans Je vais bien, ne t’en fais pas, la tension émotionnelle renversante qui nous anime lors du climax final, pourtant filmé de la façon la plus anti-spectaculaire qui soit. Philippe Lioret, auteur total ayant à cœur de scénariser et cadrer ses réalisations, a acquis au fil du temps une maîtrise troublante de ses effets, à ce point qu’on pourrait presque le soupçonner de manipulation. Ce serait oublier que notre homme a compris ce qui faisait l’essentiel de la réussite d’un bo

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