Tokyo Sonata

ECRANS | De {Kiyoshi Kurosawa} (Japon, 1h59) avec Teruyuki Kagawa, Haruka Igawa…

Christophe Chabert | Lundi 23 mars 2009

Bonne nouvelle : {Kiyoshi Kurosawa} met enfin de côté ses ronflantes et redondantes histoires spectrales pour ausculter frontalement le mal-être japonais, sujet avec lequel il flirtait sans avoir le courage de sauter le pas. Soit une famille nippone modèle, qui se rejoint pour échanger des banalités au moment des repas, tout en dissimulant ce qui pourrait faire varier cette confortable routine. Mais les frustrations et mensonges vont se charger de faire exploser les écrasantes convenances. D'entrée de jeu, le réalisateur introduit un déséquilibre narratif en se concentrant sur la figure du père, directeur administratif viré de son poste au nom de spécieux impératifs économiques. Le calvaire qui s'ensuit nous dévoile une société japonaise rarement vue sur grand écran : engoncée dans ses fantasmes de réussite, prête à tout pour se préserver une contenance, une véritable machine à broyer ses éléments les plus faiblards pour mieux les mettre au ban de la “glorieuse“ vie active. Pour didactique qu'elle soit, la démonstration s'étaie cependant de solides atouts cinématographiques : sous ses dehors attendus, le récit ne cesse de prendre des chemins de traverse, de redessiner avec une certaine audace la carte du marasme socio-familial. Notamment via une prise d'otage semi-burlesque, montée en parallèle avec la fuite éperdue d'un personnage principal complètement largué. Dans ce très étrange climax, {Kiyoshi Kurosawa} laisse de côté sa rigueur formelle pour nous offrir de saisissantes séquences, et redéfinir avec grâce les bases poétiques de son cinéma. Et l'émotion de ce coup d'éclat de nous redonner foi dans le potentiel de son auteur… François Cau

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